Afin de mesurer l’impact qu’a eu la dissémination de milliers de memos diplomatiques américains par WikiLeaks, la CIA vient de mettre sur pied une cellule spécialisée, la « WikiLeaks Task Force » (WTF), révèle le quotidien The Washington Post dans son édition de mercredi. Pour le lecteur anglophone, cette simple nouvelle a une saveur toute particulière : « WTF » est l’abréviation courante de l’expression de surprise « What the fuck ? », qu’on peut traduire par « Merde, alors ! »
Charger la CIA de cette enquête d’impact est en soi assez étonnant : c’est l’une des agences qui, jusqu’ici, a très peu souffert des dernières révélations de WikiLeaks, seul le chef de poste de la CIA au Pakistan a été publiquement identifié et mis en sécurité hors du pays. Mais cette absence d’exposition est due à la prudence de l’agence de Langley, qui a toujours refusé de communiquer par les mêmes réseaux et avec le même cryptage que le Département d’Etat ; la CIA a même refusé d’utiliser le système de communication extérieure du Pentagone, SIPRNET, jugeant que trop de personnes pourraient y avoir accès. Bien leur en a pris : la taupe la plus connue de WikiLeaks, Bradley Manning, avait accès à SIPRNET.
L’une des questions que doit étudier cette Task Force de la CIA – un peu plus d’une vingtaine de personnes – est de savoir dans quelle mesure les fuites subies par la diplomatie américaine vont rendre plus difficile, pour l’agence, le recrutement futur d’informateurs. Il est probable que la cellule « What the fuck ? » aura également à étudier les mesures qui pourraient, dans le futur, accroître encore la sécurisation physique des informations de la CIA.
Alain Lallemand