Le football est-il soluble dans les cinq anneaux ?

David Beckham

David Beckham

Les organisateurs des Jeux de Londres se frottent les mains. Cette semaine, en quelques heures, ils ont écoulé, dans une nouvelle phase de vente par internet, près de 1,5 million de billets pour le tournoi olympique de football. On jouera vraisemblablement dans des stades pleins en juillet et août, à Coventry, Glasgow (Hampden Park), Cardiff (Millenium Stadium), Manchester (Old Trafford), Newcastle (St James’ Park) et Londres (Wembley), surtout pour y voir à l’œuvre, pour la première fois depuis les Jeux de Rome, en 1960, une équipe nationale… britannique qui devrait regrouper des Anglais, des Ecossais, des Gallois et des Nord-Irlandais .

Le football, c’est bien connu, c’est l’une des principales vaches à lait des Jeux. La popularité du sport roi et le fait qu’il se joue dans de larges enceintes, où on peut accueillir bien plus de spectateurs que dans les autres sports, athlétisme excepté, assurent chaque fois de plantureuses recettes dont on ne peut se passer. Sans cela, sans doute, on peut penser qu’il aurait disparu depuis longtemps du programme olympique.

Car, depuis que le président de l’Association international de boxe a laissé entendre que des boxeurs professionnels pourraient prendre part aux Jeux de Rio, en 2016, imitant en cela les joueurs de tennis (depuis 1988), de basket-ball (depuis 1992) et de golf (à partir de 2016), le football est désormais le seul des 26 sports présents actuellement aux Jeux d’été qui, volontairement, n’y envoie pas ses meilleurs représentants. Le seul qui ne joue pas le jeu des Jeux.

Les raisons de cette anomalie sont multiples. La principale, on le sait, est que la Fédération internationale de football (Fifa), qui détermine les principes d’éligibilité des footballeurs aux Jeux, ne veut pas faire de concurrence à sa Coupe du monde, l’autre grand rendez-vous quadriennal du sport international. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, ses règlements ont constamment été modifiés en ce sens. Jusqu’en 1980, seuls étaient admis aux JO les footballeurs « amateurs », ce qui a grandement profité aux « athlètes d’Etat » des pays de l’Est, qui étaient de vrais professionnels qui ne disaient pas leur nom, qui ont trusté les titres olympiques. En 1984 et 1988, les pros européens et sud-américains ont été acceptés… pour autant qu’ils n’eussent pas disputé une Coupe du monde. En 1992, il fallait avoir moins de 23 ans, règlement qui a été assoupli depuis 1996 avec la, présence autorisée désormais de trois joueurs de plus de 23 ans. Simple !

Ajoutez à cela que la Fifa est également prisonnière des calendriers démentiels en vigueur dans ses différentes associations continentales et fédérations nationales.  Et qu’elle doit tenir compte des exigences des grands clubs européens, qui rechignent de plus en plus à mettre leurs joueurs à la disposition des équipes nationales dans des compétitions ou des matchs qu’ils estiment ne pas leur apporter de valeur (commerciale) ajoutée.
Le Comité olympique et interfédéral belge (COIB) en sait quelque chose. Il y a un peu plus de trois ans, à Pékin, la composition du groupe des 18 Diablotins a constitué un véritable casse-tête pour le sélectionneur Jean-François de Sart, finalement contraint de plier, entre autre,  devant le diktat d’Anderlecht (aucun joueur sélectionné), du Standard (seul Fellaini a pu se rendre en Chine pour jouer… un match), de Hambourg (qui a rappelé Kompany après un match) et du FC Malines (qui a refusé que Rossini ne rejoigne le groupe en cours du tournoi pour remplacer Mirallas, blessé). Que dans ces conditions les Belges aient terminé 4es relève du miracle.

Ces multiples « exceptions footballistiques » irritent les autres participants aux Jeux. Tout récemment, l’athlète britannique Dai Greene, champion du monde en titre sur 400 m haies, a estimé « comme beaucoup d’autres », que comme une médaille d’or olympique ne constituait pas le but ultime pour les joueurs de football, ceux-ci n’avaient pas leur place aux JO.  Il craint aussi que la présence de certains grands noms éclipse les performances d’autres sportifs de sports moins médiatisés.  « Si un athlète remporte l’or en badminton, il mérite que l’on s’attarde sur son succès et son histoire, pas que sa médaille soit éclipsée par ce que David Beckham aura mangé au petit déjeuner, comme cela risque d’être le cas », a-t-il déclaré. Une fois tous les quatre ans, en effet, cela semble tout à fait légitime…

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Une réponse à Le football est-il soluble dans les cinq anneaux ?

  1. Rampaer dit :

    pas évident effectivement, la place du foot aux JO…la place qu’occupe le foot au sein des médias est par contre quant à elle tout à fait justifiée…ou plutôt ‘explicable’…lorsque l’on sait que le sport (et le foot en particulier) est uniquement considéré comme un produit promotionnel par le média et non pas un support d’analyse objectif (comme le sont d’autres mantières telles que les nouvelles internationales, la politique, l’économie etc…dommage…mais quel est le média qui aurait l’intelligence de changer ça…sachant qu’aujourd’hui la logique de gestion est plus financière qu’informative?

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