Plus que trois fois dormir et nos chers enfants seront en congé pour quinze jours. Après sept semaines de dur labeur, ils pourront enfin se reposer deux semaines. Le rythme idéal selon les chronobiologistes. Mais alors, les vacances d’été ne sont-elles pas trop longues ? Et celles de carnaval n’arrivent-elles pas trop tard dans la saison ? Les politiques ne devraient-ils pas avoir le courage de changer la date des congés scolaires pour respecter le rythme naturel des enfants plutôt que les dates chrétiennes ?
En France, le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, a commandé une étude sur les rythmes de l’enfant. Selon les spécialistes, le meilleur tempo serait de travailler 7 semaines et de se reposer ensuite 2 semaines. Les congés d’une semaine ne servent donc à rien, sauf à perdre le rythme. Avec ce principe, les vacances estivales ne dureraient plus que 6 semaines au lieu des 8 actuelles. Seulement, à peine l’étude publiée, le ministre a fait marche arrière car, selon lui, le dossier est trop sensible…
En Belgique, nous sommes à peu près dans la même situation. Au cabinet de la ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (CDH), personne n’envisage de modifier le rythme scolaire annuel même si on reconnaît que certaines périodes sont trop longues pour les enfants.
Prenons le calendrier 2011-2012. Près de 9 semaines de cours avant une petite semaine de congé à la Toussaint. Puis, 7 semaines de cours et 2 semaines de congés à Noël. Puis 6 semaines entre Noël et carnaval (1 semaine de congé). Puis de nouveau 6 semaines de cours avant les 2 semaines de congés de Pâques. Ensuite, vient le mois de mai avec tous ses ponts. Entre Pâques et les grandes vacances, les enfants travaillent encore 11 semaines avant la quille de 8 semaines. Illogique pour les spécialistes. Les enfants et les enseignants sont souvent très fatigués à la Toussaint ainsi qu’à Carnaval et ils trouvent les vacances estivales trop longues.
Chez nos voisins
Dans les pays proches de la Belgique, les rythmes scolaires sont quasi identiques. La France dispose d’une semaine de congé supplémentaire à Carnaval. Les Allemands ont une semaine en plus également vers la Pentecôte mais chaque Land jouit d’une certaine autonomie. Alors que le modèle allemand est considéré comme un des meilleurs par les autres pays, nos voisins germaniques le remettent en question car leurs résultats Pisa sont moins bons que les nôtres.
Outre les résultats des élèves, les congés scolaires rythment toute la société. En juillet et en août, tout tourne au ralenti. Le secteur du tourisme, lui, attend avec impatience cette période. Si l’on raccourcissait les congés d’été, les plaintes seraient grandes. Idem pour l’allongement des « petites » vacances. Que faire pour occuper les enfants ? Qui les garde pendant que les parents travaillent ? Changer le rythme des congés scolaires entraînerait de nombreuses perturbations.
Vanessa Lhuillier
« Les 15 derniers jours des vacances d’été sont de trop »
Gaëtan a 18 ans et est élève en rétho au lycée Mater Dei à Woluwe-Saint-Pierre, en Région bruxelloise. Pour lui, les vacances ne sont pas toujours bien réparties pendant l’année scolaire. « Le temps de cours est souvent trop long entre la rentrée de septembre et le congé de Toussaint. Cette semaine arrive donc à point nommé car elle permet de décompresser. Idem pour les congés de Carnaval. »
Lorsqu’arrive Noël, Gaëtan ressent souvent une grande fatigue à cause des examens notamment. « Durant les deux semaines, je me repose d’abord et ensuite j’en profite pour avancer. A Pâques, le schéma est identique. Je peux vraiment travailler. Par contre, je trouve que les congés estivaux sont trop longs. A la fin, on ne sait plus comment s’occuper. On pourrait enlever facilement deux semaines et répartir les jours pour avoir plus de longs week-ends voire une semaine en plus à la Toussaint et à Carnaval. »
Entretien avec Marcel Crahay (ULg): « 15 % du savoir oublié en été »
Marcel Crahay est psychopédagogue et professeur aux universités de Liège et de Genève. Pour lui, le rythme scolaire actuel n’est pas toujours adapté à celui des enfants.
Quelle serait la ventilation idéale entre les périodes de travail et de vacances pour les élèves ?
Lors de nos travaux, nous avons établi qu’un enfant devrait travailler entre sept et huit semaines avant de bénéficier de deux semaines de congés. Il est alors attentif, ne se fatigue pas inutilement. Idem pour les professeurs d’ailleurs qui sont aussi à bout de force lorsque l’on planifie des périodes de 9 semaines de travail.
Des vacances d’une durée d’une semaine sont-elles utiles ?
A priori, je dirai que non. Les chronobiologistes affirment que la première semaine de congé sert uniquement à décompresser. La deuxième, elle, permet à l’enfant de récupérer.
Les congés estivaux (8 semaines) sont-ils trop longs ?
On estime que 15 % du savoir acquis pendant l’année scolaire est perdu pendant les deux mois d’été. En fait, le mois de septembre sert uniquement de révisions. Avec des vacances de 6 semaines, la perte de connaissance serait effectivement mois importante. De là à dire que certains enfants ne seraient ainsi pas en échec scolaire, il y a un grand pas que je ne franchirai pas.
Changer la durée et la date des vacances vous semble-t-il être envisageable en Belgique ?
Oui. Lors de la première commission à laquelle j’ai participé dans les années 90, cela ne semblait pas être une difficulté majeure. Il suffisait de programmer des vacances d’été de six semaines. Les élèves recommenceraient le 20 août et on ajouterait une semaine à la Toussaint et une semaine au Carnaval. Ainsi, on garde le même nombre de jours d’école par an. Par contre, il est vrai que cette répartition modifierait considérablement notre façon de vivre ainsi que le secteur du tourisme. Mais n’ont-ils pas dit qu’ils vendaient plus de citytrips ?
V. Lh.
Et les parents ?
Entretien avec Marie-Christine Linard (Fapeo) : « Changer les habitudes semble difficile »
Marie-Christine Linard est secrétaire générale de la Fapeo (Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel). Son organisation serait favorable à une meilleure répartition des congés scolaires comme préconisée par les chronobiologistes. « Seulement, les habitudes sont difficiles à modifier. Toucher aux congés est délicat. Pour de nombreux parents, l’arrivée des vacances provoque des sueurs froides. Mettre les enfants en stage ou en garderie coûte très cher. Et puis, il faut en trouver ce qui n’est pas toujours évident dans les petits villages. Certains parents doivent donc systématiquement prendre des congés pour s’occuper de leurs enfants. En fait, on se rend compte que le rythme scolaire est meilleur pour le secteur du tourisme que pour nos enfants. »
La Fapeo est en train d’analyser le rythme scolaire afin de proposer des pistes de réflexion pour la rentrée de 2012.

il n’y a pas que l’intérêt de l’enfant en jeu mais aussi la possibilité pour les parents d’assumer ses congés
c’est très simple, maintenant que les deux parents DOIVENT travailler pour survivre, soit on augmente le nombre de congés annuels, soit on diminue drastiquement les congés scolaires
d’ailleurs, ce devrait être une vraie revendication des féministes sachant que dans mon équipe, les femmes sont plus nombreuses à devoir prendre des congés sans solde pour s’en sortir
Cela fait plus de 20 ans que des études françaises sont sorties sur le sujet.
Il est clair que pour les enfants de maternelles et de primaires, certaines périodes de classe sont bien trop longues et on perd beaucoup de temps parce que les plus jeunes ne sont plus réceptifs.
Oui, en effet, ce serait bien de travailler 6 à 7 semaines et d’avoir 2 semaines de repos ( j’ai bien dit repos). Les grandes vacances seraient réduites de 2 semaines évidemment. Les congés de printemps pourraient parfois englober des “ponts ” du mois de mai.
Il n’y a qu’un déplacement de congés et non une augmentation annuelle( pour les congés des parents)
Cela paraît une évidence et pourtant il y a beaucoup de résistance aux changements à ce sujet chez les enseignants.
De plus, l’HORECA n’est pas tellement d’accord pour différents motifs.
Comme en Belgique, il y a deux communautés, je crains qu’il y ait à nouveau beaucoup de paroles et peu de résultats.
Au grand désespoir du rythme des enfants.