Benoît Grevisse : “Un journalisme totalement indépendant n’existe pas”

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“Les journalistes connaissent des pressions, elles sont renforcées quand les conditions économiques de production se dégradent… Mais la prise de conscience et l’attachement à l’indépendance sont sans doute plus vivaces aujourd’hui chez les journalistes”. Le résumé du chat avec Benoît Grevisse, directeur de l’Ecole de journalisme à l’UCL.

N’est-ce pas tout simplement impossible d’être complètement indépendant (…) N’y aurait-il pas une impasse, une incompréhension qui nous fait tourner en rond? (Elise)

Un journalisme pur, totalement indépendant n’existe pas. C’est d’ailleurs das cette perspective qu’ils sont formés. Cela ne veut pas dire que tout est relatif… Souvent une part importante du débat se situe dans la transparence et la responsabilité vis-à-vis du public. Le journalisme gagnerait encore beaucoup à afficher ses limites. Et le public gagnerait à s’informer (à être formé) sur les réalités du journalisme…

Je suis d’accord avec cette question du contrat de communication que le journaliste passe avec son public. Il gagne à dire quand il fait du compte-rendue, de l’analyse ou de l’opinion. Mais le public doit aussi savoir que l’énoncé neutre du fait n’existe pas en journalisme. Le journalisme n’impose idéalement pas la vérité, il en propose…

Quelles pressions les journalistes subissent-ils, sont-elles plus fortes dans le public que dans le privé  ? (Arno)

Les pressions existent dans le public comme dans le privé. Dans l’ensemble, les journalistes ont gagné beaucoup en indépendance au cours des dernières décennies. Mais ils ont perdu en qualité des conditions de production. Les pressions sont souvent subtiles et me sont rapportées dans tous les médias. (…) Les lignes directes entre politiques et rédactions ont disparu. Par contre, j’observe des consignes rédactionnelles non explicites à certains moments et liées à des moments où un acteur médiatique ne tient pas à se mettre e froid avec tel ou tel parti… A l’inverse, certaines rédactions ne tolèrent aucune pression.Les pressions qui émanent de la pub sont bien plus difficiles à contrer.

Seul PAN/Père UBU est indépendant (des partis, des subventions, de la pub, …).  (Guest)

PAN/Père UBU s’inscrit une tradition vivace utile à la démocratie. Mais il n’est pas à l’abri d’intérêts particuliers… La presse d’opinion a disparu, faute de public. Les opinions se sont donc resserrées.

Un journaliste indépendant, est-ce un journalistes qui dit à ces lecteurs ce qu’ils veulent entendre ? (Alain)

Je pense qu’un journaliste indépendant est aussi celui qui sait dire à son public ce qu’il n’a pas envie d’entendre. C’est aussi difficile que de résister aux pressions économiques, politiques, judiciaires…

L’aide à la presse nuit-elle à l’indépendance des médias ? (Hyppolite)

Sincèrement, et je les observe de près, je ne crois pas un instant que les aides à la presse ont un impact sur le traitement journalistique de la politique.

La presse est révolue, mais qu’est-ce qui va suivre ? Les citoyens sur Twitter ? Le journalisme est un vrai métier tout de même. (Lorent)

Tout à fait d’accord. On est entré dans une ère qui relève davantage du médias de masse individualisé. Vous pouvez lire ce que vous voulez et réagir. Nous ne consommons plus l’info en masse, au même moment. Si chacun trouve voix au chapitre, l’apport du journaliste reste fondamental.

Les journalistes flamands ou anglo-saxons sont-ils plus libres dans leurs mouvement, plus indépendante ? (arthur)

Je ne pense pas que les journalistes anglo-saxons ou flamands sont plus indépendants… Le mythe de la BBC objective a vécu et c’est tant mieux. C’est une erreur de croire que le “facts only facts” met le journaliste à couvert. Quant aux Flamands, ils bénéficient sans doute de conditions de production plus aisées. Mais la pression politique ou de l’opinion publique est évidente…

Quelle est la marge d’indépendance d’un journaliste qui ne dispose pas de conditions de travail (contrats de travail, conditions financières, carences d’emplois disponibles) lui permettant d’écrire ou de dire ce qu’il pense? (Mike )

Il est évident que des conditions d’emploi permettant d’exercer son métier de journaliste et de respecter son devoir d’indépendance sont une condition minimale. Petit marché et donc difficultés propres. Mais ce n’est pas un problème purement belge…

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3 réponses à Benoît Grevisse : “Un journalisme totalement indépendant n’existe pas”

  1. Le 13eme cavalier dit :

    @Jack 12h57 “Les faits ce n’est qu’une partie infime de ce qui forme la réalité! Au contraire des commentaires précèdent, je ne vois pas l’interet d’un journalisme qui ne relate que les faits, sans idées derrière!”> Une simple question de déontologie journalistique voudrait que le lecteur se forge son opinion “en son âme et conscience” (comme un jury au tribunal). Ce qui interdit au journaliste de privilégier un point de vue (le sien) au détriment d’un autre….

  2. Bernard dit :

    C’est encore pis pour la culture: si tu n’arrives pas avec un budget publicitaire, on ne parle pas de toi…expérience faite.

  3. Le 13eme cavalier dit :

    “Faites-vous confiance aux journalistes ?” Comment pourrait-on faire confiance aux journalistes puisqu’ils sont “sous influence” de la ligne éditoriale édicté par leur Direction. Direction qui est elle-même “sous influence” du “Comité de Direction” du médium (“média”, étant un mot de langue latine définit comme étant le pluriel du mot médium) et où siège donc le représentant de l’actionnaire majoritaire. “actionnaire majoritaire qui est, selon le médium, une entité à vocation politique ou une entreprise (ou “holding indistriel”) à vocation donc purement économique.

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