La question du mercredi : comment évaluer les élèves ?

Faut-il supprimer les notes ? C’est sous ce titre volontairement provocant que la Ligue de l’enseignement et de l’éducation permanente développe, dans sa dernière tribune, un dossier sur l’évaluation des élèves.  Nous en avons fait notre question du mercredi.Outre qu’elle évalue beaucoup, notre école est très attachée aux systèmes classiques de notes chiffrées ou d’abréviations (TB, B, S, I) qui laissent souvent l’élève dans le vague (que déduire d’un 6/10 si l’enseignant ne développe pas sa pensée ?) et qui, en prime, peuvent décourager l’élève sans lui fournir la moindre clé de réussite.

Dans cette page, nous avons déjà abordé le sujet de l’évaluation via le thème du bulletin, qui n’est pas toujours un modèle de clarté (Le Soir du 14/11). Le dossier de la Ligue élargit le débat.

Son auteur, Antoine Bazantay, fait d’abord bien la part entre les trois types d’évaluation :

– l’évaluation formative a pour (seul) but d’aider le prof à repérer les difficultés de l’élève aux fins de les régler ; elle ne figurera pas au bulletin ; elle est un outil ; elle n’est pas une finalité en soi ;

– l’évaluation sommative mesure la valeur de l’élève par rapport à une norme (la classe, l’école, le système éducatif dans le cas d’un test international…) ;

– l’évaluation certificative conditionne l’octroi d’un titre, d’un diplôme, d’un certificat.

Notre système scolaire est culturellement très attaché à la pratique de l’évaluation et de la note. « Elle constitue un “salaire” pour l’élève, un “bâton” ou une “carotte” pour l’enseignant et un indicateur précis pour les parents, observe Antoine Bazantay. Elle s’inscrit aussi dans notre modèle économique et social où il importe avant tout d’être compétitif. »

La Ligue ne prône pas la suppression des notes. Ce qui est préconisé, c’est de privilégier l’évaluation formative et d’accompagner les évaluations d’un véritable plan de remédiation pour l’élève. Il est aussi rappelé qu’évaluer suppose la plus grande prudence. « La note peut être subjective, inégalitaire – liée à des préjugés psychologiques, sociaux de l’enseignant vis-à-vis de l’élève – ou imprécise alors qu’elle a un impact décisif sur le parcours scolaire de l’élève en termes de stigmatisation, redoublement, orientation prématurée, abandon… »

Pierre Bouillon

« Les classements et les notes stigmatisent les élèves en échec »

Antoine Bazantay, de la Ligue de l’enseignement, est l’auteur du dossier que celle-ci consacre à l’évaluation.

Vous posez un constat : on évalue beaucoup dans nos écoles.

L’évaluation est nécessaire pour l’apprentissage et nous ne la remettons pas en cause. Il est regrettable que les évaluations soient trop souvent utilisées de manière sommative ou certificative. Elles permettent alors moins de donner une vision précise de l’apprentissage que de comparer l’élève à ses camarades. Elles sont souvent plus un outil de contrôle que d’évaluation.

Comment « bien » évaluer un enfant ? Quelle est la meilleure méthode ? Les cotes chiffrées ? Les appréciations (genre TB, B, S, I, etc.) ? Autre chose ? Quelles sont les « bonnes pratiques » ?

Les appréciations ou les lettres stigmatisent peut-être moins que les notes chiffrées, mais quand leur but est de classer ou de comparer les élèves, elles relèvent de la même logique évaluative. Il est plus innovant de réfléchir à une évaluation qui permette aux élèves d’acquérir des savoirs et des compétences et de donner le goût de l’apprentissage.

Les évaluations sont très coûteuses en temps pour l’enseignant alors que, souvent, il connaît déjà les difficultés de ses élèves. Pourquoi ne pas les remplacer par une remédiation immédiate en classe ?

En primaire, les écoles à pédagogie active n’utilisent pas de notes ; il peut y avoir des appréciations ou des niveaux : feu vert, orange, rouge. Lorsqu’il y a feu rouge, l’enfant n’est pas au niveau à atteindre. C’est là qu’intervient la remédiation.

En Finlande, les notes chiffrées n’apparaissent pas avant le secondaire et les élèves ne sont pas évalués de 0 à 10 mais de 4 à 10, ce qui évite de les décourager. La note 4 signifie que l’élève ne sait pas et qu’il doit recommencer l’apprentissage, mais il ne doit pas nécessairement doubler sa classe.

Il est nécessaire que l’élève comprenne bien le pourquoi de l’apprentissage. On ne doit pas se contenter de simples notes. Il faut un peu de nuances et des explications pour que l’élève comprenne où il en est.

Dans le cadre d’un croquis à réaliser en géographie, un enseignant propose par exemple d’évaluer différents critères via des « cibles d’évaluation » : précision des informations, soin pour la carte, etc. Ainsi l’élève décrypte mieux les compétences qu’il maîtrise et celles qu’il n’a pas acquises. Une plus grande place devrait être faite à l’autoévaluation. Quand l’élève évalue son travail, il ne cherche plus à obtenir une note, mais à acquérir une compétence en comprenant le chemin qu’il doit parcourir pour y parvenir.

Quelles sont, à l’inverse, les pratiques à écarter pour éviter d’enfoncer les élèves ? Pour éviter de les décourager ?

Les classements et les notes stigmatisent les élèves en échec alors qu’un simple déclic, une petite dose de confiance en soi suffisent parfois à remotiver un élève. Il faut donc éviter les notes qui mesurent la performance et non le processus d’apprentissage. Dans une matière donnée, il est inutile de noter la première interro. La note ne devrait arriver qu’après plusieurs essais, environ deux fois par an, pour donner du temps et une chance à l’élève.

On peut aussi se poser la question de la pertinence des moyennes dans une matière. Avec la moyenne, on cumule dans le temps des choses passées, alors que l’important est de savoir où l’élève est arrivé. La moyenne ne permet pas de savoir précisément où l’élève est bon et mauvais dans une matière et elle ne donne aucune indication précise d’une année sur l’autre entre les enseignants.

Les notes menacent le sentiment de confiance en soi des élèves, particulièrement ceux qui ont une histoire d’échec scolaire ou de mauvais résultats, mais aussi les bons élèves qui baissent dans leurs résultats dès qu’ils sont confrontés à un échec. Et si les bonnes notes sont rares, c’est bien parce que leur but est moins de former les élèves que de sélectionner les meilleurs. Les notes ont d’ailleurs tendance à engendrer des comportements antisociaux : triche, compétition, rétention d’information… On le voit, la docimologie a trait à des enjeux de société qui dépassent largement l’enceinte de l’école.

P.Bn

« Les parents veulent toujours des points pour leurs enfants »

Claude est préfet dans un athénée à Bruxelles. Il préfère garder l’anonymat.

Que pensez-vous de l’étude de la Ligue de l’enseignement ?

Elle est intéressante. OK, le système d’évaluation ne fonctionne pas, mais par quoi le remplace-t-on ? Va-t-on encore descendre les critères d’exigences ? Pour moi, l’école est l’antichambre de la vie. Et puis, c’est la Communauté française et leurs pédagogues en chambre qui ont ajouté à nos systèmes d’évaluation les CEB (certificat d’études de base), les tests Pisa et les évaluations dans les différentes matières. Maintenant, ils disent que trop d’évaluation tue l’évaluation. Elles servent à quoi ? Doit-on baisser le niveau d’une boîte comme la mienne sous prétexte qu’à Tourinnes-la-Grosse les résultats de la même enquête n’ont pas été satisfaisants ?

Pour vous, on accentuerait le nivellement par le bas ?

Je n’entends que ça. Depuis le décret inscriptions, le taux d’échec augmente. Je ne vois pas l’intérêt de faire aller un gosse de 13 ans dans le mur. La mixité sociale ? Je suis pour mais qu’on rende les maternelles obligatoires ! Mais ça, on ne le fera pas car ça coûte de l’argent. Qu’on veille aussi à avoir de vrais profs ; 40 % n’ont pas le diplôme requis. Dans la revue, la ministre Marie-Dominique Simonet dit que ça coince un peu pour le CE1D (NDLR : épreuve certificative commune au terme du 1er degré du secondaire qui porte sur le français et les maths) et qu’il faudra qu’on s’adapte. Une fois de plus, on lance une réforme, on regarde les ronds qu’elle fait dans l’eau et puis on corrige le tir. Ce n’est pas sérieux.

Vous dites que l’école est l’antichambre de la vie. Ce que l’étude reproche, justement, c’est que les évaluations reproduisent les dérives du système économique en encourageant la compétition.

Il faut avoir 50 % pour réussir son année. Ce n’est pas être compétitif. De là à dire à un gosse, jusqu’à ses 18 ans, qu’il ne doit pas se tracasser et qu’il peut passer… Maintenant, que les parents poussent l’enfant alors qu’il n’est pas fait pour suivre tel type d’études, ça, je veux bien croire. Quand j’essaie de faire comprendre à des parents que leur enfant serait mieux en ébénisterie qu’en latin-maths, c’est comme leur dire de le mettre sur le trottoir. Les Allemands n’ont pas nos problèmes avec le technique. Ici, on considère cela comme une tare.

On met en avant le modèle finlandais avec un tronc commun qui soit le plus long possible.

Si on se base sur le modèle finlandais, qu’on le fasse jusqu’au bout. Quand on engage un enseignant en Finlande, on fait un concours et on prend le meilleur. Déjà, parler de « meilleur » chez nous, c’est mal vu ! Le métier d’enseignant est le deuxième le plus recherché en Finlande. Ce n’est pas tout à fait le cas chez nous. Et I’homogénéité n’est pas la même chez nous que là-bas. Ici, dans une même classe, on a des enfants qui ont 200 mots de vocabulaires et d’autres qui en ont 2.000. Quand les bons sont ralentis par un enfant qui n’a pas le niveau et fait le clown, ce n’est pas la solution.

Ils disent aussi qu’en Finlande, il n’y a pas de note chiffrée avant…

… 15 ans !

Vous pensez que c’est applicable chez nous ?

Dans les années 70 et 80, on essayait de ne plus mettre de cotes, mais des B ou TB . Les parents voulaient savoir ce que c’était un B . C’est 6 ? 6,5 ? 7 ? Des mariolles ont commencé à mettre des B+, des B –. Ça voulait dire quoi ? On répondait : “Le B –, c’est 6,5 ; le B+, c’est 7,5.” Ben, autant mettre 6,5 et 7,5. En primaire, on met des moutons, des cochons, des feux orange ou verts. À la fin, les parents veulent toujours avoir des points pour leurs enfants. On est dans un système où on est constamment évalué. Je dois aussi évaluer mes enseignants. Je ne peux pas le faire alors ? C’est vilain ? Ou alors en mettant des petits moutons ? À l’université, on fera comment ? J’ai connu le système, avant les délibérations où, quand un élève avait 49 % en fin d’année, on ne se posait pas la question de savoir si on le laissait passer ou pas. Aujourd’hui, avec la même moyenne, avec sept examens de passage, si on veut le faire doubler tout de suite pour qu’il ait ses vacances et ne claque pas un argent bête en se piquant à l’EPO pour passer ses examens, les parents introduisent un recours. En général, ils gagnent. Mais comme un enfant coûte 8.000 euros par an à la Communauté, c’est ça de gagné.

Fabrice Voogt

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16 réponses à La question du mercredi : comment évaluer les élèves ?

  1. VieilleEcole dit :

    Pour moi, une interrogation devrait pouvoir être recommencée (en étude surveillée le soir ?) jusqu’à ce qu’elle soit réussie. Forçant ainsi l’élève a acquérir la matière. Et l’obligeant à le faire vite et à ne pas attendre trop longtemps. Même chose pour un devoir.

    • Ronda dit :

      Je pense que la seule évaluation nécessaire est celle qui consiste à situer l’élève quant à la connaissance de la matière ou de la maîtrise de son savoir-faire.
      A partir de là, des exercices de remise à niveau doivent être proposés à l’élève pour lui permettre de combler ses lacunes.
      Le fait d’évaluer – pour simplement constater et sans remédier- n’ est pour moi que peu formatif.

      • delcourt dit :

        J’aime bien les propositions de VIEILLE ECOLE et de RONDA.
        M’occupant (bénévole ) dans une école de devoirs ,c’est ce que nous essayions de faire: corriger les interro.ratées pour apprendre ou revoir la matière.Hélas ,nous manquons d’aidants.Avis aux bonnes âmes.

        • christelle biebuyck dit :

          J’apprécie moi aussi les pistes constructives de Vielleécole, Ronda et Delcourt. Ce qui est important, c’est que l’élève sache quelles sont ses lacunes pour y remédier, et que chaque élève progesse d’abord par rapport à lui même. Un petit bonhomme tout vert et tout souriant fait le même effet qu’une belle notte et cela à l’avantage pour l’élève de vouloir des verts partout. Voir du rouge ou du orange, c’est psychologique, c’est comme avoir un zéro. J’ai déjà vu ces bulletins avec des bonshommes de couleur (il y a le rouge, l’orange et le vert) et toujours un commentaire pour chaque branche. Et bien, moi je dirais que ce système est plutôt stimulant (plus que les points et les lettres qui ont tendance d’une part à décourager certains et d’autre part à encourager la paresse d’autres qui calcul la marge qui leur reste pour en faire le moins possible) et la profondeur des commentaires permet au moins aux parents de savoir comment aider son enfant. Par contre, il est important d’avoir une quotation chiffrée pour les interrogations et les travaux car cela permet à l’élève d’évaluer son travail avec précision. J’étais moi même toujours dans les premiers de classe et ce que je peus vous dire, c’est contrairement à ce qu’on pense ce n’est pas le faite d’être premier qui bouste les têtes de classes mais c’est le faite que leur but, c’est la perfection. Et je pense que les bonshommes vetrs, oranges et rouges avec les commentaires pour pouvoir remédier aux lacunes rentrent d’avantage dans cette optique.

  2. NouvelleVague dit :

    Et quand l’elève arrivera à l’unif, il remarquera le fossé énorme qui s’est creusé grâce aux idées de ce genre…

  3. Stanislas dit :

    Pour l’amour du ciel, cessons de penser “les pauvres petits” ! Quand j’étais petit, on avait des points, et ceux ci étaient connus de tous ! Que celui qui n’aimait pas avoir la honte devant les copains travaille ! Et nous sommes encore vivants ! De toutes façons, triez les gens comme vous voulez, le nombre d’imbéciles reste constant !

  4. Mecky dit :

    … ou plutôt lorsqu’il arrivera à l’Unif, le fossé n’existera pas car l’élève aura été évalué puis aura suivi une « remédiation » (quelle qu’en soit la méthode); ce qui lui aura évité d’être largué, de perdre son intérêt, le goût à l’effort et son temps. Bref, tout bénéfice !

    • delcourt dit :

      Mr Stanislas :

      D’ après votre réponse ,j’ai très envie de dire que vous en faites partie.Quelle arrogance !!
      à Mecky :TOUT à FAIT d’accord.

  5. rirepournepaspleurer dit :

    N’y aurait-il pas lieu d’au moins se demander si ce qui était dit (à tort ou à raison) à propos des augures ( le texte ci- dessous est accessible sur le web) ne pourrait pas être appliqué en tout ou en partie (à tort ou à raison) aux “spécialistes” de l’éducation, qui ne sont pas nécessairement (à tort ou à raison) ,spécialistes de l’enseignement?
    « SI AUGUR AUGUREM ”
    Si un augure voit un augure…
    Le proverbe latin ajoute : «Il ne peut s’empêcher de rire.» C’est le vieux Caton qui a le premier lancé ce trait contre les augures, et Cicéron le répète dans son Traité de la Divination, liv. II, ch. xxiv : «C’est un mot depuis longtemps connu que celui de Caton, qui s’étonnait que deux augures pussent se regarder sans rire.»
    Les augures étaient à Rome des ministres de la religion, qui se faisaient les interprètes de la volonté des dieux et qu’on ne manquait jamais de consulter pour savoir si une entreprise réussirait ou non. Les augures répondaient après avoir consulté le vol, le chant, l’appétit des oiseaux, les éclairs, la foudre, les entrailles des victimes, etc. Quand ils entraient en charge, ils juraient de ne jamais révéler aucun de leurs mystères, et ils avaient sans doute pour cela de bonnes raisons.

    Avant même la fin de la république, les augures étaient tombés en discrédit. Il serait trop long de citer toutes les plaisanteries inspirées par leur science chimérique. Caton rencontre un de ses amis, l’air soucieux et troublé :

    «Qu’avez-vous, lui dit-il ? Un malheur vous est-il arrivé ? … O mon ami, je crains tout. Ce matin, en me réveillant, j’ai vu, le dirai-je ? une souris rongeant mon soulier ! … Eh bien, répondit Caton, tranquillisez-vous ; le prodige serait vraiment grand si le soulier avait rongé la souris.»

    Annibal conseillait à Antiochus de livrer bataille aux Romains ; le roi lui ayant répondu qu’il ne l’osait, parce que les entrailles des victimes n’étaient pas favorables : «Quoi ! lui dit Annibal, aimez-vous mieux vous en rapporter aux entrailles d’un bœuf qu’à l’avis d’un vieux général ?»

    On connaît la conduite irrévérencieuse de Claudius Pulcher envers les poulets sacrés : «Qu’ils boivent, s’ils ne veulent pas manger,» dit-il en les faisant jeter à la mer.

    Ne rions pas trop des Romains. Combien de gens parmi nous, au dix-neuvième siècle, et au-dessus des classes vulgaires, n’aimeraient pas à voir du sel renversé sur la table, un couteau croisé sur une fourchette, et dîneraient mal en compagnie de douze convives !

    Était-on incapable d’entrer avec gloire dans la carrière des Corneille, des Racine, des Voltaire ? y avait-on fait un faux pas ? on s’accrochait à la poésie lyrique, et l’on allait cacher sa nullité à l’opéra. On était fort, du moment où l’on était agréé par les grands faiseurs. On excellait dans un genre, on en avait la clef et le secret ; mais ce secret était celui des augures, qui, persuadés de la vanité de leur science, ne pouvaient se rencontrer sans rire, si augur augurem…

    Revue de Paris.”

  6. La question est pourtant claire. Il s’agit bien de savoir « comment évaluer ? » et pas « est-il opportun d’évaluer? ».
    Si la question de la nécessité de l’évaluation des élèves me paraît purement académique (comment mener une véritable action éducative sans évaluer ?), les questions du pourquoi et du comment sont centrales et, surtout, floues.
    Assez curieusement, la question de la docimologie est largement ignorée dans l’enseignement. Cette discipline, définie par Henri Piéron dès 1922, est méconnue de la plupart des enseignants. Ceux-ci vivent donc dans l’illusion permanente d’une évaluation pertinente et objective. L’observation de la réalité prouve pourtant qu’on est loin du compte.
    Deux exemples, anecdotiques, mais édifiants. J’ai eu, il y a très longtemps un prof de biologie qui disait : « mon système de cotation est simple, je pose cent questions, vous avez dix fautes, vous avez zéro ». Ah bon, moi j’aurais plutôt pensé avoir nonante sur cent. Mais, comme disait l’autre, tout est relatif.
    Pendant toute ma scolarité primaire, j’ai reçu un bulletin hebdomadaire. Celui-ci se présentait sous la forme d’une grille. Une colonne par jour et une série d’items « orthographe, lecture, rédaction, calcul mental, système métrique, etc. mes instituteurs reportaient chaque jour les notes obtenues dans cette grille et en fin de semaine, ils inscrivaient soigneusement une note moyenne dans la case prévue à cet effet. Moi, je me faisais tirer les oreilles quand ma moyenne avait baissé. A l’époque, mes connaissances en statistiques étaient inexistantes. Je ne pouvais donc pas faire remarquer que la moyenne de cette semaine était établie à partir de 10 notes et celle de la semaine précédente de 13 ou de 9. Pire encore, j’aurais pu valoir que cette semaine on avait fait quatre dictées contre deux la semaine dernière. Pour ma mère, qui y connaissait encore moins que moi en statistiques, une moyenne, c’était une moyenne, point.

    Ces deux anecdotes illustrent ce qui devrait être central dans ce débat. S’il faut évaluer (et je suis convaincu que c’est le cas) comment les enseignants s’assurent-ils de la validité de leurs évaluations ? Les évaluations répondent-elles à un minimum de critères ? Sont-elles fiables, valides et objectives ?
    Quand la profession sera capable de maîtriser cette compétence, la question de l’évaluation cessera de faire débat.

  7. sanchez rose-marie dit :

    réponse à claude wchteleaer : tout à fait d’accord mais c’est là que le bât blesse ! il faut rappeler que chaque évaluation fait suite à 1 ou plusieurs apprentissages et qu’elle doit comporter des critères de réussite explicites pour l’élève et qui doivent être formulés explicitement par l’enseignant (des consignes plus ou moins vagues ne suffisent plus…) On s’adresse à des individus différents et non à un groupe supposé homogène : pour chaque élève la compétition se fait avec lui même et non face au groupe : il sait où sont ses manques où sont ses acquisitions . Acquisition de l’autonomie, développement de l’esprit critique sont alors favorisés !

  8. Pierre Bouillon (moi aussi je m'appelle ainsi !) dit :

    Il faut voir où et quand naissent les problèmes. Au niveau PRIMAIRE bien entendu
    vu que les enseignants n’ont même plus le droit de retenir les élèves qui présentent
    des manquements. Les parents décident donc si les enfants passent dans la
    classe supérieure, et ce, sans compétences pédagogiques spéciales ! Si des
    élèves entrent au secondaire sans savoir lire et écrire correctement et qu’on les
    mène ainsi jusqu’à l’ Univ…c’est la cata garantie. Les preuves sont là! La médiocrité
    tolérée n’apportera rien de positif aux futures générations sabotées par des
    politiciens qui n’ont aucune qualification dans l’art de l’enseignement.

  9. Petite expérience vécue, il y a trois ans, dans un auditoire de 80 enseignants primaires et regents. Une même copie de dictée , d’un même enfant, corrigée par 80 professionnels… au résultat, des notes s’étalant de 3,5/20 à 18/20… (il y avait même quelques 0 à cause de la présentation du travail). L’évalution se veut pseudo sientifique mais elle ne peut l’être. L’affectif, le contexte, la fatigue du correcteur tout influence le résultat pour de toute façon décourager certains. La note est à l’apprentissage, ce que la punition est à la discipline : improductive. Avez-vous reçu des punitions que vous trouviez juste sur le coup et qui vous ont fait réfléchir à vos actes ou votre réflexion se focalisait-elle sur le caractère injuste et la manière de “ne plus se faire choper”? Les mauvaises notes ne donnent pas l’envie de comprendre ce qu’on a raté dans sa démarche d’apprennant mais bien comment avoir ses points la prochaines fois et ce par n’import quel moyen même en abandonnant une bonne partie de la matière. Improductif. Heureusement que l’on ne donne pas de points aux bébés dans l’apprentissage de la marche… il y aurait 17 % des adultes qui marcheraient à quatre pattes!

    • Mecky dit :

      Amusante, pertinente, instructive, peu constructive mais bien utile anecdote/critique. Faut-il y comprendre qu’avec le temps, l’attention, la disponibilité d’un parent pour son enfant, on possède là la solution à l’évaluation des élèves ? Coûteux, idéaliste et surtout irréaliste solution.

      Il y a néanmoins pertinence sur le fait qu’il faut préserver à l’enfant l’envie, la faim d’apprendre, la volonté.

      Évaluer. Évaluer ? Avant le comment ou plutôt pour mieux définir le comment, définissons l’objectif et toutes ses parties.
      - préserver la volonté,
      - situer l’élève et lui permettre de se situer,
      - ne pas brûler les étapes,
      - définition d’un contrat éventuel avec l’élève,
      - etc… (Je ne suis pas spécialisé en la matière; je vous livre-là des réflexions directes. ;^)

      Pour revenir plus précisément sur le sujet et en me référant à l’exemple de l’apprentissage de la marche, ma pratique de parent fut la suivante : accepter les échecs, en discuter avec l’enfant concerné, accepter les aléas et ses explications, marquer ma déception lorsque la tendance reste négative et, surtout, montrer ma réjouissance, mon approbation lorsqu’il y a progrès ! Et sur ce dernier point, j’insiste : d’abord ma joie est pour l’enfant et non pour moi; il doit réussir pour lui-même, pour son avenir. Et ensuite, pour éviter tout quiproquo : progrès ne veut pas dire réussite. Si l’enfant se met déjà debout, il y a progrès mais il ne marche pas encore !

      Je pense que cette pratique répond en partie à la question bien que la plupart des enseignants l’apprenne et l’applique déjà ! Le problème n’est-il pas en aval dans la vision que nous avons du parcours d’un élève lorsque celui-ci doit être « sanctionné » par un redoublement ?

      Dernière remarque, il va de soi que cette réflexion est généraliste et donc hors d’application pour les « cas » à problème.

  10. Julie dit :

    Plus d’évaluations…Juste le plaisir d’enseigner, de partager…Le rêve !!!!
    Malheureusement qui (franchement), quel parent, quel élève est prêt à voir disparaître ces fameux “points”.
    Moi, dès demain je les oublie s’il faut. Pas de problèmes. Mais je doute que la “société” puisse encaisser le coup. Chacun a besoin d’être évalué à un moment ou à un autre et aucune solution (lettres, points, entretiens particuliers) ne conviendra jamais à personne.
    Donc, essayons d’objectiver l’évaluation.
    Tout enseignant a déjà pratiqué l’expérience évoquée par Alain Buekenhoudt et il est vrai que les disparités existent. Tant mieux pour certains, dommage pour d’autres pourrait-on dire. Mouais !
    Si vous prenez le temps de vous rendre sur le site enseignement.be (de la CF) vous pourrez aisément y trouver des grilles d’évaluation pour objectiver l’évaluation et ce quelle que soit la matière. Et il nous est plus que fortement conseillé de nous y référer (même si quelques aberrations subsistent à mon avis: 5 points d’orthographe, seulement, sur 50 pour une dissertation, par exemple).

    En ce qui nous concerne, mes collègues de branche et moi-même, nous nous plions à ces grilles (qui favorisent la réussite, soyez en sûrs) en espérant “objectiver” et “uniformiser” ainsi notre évaluation.

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