15 jours d’enquête dans la société belge

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Les tabous ne sont plus ce qu’ils étaient. Le sexe, les homos, le mariage des prêtres n’offusquent plus grand monde. Et qui pouvait imaginer, il y a quelques années à peine, que l’on parlerait sans honte de dynamiter la Belgique ou d’envisager la suppression de l’index ? Remettre en cause la fameuse « pensée unique » fondée sur la croissance et « l’économique über alles » semble même devenu à la mode.

Pourtant, à y regarder de plus près, comme des plaques tectoniques, les chapes de plomb n’ont fait que glisser et étouffent (toujours ou désormais) d’autres sujets de préoccupation. Les silences gênés se sont déplacés. Il convient d’en prendre conscience, d’en faire le décryptage.

En se livrant pas à pas à ce salutaire exercice, c’est un instantané de la société belge qui se dévoile. C’est à ce voyage au pays des tabous, nouveaux ou anciens, que Le Soir convie ses lecteurs pour deux semaines.

Car soyons clairs d’entrée de jeu : la Belgique conserve toujours quelques bons vieux classiques dans son étagère à tabous. Plusieurs interdits résistent mieux que d’autres aux assauts du temps, sans doute parce qu’ils menacent de savants équilibres historiques : la royauté, le clivage des réseaux d’enseignement , etc. Il est aussi de ces tabous, malheureusement évidents, tant ils font l’objet d’un grand silence unanime. Comme la façon dont notre société traite nos aînés.

Les tabous politiques et sociaux sont les plus délicats. Pourquoi ? Sans doute parce qu’ils ne frappent pas uniformément toute la population. Certains sont le fait d’une certaine « bonne société », de décideurs qui ont décrété que le seul fait de se poser certaines questions est nauséabond. Tentez le coup, juste pour jeter un froid, en fin de soirée chez vos amis : « finalement, mes amis, les immigrés font-ils la majorité des taulards ? » « Et si on fusionnait les athénées et les collèges ? » « Les syndicats ne se trompent-ils pas de combat ? »

Entre gens de bonne compagnie, poser ces questions équivaut à peu près à annoncer que vous avez mangé votre chat ou épousé votre grand-mère ! Au mieux, vous passerez pour un « beauf » échappé du café du Commerce, au pire pour un crypto-fasciste. Comme si poser la question, c’était déjà conclure dans le sens redouté… et prendre son ticket pour le bûcher des moqueries. Au feu le libre examen des faits. Au diable la pensée critique.

En fait, l’analyse des tabous montre que l’on est souvent ballotté entre deux camps qui, sous couvert d’idéalismes contradictoires, pratiquent un conformisme au sein de leur groupe social. Ces camps s’accusent mutuellement de pratiquer la « pensée unique ». Cette accusation ferme toutes les portes, clôt le débat. Pour la plupart, ces anathèmes sont marqués par le clivage gauche-droite auquel on pourra donner d’autres noms, selon les accents du jour : « bobos » contre « réacs », « droit-de-l’hommiste » contre « poujadistes », les « préventionnistes » contre les « répressifs », les « tolérants » contre les « racistes », etc. La liste des clichés péjoratifs est longue comme le Nil. Hélas, décréter l’omerta sur certains problèmes de notre société n’aide pas à les résoudre, au contraire. Il faut dénoncer cette obligation que certaines idées sont vertueuses ou indignes a priori.

Le Soir s’est donc donné pour mission d’analyser en profondeur les tabous propres à la société belge en explorant des versants parfois inattendus (comme le dopage dans le sport, par exemple). Des tabous réputés de droite vus de la gauche (la fraude, la monarchie, l’argent de la culture pour les baba-cools, etc.), des tabous dits de gauche présentés par la droite (les variations sur l’Etat Providence, l’immigration, l’archaïsme du PS). Douze tabous, au total… et un treizième en « bonus track », dont le choix sera laissé à nos lecteurs et sur lequel enquêteront les journalistes du Soir durant une semaine. La formule est inédite et la perche vous est tendue : nos journalistes sont à vos ordres, prêts à « gratter » où vous le demanderez (voir ci-contre).

Avec quel mot d’ordre cette enquête sur les tabous a-t-elle été menée ? Aucun. Il ne s’agit pas de prendre le contre-pied systématique d’une certaine « bien-pensance »… en imposant une autre dictature intellectuelle. Celle qui consisterait par exemple à jouer les provocateurs sur l’Islam, les Juifs, les chômeurs… ce qui est un peu tendance dans certains milieux dits décomplexés ! Il s’agit ici d’un vrai travail d’investigation. Nous avons établi les faits avec rigueur avant d’en tirer des conclusions.

Cette enquête inédite fait écho à la célèbre pensée d’Albert Londres qui était « convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ».

Décréter l’omerta sur certains problèmes de notre société n’aide pas à les résoudre. Il faut dénoncer cette obligation que certaines idées sont vertueuses ou indignes a priori. Et ne méritent pas d’être débattues sous prétexte qu’il ne faut pas heurter tel ou tel groupe de population.

Le silence est complice des extrémismes et des haines.

Didier Hamann, directeur-rédacteur en chef du Soir

Le dossier complet dans le Soir.

Choisissez le 13e tabou, on enquête pour vous !

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2 réponses à 15 jours d’enquête dans la société belge

  1. goossens agnès dit :

    Je propose comme 13ème tabou les syndicats, leur absence de personnalité juridique et donc leur irresponsablité, entre autres en cas de grèves.
    S’est-on aussi demandé où se trouvait leur argent ? et sous quel nom ?
    Mais ne s’agit-il pas là d’un sérieux tabou, sur lequel il y a une sérieuse omerta?

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