Mandela Day au Cap de Bonne Espérance

Bonne Espérance © Philippe Berkenbaum

Bonne Espérance © Philippe Berkenbaum

Je vous avais promis il y a quelques jours, dans l’article consacré à la visite de Cape Town, de vous emmener faire le tour de la péninsule qui sépare la ville du mythique Cap de Bonne Espérance, celui dont rêvent tous les marins du monde. Ce jeudi 18 juillet, c’est le Mandela Day. Madiba fête ses 95 ans sur le lit d’hôpital qu’il ne quittera peut-être plus. Cette Afrique du Sud cosmopolite, apaisée, réconciliée que le Vieux Lion a… espéré toute sa vie, la province du Cap l’incarne à sa façon. Il y a vécu ses années de prison. Elle respire aujourd’hui la liberté. Voici le texte que sa visite m’avait inspiré.

Un diamant brut aux mille facettes

C’est l’un des plus beaux panoramas du monde. Mais contrairement à ce qu’on pense généralement, « il ne marque pas la séparation entre les océans atlantique et indien, corrige Carlo, bourlingueur à la retraite et guide d’un jour. Celle-ci se produit 150 kilomètres plus à l’est au Cap des Aiguilles, la vraie pointe sud du continent. Si les vagues sont tellement plus fortes sur la rive ouest de la péninsule que sur sa rive est, c’est une question d’orientation. » 

La péninsule  © Philippe Berkenbaum

La péninsule © Philippe Berkenbaum

La péninsule ? Celle du Cap, à l’extrême sud… -ouest de l’Afrique du Sud. Perché au sommet de Cape Point, sa pointe méridionale qui culmine à 250 m au-dessus du niveau de l’océan, au bout du bout du parc naturel du même nom, je n’en crois pas mes sens. Le spectacle est biblique, c’est le jardin d’Eden qui s’étale devant moi. En tout cas, c’est désormais l’idée que je m’en fais.

Dans mon dos tonne la mer, sauvage, celle qui donnait tant de sueurs froides aux marins engagés jadis dans le contournement de l’Afrique. Le fantôme du Hollandais Volant rôde encore par ici : le phare érigé au 19e siècle est si souvent noyé de brume qu’il n’a jamais guidé grand monde, hormis les babouins qui pullulent. Promeneurs, gare à vos sacs !

 © Philippe Berkenbaum

© Philippe Berkenbaum

A bâbord, vue plongeante sur les rochers du Cap de Bonne Espérance, le point mythique où les bateaux filant plein sud depuis l’Europe infléchissent leur course vers l’est pour atteindre l’Orient.

© Philippe Berkenbaum

© Philippe Berkenbaum

A tribord, total contraste. L’océan toujours, mais d’huile. Une baie si profonde qu’on n’en voit pas le terme. De retour d’Asie, de nombreux capitaines croyaient avoir enfin passé le Cap sans casse. Erreur. False Bay a mérité son nom.

Et devant… Sous une cascade de nuages noyés dans l’azur, l’horizon dessine les contours caractéristiques de Table Moutain, la célèbre montagne plate qui surplombe la ville du Cap, Cape Town, Kaapstad en afrikaans, ce vestige de la colonisation hollandaise devenu langue nationale. Moins de 40 km plus au nord. Il faudra bien deux ou trois jours pour profiter de toutes les merveilles qui nous en séparent, avant de se perdre dans ses ruelles et ses jalons historiques. Et encore n’est-ce là qu’une des innombrables facettes de ce joyau du bout du monde qui, à lui seul, mérite un voyage tout entier : la province du Cap.

Choc de deux mondes

Table Mountain  © Philippe Berkenbaum

Table Mountain © Philippe Berkenbaum

Elle ne ressemble à aucune autre dans ce pays si contrasté, choc de deux mondes qui  apprennent chaque jour un peu mieux à coexister. Avec une nature bénie des dieux, une ville cosmopolite et langoureuse blottie entre mer et montagne, des allures de Californie aux accents de vieille Europe… C’est la baie de San Francisco, en plus exotique. Et surtout, plus qu’ailleurs dans cette Afrique australe bâtie par les colons blancs, une cohabitation presque décontractée, à défaut d’être harmonieuse, entre les maîtres et les esclaves d’hier. Du temps récent de l’Apartheid.

C’est très symboliquement ici qu’il a pris fin et c’est un juste retour des choses, Cape Town ayant été le théâtre de la déportation des habitants du fameux « District Six », ce quartier jadis proclamé « zone blanche » et expurgé de tout ce qui ne l’était pas. Détenu 27 ans au pénitencier de Robben Island, l’Alcatraz local, Mandela y prononça dès sa libération, en 1991, son premier discours pro-réconciliation. La visite s’effectue en bateau, depuis le port. Incontournable.

Elle mérite d’être doublée par celle des townships, ces Cape Flats de tôle où vivent encore deux millions de noirs et de coloured (les « gens de couleur » ou métis). C’est l’un des paradoxes de la région : on y passe subrepticement du plus indolent quartier résidentiel au plus misérable bidonville. Les habitants des premiers emploient ceux des seconds. Fragile équilibre. On ne pénètre pas seul dans les townships, de nombreuses visites guidées sont organisées. Passionnant et éclairant. Tout sauf du voyeurisme. Appareils photos s’abstenir.

Les plus peuplés s’étalent dans la plaine entre la ville et la fameuse route des vins, vers l’est, autour de l’aéroport. Ils ont de nombreux petits frères sur la péninsule elle-même, perdus entre d’adorables villages aux couleurs chatoyantes, de minuscules hameaux résidentiels accrochés à flanc de collines et les plus belles plages de sable, de dunes et de rochers qu’on puisse imaginer. Où il n’est pas rare de croiser babouins et autruches, toutes sortes d’antilopes et d’oiseaux exotiques, ibis et colibris.

On croise à coup sûr les attractions locales. Les otaries du Cap, établies en colonies surpeuplées au large d’Hout Bay, à l’ouest. Les baleines, qui viennent mettre bas dans la baie d’Hermanus voisine et batifolent parfois à quelques mètres du bord. Et sur la côte est, ces adorables manchots du Cap qui singent si bien les humains dont ils explorent les jardins sans retenue.

© Philippe Berkenbaum

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Arpentez la région, profitez de la nature et des plages, logez dans les havres de charme qui offrent gîte et couvert, goûtez à la profusion de crustacés cuisinés avec talent – et surtout à ces moules qui rendraient pâles de jalousie nos mytiliculteurs zélandais. Et arrosez le tout de ces splendides vins du crû, produits à Stellenbosch où vous irez aussi arpenter les vignobles.

Brassage cosmopolite

 © Philippe Berkenbaum

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Vous serez alors mûrs pour appréhender la ville. Pas plus que la péninsule ne sépare deux mers, celle-ci ne sépare plus deux mondes, du moins en théorie. On peut rejoindre Le Cap par la côte ouest et ses stations balnéaires branchées, ou par l’est et l’intérieur des terres. Une journée ne sera alors pas de trop pour visiter deux autres musts au passage, enclavés dans la cité : le domaine viticole de Groot Constantia et le jardin de Kirstenbosch. Le premier, fondé au 17e siècle, produit toujours des nectars extrêmement recherchés. Le second est l’un des plus beaux jardins botaniques du monde. Bâti sur les pentes douces de Table Moutain, il offre aux randonneurs l’opportunité d’une excursion au sommet, pour une vue imprenable sur l’amphithéâtre de la ville. Les plus pressés emprunteront plutôt le téléphérique vertigineux sur l’autre versant, de préférence en fin de journée pour profiter de la lumière.

D’autres points culminants offrent divers panoramas sur Cape Town, pour mieux en appréhender la topographie. C’est ici que tout a commencé. Que les premiers colons ont posé le pied, que se sont succédé les peuples, les cultures et les styles. Tous vivent dans un harmonieux brassage cosmopolite qui se reflète notamment dans l’éclectisme architectural. Entre les belles maisons coloniales, à colonnades et colombelles et les immeubles ultra-modernes, les principaux mouvements architecturaux qui ont marqué le 20e siècle ont trouvé à s’exprimer ici.

 © PhB

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Au loin, en bord de mer, le port et le Waterfront, quartier entièrement réhabilité grouillant de vie, de boutiques et de familles bigarrées venues humer les dernières tendances de la mode. On y admire les « minstrels », ces troubadours colorés qui poussent leurs vocalises dans un ensemble parfait. Au cœur, le City Bowl, quartier le plus animé autour des deux rues principales, Long et Loop Street, bordées de restos, de bars et de boutique-hôtels branchés. Sur la gauche, à flanc de colline avec ses ruelles escarpées et ses façades multicolores, le quartier musulman de Bo-Kaap, où l’on passe en quelques rues dans une ambiance beaucoup plus recueillie. Et d’autres quartiers encore à découvrir le nez au vent, dans cette ville à taille humaine où s’élaborent la mode, l’art et le design contemporains d’Afrique du Sud.

Le plus beau diamant de ce pays complexe qui en est aussi le premier exportateur mondial. Au Cap, on peut se faire tailler sa propre pierre brute. Rares sont ceux qui y déposent leurs valises sans avoir de la peine à les reprendre. C’est l’un des coins de la planète qui attire le plus de nouveaux résidents chaque année. S’ils viennent y chercher la richesse, c’est d’abord celle de la diversité.

PhB

Cet article a aussi été publié par Le Vif Week-End.

A lire aussi : Un week-end au Cap en hommage à Mandela

Et mes bons plans au Cap.

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