Trip to Ardbeg

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Isle of Islay

IL est de ces lieux qui sont, rien qu’a l’énoncé de leur nom, déjà gage de bonheur et mystère. Ce confetti de tourbe niché à l’entrée du canal d’Irlande est un de ceux-là

Tout se mérite

Au départ de Bruxelles, pour aller à Islay déguster quelques centilitres d’uisge beatha, il faut être franchement motivé. Pas loin d’une journée au total des déplacements, pour un peu moins de mille kilomètres à vol d’oiseau, c’est du costaud. Au total des trois vols, l’ultime se fait dans tout petit coucou, un genre de fiat 500 avec des ailes où nous embarquons à une vingtaine. Pour être dans l’ambiance dés le décollage, deux larrons locaux rougeauds et au nez assortis, se passent une flasque d’eau de vie locale. Ça sent la tourbe jusque dans le cœur des kilts, même si eux ne portent qu’une pauvre casquette de base ball ayant connu des jours meilleurs il y a bien longtemps de cela. La flasque est presque vide quand on alligne la piste. La mer grise moutonne a qui mieux mieux, mais cela secoue peu, on est dans le raisonnable. L’aérogare est un bâtiment de tôle où les courants d’air s’engouffrent et doivent maintenir le passager bien ferme dans les bises hivernales. Le chauffeur du minibus a aussi un gros pif tout rouge, ça doit être génétiquement local. Au départ, c’est un peu angoissant, il conduit du mauvais côté de la route, mais comme tout le monde semble procéder de la même manière, tout va bien. La route chevauche de petites collines, des vagues de terre et de landes qui semblent prolonger celles de la mer jusqu’au mouvement des arbres, inclinés face aux vents comme les vassaux d’un seigneur tutélaire. Les couleurs du ciel affichent quatre saisons par heure, celles du sol jouent le camaïeu de verts ou de bruns lorsque des briques de tourbent sèchent. Au passage d’un carrefour, l’église de Bowmore est ronde, car le malin se cache dans les coins. C’est juste superbe en un clin d’œil. Au détour d’un bosquet d’arbres nains protégé par un muret de pierres sèches, face à une piste de bowls, notre nid pour la nuit le, désormais, célèbre Bridgend Hôtel. On empile les clichés. De la patronne, une petite femme qui prend tout, y compris la vie, à bras le corps, aux poêles à charbon dans chaque pièce et au tartan tendu sur le sol. IL ne manquera au bonheur complet qu’un violoneux ou un caraquin échappé de ses montagne pour animer la soirée. On ne peut pas tout avoir.

Qui a bu, boira.

Après une nuit de repos bercé par le vent de la mer qui se cache à quelques dizaines de mètres, en route pour découvrir le saint des saints du whisky tourbé. Pour certains amateurs, c’est un peu au dessus d’un pélerinage à Lourdes ou La Mecque, c’est selon. C’est un peu comme pour un amateur de voiture qui pourrait visiter les ateliers d’Aston Martin. Bon, j’arrête ici les comparatifs, si vous n’avez pas encore compris maintenant de quoi il retourne c’est que bon. Les distilleries de l’île affichent toutes la même livrée blanche et les grosses lettres noires de leur nom sur le côté d’une des bâtisses tourné vers la mer. La notre affiche aussi deux tours caractéristiques, côte à côte, noires comme l’ardoise, pour accrocher les nuages trop bas, en plus de ses six lettres formant le mot ARDBEG. Nous avons beau nous trouver dans un endroit hors normes, rien de clinquant, rien de particulier, on fait du whisky ici, rien n’indique que l’on fait un des whiskies les plus réputés de la planète. L’Ecosse n’est pas Bordeaux, faudrait pas se mélanger les pinceaux. Notre guide nous attend. Solide gaillard, vieilli aux fronts de différentes guerres au service de la couronne, il est revenu finir le reste de son âge au milieu des moutons, des loch et des tourbières où il courrait enfant, il marche d’un pas constant, roulant les cailloux a ses pieds comme dans son accent. A lui de nous faire comprendre ce qui « fait » de ce produit ce qu’il est.

La tourbe

Après une bonne marche, nous arrivons au bord d’un loch. Oui, en Ecosse, on ne dit pas lac, on dit loch, mais c’est la même chose. Sauve au Ness, parce que là il y a des touristes qui espèrent en vain. Nous arrivons sur un petit site, où on tire de la tourbe juste pour faire plaisir aux touristes, aux journalistes et à l’un ou l’autre consommateur local. A l’aide d’un genre de feuille et d’un crochet, l’homme extrait des briques parallélépipédiques régulières en nous expliquant sa mère, son père, ses racines, les temps de son enfance où ils venaient en famille extraire le précieux combustible. A raison d’un millimètre par an, la tourbe prend son temps pour se créer. Là où nous sommes, à vue d’œil, il y en a facile pour deux mètres d’épaisseur. Deux mille ans bien tassés. L’homme nous raconte aussi, Ecosse oblige, le squelette qu’il a trouvé un jour dans une tourbière non loin de là. Homme perdu et noyé dans le milieu hyper acide, son âme probablement errante autour des cheminées des distilleries. Au cour de notre promenade, nous avons l’occasion de remonter l’histoire de la distillerie en dégustant des cuvées rares et exceptionnelles datant de différentes époques échelonnées durant plus d’un quart de siècle. Le malt est marqué par cette tourbe, il est même envahi, suivant les cuvées il est plus ou moins violent. Se mêlent des arômes iodés, safranés, des parfums de genet, de la tubéreuse, un rien de cuir, du tabac blond, de la vanille ; bref, c’est un festival. Déguster des choses aussi complexes dans des conditions plus que rudimentaires est à la fois une bêtise rare, mais aussi un souvenir contextuel nettement plus savoureux qu’un laboratoire aseptisé. Ce que l’on perd en précision aromatique on le gagne en image.

Le loch

Pour notre pic-nic, nous nous posons au bord d’un loch. Un des deux principaux lochs qui alimentent la distillerie. Car dans chaque grand whisky se cache une source ou, a tout le moins, un eau particulière. Les experts coupent leurs dégustations à coup d’eau des sources locales qui correspondent aux distilleries, histoire de ne pas dénaturer le produit. C’est un peu du chipotage, du genre je me chatouille pour me faire rire. Mais, lorsque notre mentor du jour plonge son gobelet dans l’eau du loch sans plus de précaution que de veiller à ne pas le perdre, c’est un grand moment, que nous partageons illico. C’et vrai qu’elle a une saveur particulière, une texture aussi, même si par définition l’eau est censée être insipide et incolore, celle-ci est encore sur mes papilles quelques semaines plus tard. Il est temps de reprendre notre marche, et de rentrer vers là où se font les trésors.

La gamme ARDBEG

Nous n’aurons pas vraiment l’occasion de déguster sur place, c’est comme ça, les cordonniers doivent attendre les chaussures à la maison, mais la gamme en vente est relativement courte.

Le Ten years est la cuvée de base, et c’est déjà vachement bien foutu, élu trois années consécutives par Jim Murray comme le meilleur 10 ans du monde.
Ardbeg Uigeadail 54,2%Vol Cette cuvée d’Ardbeg (54.2%) a été élu “meilleur single malt au monde de 2009″ par Jim Murray. Uigeadail est le nom d’une des sources qui alimente la distillerie. C’est un assemblage de fûts de 10 et 13 ans ainsi que de quelques fûts des années 1970.
Ardbeg Corryvreckan 57,1%Vol Situé entre les îles de Jura et de Scarba, « Coirebhreacain », qui signifie « cauldron of the speckled seas » dans la langue de Skakespeare, est le troisième plus grand tourbillon marin au monde. Une légende raconte qu’un jeune viking du nom de Breacan, a dû survivre 3 jours et 3 nuits dans le Corryvreckan, pour prouver son amour à la fille du Lord of the Isles. Sous ce nom étrange, se cache surtout un whisky d’une rare complexité. Pour l’instant, les fûts dans lesquels il a vieilli ne sont là que pour lui permettre de respirer. Il faudra encore attendre quelques années pour la complexité ultime.
Arbeg Alligator 51,2%vol
“Alligator” est la toute nouvelle édition limitée de l’année 2011 de la gamme, tient son nom de la méthode particulière de traitement des fûts dans lequel il a été en partie vieilli.

Conclusion :

Un grand whisky se déguste pur, avec de l’eau plate, sans aucune modération mais sans jamais de glaçon ou de cochonnerie additionnelle quelconque. Si vous avez envie d’y ajouter un cola ou de le transformer en cocktail, allez donc faire un tour dans le Coirebhreacain pendant trois ans et puis on envisagera de discuter.

On trouve la gamme Ardbeg chez les bons cavistes.

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