Sur les traces de Mowgli et du tigre dans le Madhya Pradesh en Inde

© Phil Berki

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Baptisé Etat du milieu vu sa situation géographique centrale, le MadhyaPradesh est à la fois la province la plus étendue d’Inde et l’une des moins connues, malgré son riche passé culturel. Il dispose pourtant d’une autre richesse rare : l’une des plus fortes concentrations de tigres du Bengale, dont il est le dernier sanctuaire. C’est ici que Kipling situe son Livre de la Jungle. Ici que l’homme continue à vivre en harmonie avec la nature. Une autre Inde, où l’écotourisme est possible.

Welcome to my office, crâne Hashisch, le ranger qui nous convoie à travers les forêts touffues du parc national de Pench, dans le Madhya Pradesh. Son bureau, c’est la jungle. Celle qui servit de décor à l’œuvre de Rudyard Kipling : c’est ici que l’écrivain britannique situe les aventures de Mowgli, le petit d’homme. La province la plus vaste de l’Inde et l’une des moins connues, malgré son riche passé culturel. Elle dispose d’une autre richesse rare : l’une des plus fortes concentrations de tigres du Bengale, dont elle est un sanctuaire. Quatre grands parcs nationaux y ont été érigés ces vingt dernières années. Malgré la menace des braconniers, la population des tigres a recommencé à croître, explique notre guide Aditya Dev. Ils ne sont plus chassés par les villageois. Ici, l’homme vit en harmonie avec la nature. Dans une Inde où l’écotourisme est possible.

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« Stop ! Là, le voilà, au bord de la route ! » La jeep freine bloc dans un nuage de poussière. Quelques secondes de flottement, le temps que chacun réalise, brutalement. « Recule, recule », crie le guide au chauffeur. Le tigre est là, allongé à moins de cinq mètres. Un gros mâle adulte, tout en muscles. Celui qu’on traque depuis deux heures. Pas vraiment paisible : le regard fixé sur les intrus que nous sommes, il souffle comme un matou en colère, les babines retroussées sur d’interminables canines. Nous sommes au crépuscule, c’est l’heure de la chasse. De là à ce qu’on se transforme en gibier…

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« Surtout, ne faites aucun mouvement », chuchote le ranger qui guide notre expédition, pendant que le 4×4 recule lentement. Quelques mètres, pas plus. Photos et vidéos s’en donnent à cœur battant, on prend le temps d’immortaliser, et surtout d’observer la bête. Immobiles. « Leon ! Leon ! » : seuls les cris des paons sauvages qui pullulent troublent le temps suspendu. Deux bonds lui suffiraient pour sauter sur la jeep découverte. « Il paraît qu’un tigre peut sauter 4 mètres sans élan », lâche une petite voix.

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C’est le moment qu’il choisit pour se lever. Pour nous scruter, l’air indécis. Grogner, l’air fâché. Et traverser finalement la piste juste devant la voiture, sans nous quitter des yeux, l’air… dérangé. « I think we’d better go, now », souffle Hashish, notre ranger. On fera 300 mètres en marche arrière, pour éviter de lui tourner le dos. Quelle rencontre !…

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C’est le genre d’émotion que réserve le Parc national de Pench, en plein cœur de l’Inde. On y vient pour cela : c’est l’un des derniers sanctuaires des tigres du Bengale. Une cinquantaine d’individus se partagent les quelques milliers d’hectares de forêt sèche et de broussailles du parc, où ils règnent en maîtres. Sans autres prédateurs que les braconniers qui sévissent encore parfois dans la région, peu soucieux des rangers sous-équipés qui patrouillent… à pied ou à vélo. « Welcome to my office », sourit celui qui nous guide ce soir-là.

Au royaume de Shere Khan

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Son bureau, c’est la jungle. Celle qui servit de décor, voici un peu plus d’un siècle, à l’un des monuments de la littérature (coloniale) signé Rudyard Kipling : le fameux Jungle Book, le Livre de la Jungle. L’écrivain indo-britannique situe en effet les aventures de Mowgli, l’enfant-loup, dans les forêts du Madhya Pradesh, la province la plus étendue du sous-continent indien, dont le nom signifie « Etat du Milieu » (capitale : Bhopal).

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A l’entrée de la réserve, des panneaux estampillés « Welcome to Mowgli Land » accueillent les touristes… en majorité Indiens. La ville la plus proche de Pench, à une bonne heure de route, s’appelle Seoni, consonance frappante avec Seeonee, le nom du clan dans lequel a grandi l’enfant-loup et dont le chef s’appelait Akela – pour ceux qui n’ont pas fréquenté les louveteaux, entre 8 et 12 ans. Et si tous les animaux évoqués par Kipling peuplent effectivement les environs (à l’exception de Bagheera la panthère noire, dont seuls les cousins léopards tachetés rôdent par ici), ce sont surtout les traces de Shere Khan le tigre et des siens que cherchent ici les visiteurs. Certains viennent de très loin. Car le Madhya Pradesh est l’un des derniers sanctuaires du roi des animaux d’Asie où l’on peut l’observer à loisir. En 4×4 ou… à dos d’éléphant !

Quatre grands parcs nationaux ont été érigés dans la province ces vingt dernières années pour en protéger la faune, en partie menacée de disparition. « Malgré la menace des braconniers qui continue à peser sur eux, la population des tigres du Bengale a recommencé à croître dans nos régions, explique Aditya Dev qui guide notre séjour. Ils ne sont plus chassés par les villageois ». C’est plutôt l’inverse qui s’est produit, puisque les habitants des villages de la région ont été priés de quitter les forêts pour s’établir en bordure des sanctuaires. Lesquels ne sont pour autant nullement grillagés, ce qui rend d’autant plus incongrue la présence d’innombrables vaches (sacrées) aux alentours, autant d’appétissants agneaux pour le loup. Mais la cohabitation semble pacifique, sinon harmonieuse…

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Berceau culturel

On vient donc surtout au Madhya Pradesh en safari (photo). C’est une sacrée expédition, puisqu’il faut emprunter les lignes intérieures indiennes pour atterrir soit au sud soit au nord de l’Etat, puis se farcir encore de longues heures de routes étroites, sinueuses et encombrées de camions Tata de toutes tailles avant d’arriver à destination. Mais la récompense est au bout de la piste. Pas seulement pour les tigres, pour ceux qui ont la chance d’en apercevoir – ce n’est pas donné à tout le monde, vu leur population tout de même limitée. Il y a d’autres richesses dans cet Etat central que beaucoup considèrent comme le berceau culturel du pays.

Outre ses réserves et parcs nationaux, cette province bien moins visitée que le Rajasthan au nord, le Kerala au sud ou les mégapoles de Mumbaï et Delhi, abrite plusieurs sites légendaires datant de l’âge d’or du sous-continent. Parmi eux les temples millénaires  de Khajuraho ou bouddhistes de Sanchi, les cités légendaires de Gwalior, Mahshwar et Mandu, les sites sacrés d’Orccha… Il est même facile de pousser jusqu’au plus sacré d’entre eux, le berceau de l’hindouisme Varanasi (Bénarès) et son Gange purificateur, qui coule juste au nord, dans l’Etat voisin d’Uttar Pradesh.

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Mais ce qui mérite aussi le détour, ce sont les gens. Les populations locales de cette région essentiellement rurale et forestière. Dans les nombreux villages traditionnels que l’on traverse sur les routes menant aux sites plus touristiques, l’accueil est toujours coloré et chaleureux, malgré la modestie des foyers où les familles s’entassent pour profiter de la fraicheur, quand il fait 45 degrés dehors. Ici, les villageois sont pauvres mais pas misérables, les enfants innombrables et souriants, les femmes drapées dans de magnifiques et chatoyants saris qui résistent vaillamment à la poussière ambiante.

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Plus qu’ailleurs, on se promène les cinq sens en éveil dans les ruelles des bourgades et les travées des marchés locaux. C’est une symphonie de sons, d’odeurs, de saveurs, de couleurs, de mouvement et d’attouchements…

Quel contraste entre le désordre ou parfois même la crasse qui règnent dans les rues et le raffinement des habitants. L’Inde, dans toute sa profondeur. On n’en revient pas indifférent.

 

 

Ecotourisme chic

C’est un autre genre de raffinement, plus étoilé mais aussi écologique, qui s’offre en bordure des réserves, dans les quatre lodges installés par le groupe hôtelier indien Taj et le voyagiste &Beyond. Leur joint-venture Taj Safaris se flatte d’avoir inauguré ce type de circuit nature en Inde, basé sur un modèle d’écotourisme. Outre le strict respect de l’environnement naturel et humain, notamment sur le plan social, le groupe a initié différents programmes de développement pour améliorer le sort des populations autochtones tout en les impliquant dans la conservation des formidables ressources locales. Mais aussi, pour ceux qui sont directement employés dans les infrastructures hôtelières, dans un service aux touristes qui se veut exemplaire.

A Pench, le Baghvan Lodge – bagh, le tigre et van, la forêt – a intégré une douzaine de maisonnettes somptueusement décorées dans la nature luxuriante, vaste salle de bains extérieure en prime, où l’on ne se promène la nuit pour rejoindre sa chambre que dûment accompagné. Les plus téméraires tenteront l’expérience ultime d’une nuit à la belle étoile, dans le machan qui surplombe chaque bungalow, sorte de plateforme romantique aménagée sur le toit pour accueillir un king bed à baldaquin couvert d’une moustiquaire. Digne d’un conte de maharadja…

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La nuit, la jungle reprend ses droits et résonne de l’envoûtant concert des animaux nocturnes en quête de proies. Et au réveil, surprise : c’est toute une tribu de macaques qui investit les lieux pour ramasser les miettes de l’apéro de la veille. Repli stratégique imposé ! Comment ne pas songer aux turbulents Bandar Logs imaginés par Kipling ? Plus tard dans la journée, ils viendront envahir la piscine pour s’y abreuver, aux côtés d’antilopes et d’oiseaux bariolés. Il ne manque que Baloo pour que le tableau soit complet… Mais s’ils sont encore nombreux dans la région, les ours se cachent le jour pour dormir. On les voit très rarement.

Kaa le python hypnotique, lui, nous l’avons rencontré. Dans une autre réserve, de la région, le Parc national de Kanha, au paysage sensiblement différent, plus proche de la savane avec ses hautes herbes blanchies sous le soleil. D’où émerge de temps à autre une tête fauve à l’affut, striée de noir et de blanc, alors que paît tranquillement un troupeau de spotted deers, ces cousins de Bambi. Inconscients du danger. La loi de la jungle.

PhB

D’autres photos sur www.facebook.com/voyage2x

Le tour opérateur local www.andbeyondindia.com organise des séjours sur les traces du tigre dans le Madhya Pradesh. Ce voyage est également proposé par l’agence Tselana Travel: 15 rue Monsigny, 75002  Paris – +33 (0)1 55 35 00 30 - www.tselana.com

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Une réponse à Sur les traces de Mowgli et du tigre dans le Madhya Pradesh en Inde

  1. Gaëlle dit :

    J’ai passé plus d’un an en Inde, mais je n’ai pas eu l’occasion d’aller dans le Madhya Pradesh. Votre article donne envie d’y aller et les photos sont très belles !

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