Vancouver Island, l’île aux ours

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Ours noir © PhilBerki
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Un territoire grand comme le Benelux où la nature est reine et les animaux rois. L’île de Vancouver, au large des côtes occidentales du Canada et de la mégapole du même nom, se laisse apprivoiser par les visiteurs qui s’y attardent. Parcours initiatique en forme de retour aux sources, dans le sillage des saumons qui remontent les torrents pour y donner la vie. Emotions garanties.

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De Vancouver à Victoria, îlots dans la brume ©PhilBerki

Wayne nous avait prévenus. Le jovial propriétaire de ce B&B cosy posé au bord de la rivière Somass à Port Alberni, au coeur de l’île, a composé un air faussement débonnaire pour ne pas (trop) nous effrayer. « Profitez du jardin, promenez-vous sur les berges, mais soyez prudents : hier, il y en avait encore un sur la pelouse. Et l’autre jour en fin d’après-midi, j’en ai comptés dix-sept sur le trajet depuis le centre-ville. » Moins de 5 km…

« You’re kidding ! », j’ai répondu, incrédule. Ça l’a presque vexé.

« Ne vous inquiétez pas : si vous ne les dérangez pas, ils ne vous dérangeront pas non plus. »

Ni une, ni deux, nous voici lancés sur leurs traces, le long du cours d’eau grouillant de saumons écarlates. Il ne nous faudra pas dix minutes pour en apercevoir deux impressionnants spécimens, sur l’autre rive. Deux gros nounours adultes, au pelage noir de jais, aux paluches démesurées, au museau fouineur, aux griffes affutées. Ils sont ici chez eux, la rivière est leur garde-manger, les habitants sont leurs voisins hospitaliers. Indifférents à la présence humaine. On en croise un troisième quelques minutes plus tard, confortablement installé sur les branches basses d’un arbre en bord de route, à se gaver de baies. A quelques mètres à peine…

L’île aux ours : Vancouver Island n’a pas volé son surnom. Cette langue de terre grande comme le Benelux en abrite 12 000, la plus forte concentration de tout le Canada. Posée au large de la Colombie britannique, à quelques encablures de la ville de Vancouver, c’est un écrin dont la nature est le diamant. Apprivoisée par l’homme, jamais domestiquée – pas même depuis que les navigateurs anglais du capitaine Cook l’ont découverte puis occupée à partir de 1778, croyant poser le pied sur le continent. A l’époque, seuls les indiens partageaient l’île avec sa faune exceptionnelle. Aujourd’hui, blancs et “natives” ont fumé le calumet mais gardent encore quelques distances. Nous y sommes depuis trois jours à peine – et déjà largement conquis.

« The beautiful province »

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La Colombie britannique, c’est une province grande comme deux fois la France qui n’abrite que 4 millions d’habitants, dont le tiers vit à Vancouver. Ici, les routes sont longues et rares, l’hydravion tient lieu de taxi : on ne la visite pas en quelques jours. Entre les Rocheuses qui la bordent à l’est, les étendues subarctiques qui illuminent le nord d’aurores boréales et la côte Pacifique déchiquetée à l’ouest par d’innombrables fjords et îlots sauvages, on y admire les paysages les plus diversifiés du Canada. “The Beautiful Province”, s’est-elle autoproclamée. Trop modeste. Mais si le temps vous est compté, il faudra choisir où concentrer votre séjour.

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Nous avons opté pour l’océan. Vancouver Island et la Sunshine Coast qui lui fait face au nord de Vancouver : là où les montagnes aux sommets blancs jusqu’en été plongent dans des eaux cristallines, où la faune et la flore sont aussi riches sur terre que dans la mer, où l’impénétrable forêt humide abrite les plus vieux cèdres rouges et pins douglas de la planète, plusieurs fois centenaires et démesurément hauts… Le paradis des amoureux de nature vierge, des randonneurs avertis, des pêcheurs invétérés, des kayakistes amateurs, des surfeurs intrépides et des plongeurs confirmés. « Le paradis tout court », corrige Sean, qui organise des séjours d’éco-tourisme sur un îlot de l’archipel.

Au sud, la partie la plus peuplée de l’île. Les Anglais y ont bâti Victoria, la plus british des cités canadiennes, accessoirement capitale de la province. En ferry depuis Vancouver, la traversée dure 1h30. Première incursion dans le dédale insulaire de la région, où la brume sculpte des paysages fantomatiques d’une rare beauté. Premières rencontres avec les mammifères marins qui peuplent cet aquarium à ciel ouvert : orques, phoques, loutres de mer… Patience, les autres espèces viendront plus tard.

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Victoria est une cité à taille humaine, loin du gigantisme des mégapoles US comme Seattle, sur l’autre rive du détroit Juan de Fuca qui marque la frontière américano-canadienne. Ses jardins anglais, ses maisons… victoriennes, son Chinatown qui abrite la plus étroite ruelle du continent, ses rues piétonnes et son quartier lacustre du Fisherman’s Wharf invitent à la promenade et au shopping. Profitez d’une ondée pour une incursion au Royal British Columbia Museum, qui retrace avec un réalisme confondant l’histoire de l’île et de son environnement, depuis les “first nations” jusqu’à l’installation des colons européens. Dioramas géants à l’appui.

Cette ville charmante où se mêlent joyeusement artistes et artisans, étudiants et retraités, s’anime le soir grâce à ses nombreux pubs et restos branchés. Poissons, mollusques et crustacés s’y dégustent à cœur joie. « Eat oysters, love longer », clame une vitrine. Les bars à huître nous tendent les bras. Crues, grillées ou gratinées, aux choix, mais surtout géantes. D’excellents vins du crû aident à les faire passer.

Mythiques randonnées

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Si les alentours de Victoria méritent d’être explorés, la route qui longe la côte occidentale s’achève à la bourgade de Port Renfrew, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de la ville. A mi-chemin, le parc régional de Sooke offre un premier aperçu de la forêt pluviale caractéristique de l’île, avec son sentier de randonnée qui longe les criques et plages désertes. Pas besoin de jumelles pour observer les cétacés : rorquals et baleines grises batifolent à quelques mètres du bord, pour se reposer du long périple qui les conduit au large de l’Alaska, entre mai et octobre.

Simple avant-goût. A Port Renfrew commence le parc national du Pacific Rim, un concentré de nature loin de toute civilisation, dont la forêt quasi primaire s’auto-entretient depuis des millénaires. On le traverse en 5 à 7 jours d’une randonnée aussi mythique que physique, parsemée de rochers glissants, d’échelles souples, de ponts suspendus, de rivières que l’on franchit en hissant le bac le long d’un câble tendu. On bivouaque coupé du monde, sous des couchers de soleils à damner le saint des coloristes. On peut pêcher ses repas, disputer des saumons rouges aux ours noirs et aux loups gris. Vous en verrez, ils sont inoffensifs. Le West Coast Trail mesure 75 km, mais rien n’empêche d’y faire une incursion d’un jour ou deux. Seul impératif : réservez votre entrée à l’avance, le nombre de randonneurs quotidiens est limité. Et c’est un must.

Au plus profond des fjords

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Sur la côte orientale de Vancouver Island, les bourgs se succèdent sans se ressembler. Les uns accueillent des artistes branchés, un brin baba, qui préfèrent le calme insulaire à l’agitation continentale. Les autres abritent les populations locales, souvent constellés de ces immenses totems de bois sculpté qui rappellent l’attachement des indiens d’origine aux esprits de la terre et des cieux. Voilà pour le sud.

La moitié nord est plus déserte. Peu d’habitants, peu de routes, beaucoup de montagnes, de forêts, d’eau sous toutes les formes : fjords qui s’enfoncent jusqu’au tréfonds de l’île, torrents que les femelles saumons remontent pour frayer puis mourir là où elles sont nées… Brouillards matinaux, averses fréquentes, humidité ambiante… La Great Bear Rainforest doit justifier son nom. Elle est plus dense encore qu’au sud, même si l’homme y pratique volontiers des coupes sombres. Ici, les villages côtiers abritent encore des pêcheurs, ceux de l’intérieur plus souvent des bucherons.

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Certains ne sont accessibles que par l’eau ou les airs. Le MV Uchuck III les ravitaille une fois par semaine sous les ordres du capitaine Fred Mather qui fit ses classes en Europe, une partie en Belgique. Deux jours de périple à travers les fjords les plus reculés, jusqu’au nord de Vancouver Island. Touristes autorisés, pour le plaisir de goûter aux rudes conditions de vie locale. On loge à Kyuquot, quelques dizaines d’âmes au bout du bout du monde, dans une guesthouse de fortune. Les pieds dans l’eau. Les habitants ont l’hospitalité fruste, mais chaleureuse. Orques, dauphins, baleines, loutres, phoques, lions de mer… Tout au long du voyage, les mammifères marins, eux, sont à la fête.

Danse avec les baleines

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Après cette plongée hors du temps, on reprend pied sur la côte ouest, dans la partie nord du Pacific Rim. Moins sauvage (et encore !), plus touristique, pleine de promesses. Plages infinies, rouleaux impressionnants, sentiers de randonnée, cuisine savoureuse… Deux bourgades rivalisent de charme aux deux extrémités d’une longue bande de terre quasi péninsulaire, deux anciens ports de pêche convertis au tourisme éclectique : Tofino et Ucluelet, prononcez “Ukee”. Deux autres versants du paradis.

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Le premier est un spot couru par les surfeurs et revendique une ambiance routarde appréciée par les jeunes, le second est plus paisible et familial. Jamie et ses confrères y organisent toutes sortes d’excursions à pied, en hydravion ou en bateau à la rencontre des merveilles de la nature, minérales, végétales ou animales. On danse en zodiac avec les baleines, on déjeune avec les ours qui traquent les crabes sur le rivage. On resterait bien tout l’été, dans l’un de ces gracieux hôtels posés sur les plages, face au couchant.

Mais on finit par repartir, le meilleur est encore à venir. Cap au nord, sur la côte orientale cette fois, face à l’étroit détroit de la Reine Charlotte qui sépare l’île du continent. Entre les cabanes sur pilotis de Telegraph Cove, que certains considèrent comme le plus beau village de l’île, et les quelques auberges plantées en pleine nature où les ours viennent jouer jusque sur les terrasses, le cœur balance…

A l’aube, un bateau vient nous chercher pour fendre la brume à la rencontre des “killer whales” (orques) un jour, des grizzlis le lendemain. Le roi des ours ne vit pas sur l’île  mais sur la côte sauvage qui lui fait face, constellée de bras de mer, à quelques kilomètres à peine. On l’approche en barque à fond plat, dans les rivières où il pêche en famille, sous l’œil vorace des aigles chauves. Un autre genre de safari. Il ne nous reste plus qu’à sillonner le détroit dans le silence relaxant d’un kayak de mer. Les rencontres aquatiques n’en sont que plus impressionnantes. Mais toujours sans danger.

Philippe Berkenbaum

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Vancouver Island en pratique

Ambassade du Canada : av. de Tervuren, 2, 1040 Bruxelles. Tél. 02  741 06 11. bru@international.gc.ca – www.canadainternational.gc.ca/belgium-belgique

Formalités. Passeport valable 6 mois. Pas de visa nécessaire pour les séjours de moins de 6 mois.

Langue. L’anglais en Colombie britannique. Rarement le français.

Monnaie. 1 $ canadien vaut 0,71 €.

Décalage horaire. - 9h

Climat. Doux et humide. Il pleut beaucoup en hiver, moins en été. Vancouver Island se réveille sous la brume et se couche sous le soleil. Ondées fréquentes mais courtes.

Y aller.

Continents Insolites propose une gamme de circuits découverte, sur mesure ou en groupe. Bon choix d’hébergements sélectionnés, organisation de tous les types d’excursions avec les meilleurs guides locaux. 44a rue César Franck, 1050 Bruxelles. Tél. 02 218 24 84 www.continentsinsolites.com

Air Canada dessert Vancouver au départ de Bruxelles, via Montréal. + 1000 €.

Se déplacer.

Les routes sont en très bon état, le mieux est de louer une voiture à votre arrivée à Vancouver. Plusieurs ferries relient l’île au continent en différents endroits de la côte, plusieurs fois par jour. L’hydravion est une option plus coûteuse, mais certains coins ne sont accessibles que par les airs… ou par la mer, mais c’est plus lent. Pour la voiture, excellent rapport qualité/prix chez Sunny Cars www.sunnycars.be/BE/fr.

Se loger.

A Vancouver, le charme suranné du Sylvia Hotel, un établissement centenaire posé sur la baie à quelques minutes de Stanley Park. 1154 Gilford Street – Tél. +1 604 681 9321 – www.sylviahotel.com

A Port Alberni, la quiétude du Hummingbird Guesthouse au bord de la rivière. 5769 River Road – Tél. +1 888 720 2114 – www.hummingbirdguesthouse.com

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A Telegraph Cove, l’isolement du Hidden Cove Lodge caché au bord d’une crique en pleine nature. 1 Hidden Cove Rd, Port McNeill – Tél. +1 250 956 3916 – http://hiddencovelodge.com

Se restaurer.

A Tofino, goûtez aux produits sauvages (saumon, flétan, crabe, huitres, St Jacques) du Shelter ou du Schooner, les deux institutions concurrentes de la ville, sur la rue principale. Déco plus rustique et traditionnelle dans le second.

The Shelter : 601 Campbell Street – Tél. +1 250 725 3353

The Schooner : 331 Campbell Street – Tél. +1 250 725 3444

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