Pauvres naufragés

Patrick Dewael (VLD) en a. C’est un homme encore capable de bramer tout à trac, de s’agacer sans calcul, de nous griller un câble sans avoir préparé son affaire avec un docteur en communication.

Et là, le bonhomme s’en est donc pris à la N-VA, en jugeant que le parti nationaliste « devient une plate-forme pour l’extrême droite ».

Il fait allusion aux anciens du Vlaams Belang qui ont migré vers la N-VA pour coloniser ses listes communales. Dewael dit : « Si on prend tous ces gens, on prend leurs idées aussi. »

Les comptes flottent un peu mais les transfuges seraient entre une trentaine (chiffre N-VA) et une cinquantaine (estimation du patron du Laatste Nieuws).

L’argument de la N-VA : si on lâche un petit grain de café dans une soupe aux potirons, ça reste une soupe aux potirons. Dewael dit : si on lâche un gramme d’arsenic dans la soupe aux potirons, ça commence à devenir du poison.

Tel est, en gros, le sens du débat.

Au Soir, Kris Van Dijck, chef du groupe N-VA au parlement flamand, a indiqué que les ex-Belang ont été sévèrement « screenés », ce que prouve de façon éclatante le ralliement du sénateur Jurgen Ceder, un homme à l’humanisme duquel le Vlaams Blok doit son « programme en 70 points ».

Ce plan est dédié à l’immigration. Où il est proposé d’expulser les immigrés des logements sociaux, de les expulser du pays après trois mois de chômage, de taxer le patron qui emploie des immigrés, de créer un enseignement séparé pour les immigrés… Autant d’idées navrantes si elles n’étaient pas, d’abord, inapplicables (ce que l’extrême droite sait, comme elle sait qu’on n’emballe pas les sots avec de la dentelle). Kris Van Dijck ajoute qu’il n’y a « aucune stratégie derrière cette vague de transfuges ».

Il dit vrai, sans doute. Et c’est ce qui est inquiétant. Car s’il y avait une stratégie (faucher les mandataires du Belang comme on suce le sang de l’ennemi), on pourrait encore comprendre. Cela « excuserait » l’affaire.

Mais non : pas de stratégie. Et on croit Van Dijck sur ce coup-là puisque la victime est déjà exsangue. La N-VA recueille donc les naufragés de l’extrême droite sans arrière-pensée tactique, tranquillement, sans haut-le-cœur. Sans ciller.

Comme si c’était normal.

A ceux que cela étonne (ou écœure), Van Dijck signale que les ex-Belang ont rallié la N-VA car ils « ont réalisé que le parti d’extrême droite avait un discours inacceptable ».

Non.

Très tranquillement : non.

Ce fameux « discours inacceptable », ces ex-Belang l’ont aimé et nul doute qu’ils l’aiment encore.

La seule chose qu’ils aient réalisée, c’est que leur ancien parti était en train de couler.

BOUILLON,PIERRE

Commentaires

répondre