Le tourisme spatial, c’est déjà demain

Objectif Lune

Objectif Lune

L’info est passée quasi inaperçue : la Belgique comptera bientôt un nouvel astronaute, le 3e en l’occurrence. Il s’appelle Julien Rateau, c’est un trentenaire bruxellois, il ne ressemble ni à Dirk Frimout ni à Frank De Winne et n’est absolument pas qualifié pour s’envoler dans la stratosphère. Et pourtant, il devrait embarquer d’ici la fin de l’année prochaine à bord d’un vaisseau spatial de la société Space Expedition Corporation (SXC)… grâce à un concours lancé par Media Markt et remporté par son meilleur pote, qui lui a fait cadeau du ticket. Julien Rateau sera donc (vraisemblablement) le premier voyageur belge à s’envoyer dans l’éther. Il ne sera pas seul : le tourisme spatial s’apprête à décoller. Allo chérie ? Je t’appelle de la Lune.

La capsule Dragon en route pour l'ISS © SpaceX

La capsule Dragon en route pour l’ISS © SpaceX

Ce fut un événement historique. Le 22 mai 2012, une fusée Falcon 9 décollait de Cap Canaveral pour convoyer la capsule de fret Dragon vers l’ISS, la Station spatiale internationale. Signe particulier : c’était une opération privée, gérée par la société américaine SpaceX pour compte de la Nasa. La première d’une longue série.

Entre convoyer du fret et des voyageurs, il n’y a qu’un petit pas pour l’homme, mais un grand bond pour l’humanité. En choisissant de sous-traiter au secteur privé le transport de l’espace, après l’arrêt du programme des navettes en juillet 2011, l’agence américaine a pavé la voie lactée d’un nouvel odyssée : celui du tourisme spatial. Et 2014 sera l’année de son avènement.

Ironie de la réalité, quand elle rattrape la fiction. Mort deux ans plut tôt, le maître Kubrick aurait sans doute souri d’apprendre que le premier touriste de l’espace s’est envolé en… 2001 pour une semaine à bord de l’ISS. Le milliardaire américain Dennis Tito fut ce pionnier, pour la bagatelle de 20 millions de dollars. Depuis, huit « touristes » ont séjourné dans l’ISS. Dix ans plus tard, Space Adventures a dévoilé le nouveau clou de son catalogue : huit jours d’escapade stellaire avec en point d’orgue un survol de la Lune, à l’horizon 2015. Valable pour deux passagers dans un vaisseau Soyouz adapté. Tarif : entre 120 et 150 millions de dollars. Un client mystère aurait déjà signé. (voir la vidéo)

Décrocher la Lune

Le Spaceport de Virgin Galactic © Virgin Galactic

Le Spaceport de Virgin Galactic au Nouveau Mexique © Virgin Galactic

Elle ne touche pas encore les masses, mais l’industrie du voyage dans l’espace pose ses premiers jalons. Plusieurs entreprises sont sur le pas de tir. Outre celles déjà citées, retenez les noms d’Orbital Sciences ou Bigelow Aerospace, sans parler de géants comme Boeing ou Lockheed Martin. Certaines gardent les pieds sur Terre : pas besoin de décrocher la Lune si l’on peut profiter de l’espace et de ses sensations sans grimper à des altitudes orbitales…

Virgin Galactic, branche spatiale du groupe de Richard Branson, propose des voyages de quelques heures à 100 km d’altitude, pour admirer la Terre et passer quelques minutes en apesanteur. Prix du billet : 146.000 euros. Plus de 550 personnes l’auraient déjà réservé (et payé) dont, dit-on, Tom Hanks, Paris Hilton ou le physicien dystrophique Stephen Hawking. Leur vaisseau, le SpaceShipTwo, décollera du spatioport très jamesbondien construit par Virgin au Nouveau Mexique. L’an prochain, si tout va bien.

L'hôtel spatial d'Orbital Technologies © Orbital Technologies

L’hôtel spatial d’Orbital Technologies © Orbital Technologies

Branson évoque aussi l’ouverture d’hôtels de luxe dans l’espace, qui pourraient être utilisés comme étapes pour de longs vols vers la Lune. Le Russe Orbital Technologies sera-t-il plus rapide ? Il prévoit de placer d’ici 2016, en orbite à 320 km autour de la Terre, un module de 4 chambres pouvant accueillir 7 voyageurs. L’Hôtel du Paradis offrira un panorama unique sur notre planète, dont il fera le tour en 90 minutes. Le séjour de 5 jours tout confort et en apesanteur coûtera 115 000 euros… plus 574 000 pour le billet Soyouz.

Low cost et vols paraboliques

Impayable ? Pas pour tout le monde. Roger Launius, conservateur du National Space Museum à la Smithsonian Institution de Washington, cité par le New York Times, affirme que « l’émergence du tourisme spatial dans les deux prochaines années ne fait aucun doute ». Vous êtes de ceux qui en rêvez ? Un peu de patience. Le voyage dans l’espace aura ses compagnies low cost. Xcor Aerospace prépare un petit coupé spatial baptisé Lynx, qui permettra de grimper dans l’éther en duo pour 75.000 euros. Le parfumeur AXE vient d’ailleurs de lui commander 22 billets (pour la bagatelle de 2,2 millions de dollars) qui seront offerts dans le cadre de concours liés au lancement de sa nouvelle gamme « Apollo ».

Le Lynx de Xcor Aerospace © Xcor Aerospace

Le Lynx de Xcor Aerospace © Xcor Aerospace

Blue Origin, créée par le patron d’Amazon Jeff Bezos, promet d’ouvrir l’espace à l’homme à des prix « beaucoup plus abordables et avec une fiabilité croissante ». Space Adventure offre déjà des vols à gravité zéro en B727 pour moins de 5.000 dollars. En France, c’est la société Novespace, présidée par l’astronaute Jean-François Clervoye, qui a emporté ses premiers passagers en mars dans un tel vol parabolique. Elle en prévoit deux autres cette année, au tarif de 6.000 euros par personne.

(voir la vidéo)

Et en Suède, Spaceport Sweden, qui ambitionne de devenir le premier transporteur européen à offrir des vols commerciaux dans l’espace, propose déjà un ticket d’avion à 810 euros pour aller voir au plus près les aurores boréales. Qui dit mieux ? Le compte à rebours a commencé pour le tourisme spatial.

Prochaines étapes : la Lune… et pourquoi pas Mars ? Elon Musk, le fondateur de SpaceX, nourrit désormais le projet d’envoyer une colonie de 80.000 Terriens sur la planète rouge d’ici 15 à 20 ans. Prix annoncé des premiers billets : 500.000 dollars. De son côté, la société néerlandaise Mars One vient de lancer un appel à candidatures pour le poste d’astronaute en vue d’établir une colonie humaine sur Mars dès 2023. Si le cœur vous en dit…

PhB

(Une version précédente de cet article est parue dans Le Vif Week-End au début de l’année. Beaucoup de choses se sont passées depuis.)

Pour suivre: Objectif Mars

 

 

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2 réponses à Le tourisme spatial, c’est déjà demain

  1. Sebastien dit :

    Je pense que c’est probablement une étape incontournable dans l’évolution de l’humanité, la conquête de l’espace extra-atmosphérique proche.
    C’est ça ou ils savent quelque chose que nous ne le savons pas. Peut-être ils font la collecte de fonds pour construire des vaisseaux spatiaux et des colonies de l’espace pour s’échapper de la Terre, dont ils savent qu’elle est condamné.
    Quoi qu’il en soit, si cette tendance se maintient, j’espère que dans, disons, 10 ans, j’ai l’possibilité de voler dans l’espace.
    Salut

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