Restons calme, surtout

A première vue, Herman De Croo (le vader de Biquet Alexander) carbure aux calmants. Ou il fume des cigarettes interdites par le Code pénal.

Les sondages terrassent le VLD. Ils gonflent la N-VA dans la (dé)mesure que l’on sait. Et l’ex-président de la Chambre ne bronche pas. « Ce qui monte très vite peut descendre rapidement », a-t-il déclaré cette semaine, très zen attitude, en ajoutant que les scores (présumés) de Bart De Wever au fédéral (36,6 % selon notre dernier sondage) ne se reproduiraient pas au scrutin du 14 octobre.

« Ce sera un miracle si la N-VA atteint 14-15 % aux communes. »

Il y a de la méthode Coué, là. Mais pas seulement. Si la N-VA défie les lois de la gravité universelle, il lui manque ce qu’on appelle un « ancrage local ». Les partis traditionnels sont profondément arrimés au terrain municipal, qui leur sert à la fois de réservoir de mandataires et d’électeurs, et de base de repli pour les élus quand les affaires tournent mal sur le front fédéral. Il en va des partis comme des plantes : il leur faut des racines.

C’est ce qui manque à Ecolo, par exemple. Plus ou moins fortiche aux scrutins européen, fédéral et régional, mais chétif au plan communal.

C’est étrange, mais c’est ainsi : les verts, on leur confierait volontiers les clés de la planète mais pas la gestion du club de cartes local. En attendant, la faiblesse de leur ancrage communal les rend instables, irréguliers. Et ce type de fragilité affecte sans doute aussi la N-VA.

A l’inverse, les partis traditionnels, singulièrement le PS et le CD&V, tiennent le terrain local comme l’oyat retient les dunes. C’est le cas aussi du FDF, qui doit à ses piliers locaux (Gosuin, Payfa & Cie) de résister aux bourrasques qui fouettent l’actualité fédérale/régionale.

Revenons à De Croo père.

La N-VA a déclaré que le 14 octobre représenterait un test national.

Oui. Mais ce sera aussi un test pour elle, elle qui affronte ses premières communales (en 2000, elle n’existait pas ; en 2006, elle était chevillée au CD&V). La N-VA a prospéré sur les thèmes fédéraux et régionaux (institutionnel et socio-économique) et son maillage local est nul. Ajoutons qu’elle est portée par son leader et uniquement par lui, ce que signale le Top 30 des politiques flamands où la N-VA aligne cinq noms, ce qui est ridicule pour un parti pointé à 36 %.

Bref (à quatre feuilles) : De Croo père a possiblement raison.

Mais possiblement, seulement.

Un colosse aux pieds d’argile, ça reste un colosse. En tout état de cause, la N-VA secouera des bastions (Anvers, en tête) et, du coup, risque même d’ébranler tout l’édifice fédéral. On l’a assez dit, en effet : un score nationaliste détonant aux communales pourrait pousser les vaincus (le fragile VLD en tête) à larguer le gouvernement pour aller se refaire dans l’opposition.

Un scénario de crise, assez plausible à dire vrai, sauf si, bien sûr, les traditionnels flamands réussissent à conserver leur sang-froid.

Une camomille, Biquet ?

BOUILLON,PIERRE

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