Pour 41 millions de livres de plus…

Cérémonie d'ouverture des JO de Pékin le 8 août 2008. © EPA/Peer Grimm

Il y a trois ans, dans la foulée des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux de Pékin qui avaient laissé le monde entier pantois d’admiration, les futurs organisateurs des Jeux de Londres, sous le choc, s’étaient empressé de déclarer que jamais ils ne tenteraient d’imiter leurs homologues chinois. Que les célébrations qui lancent et bouclent les JO étaient toutes uniques en leur genre et que Londres allait utiliser plus modestement ses armes et sa spécificité pour offrir quelque chose de différent. Et, c’était implicitement précisé, de moins coûteux… Pas fous, les British !

Ces belles résolutions se sont envolées cette semaine. Soutenu par son Premier ministre David Cameron, Hugh Robertson, le ministre des Sports et des Jeux olympiques britannique a annoncé que le budget des deux cérémonies londoniennes serait doublé. Et que, en dépit de la situation économique préoccupante, 41 millions de livres supplémentaires d’argent public (55 millions d’euros) seraient ajoutés aux montants initialement débloqués. «Un investissement pour retirer un bénéfice maximum pour l’économie et le tourisme du pays», a-t-il précisé.

A quoi va servir cet argent ? A mieux rémunérer Danny Boyle, le réalisateur de « Slumdog millionaire » et « Trainspotting », chargé de la mise en scène de la cérémonie d’ouverture ? A s’offrir les plus grands noms de la chanson, étant donné que l’aspect musical sera forcément privilégié au pays où le rock et la pop sont le plus ancrés dans la culture ? A convaincre Paul Smith d’habiller tous les figurants ? A sous-traiter la pyrotechnie aux Chinois qui sont quand même les plus grands spécialistes en la matière ? A ressusciter William Shakespeare, Charlie Chaplin, Winston Churchill, John Lennon et Lady Di ?

Paula Radcliffe, la détentrice du record du monde du marathon, qui disputera ses cinquièmes Jeux à Londres, s’est, en tout cas émue de cette dépense qu’elle estime «frivole» en ces temps de récession. «Organiser des Jeux olympiques coûte suffisamment cher, a-t-elle ajouté. Il aurait été plus judicieux de dépenser cet argent pour un projet qui peut rapporter sur le long terme.»

Mais il est tentant, quand on sait que l’on va offrir un spectacle à 4 milliards de téléspectateurs (les chiffres d’audience annoncés de la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin, ndlr) de vouloir sortir le grand jeu. Et les Britanniques, malgré leur belles promesses de 2008, ont cédé comme leurs prédécesseurs à la tentation du toujours plus.

Pourtant, ce ne sont pas forcément les plus grands spectacles qui procurent les plus grandes émotions. Dans l’histoire des cérémonies d’ouverture des JO, on ne fera sans doute jamais mieux qu’à Atlanta, en 1996, lorsque, une fois Céline Dion retournée dans sa loge (oui, oui, elle était là…), Mohamed Ali, déjà rongé par la maladie de Parkinson, s’est offert dans toute son humanité aux yeux du monde au moment d’allumer la flamme. Ce soir-là, il a sans doute touché le plus petit cachet de sa carrière, s’il en a touché un. Mais tout le stade avait les larmes au bord des cils en l’ovationnant.

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Une réponse à Pour 41 millions de livres de plus…

  1. Cuberdon dit :

    «Un investissement pour retirer un bénéfice maximum pour l’économie et le tourisme du pays»,

    C’est aussi ce qu’avaient dit les Grecs en leur temps. Et aujourd’hui… Ils réalisent que l’organisation des JO ont été un gouffre financier, et leurs infrastructures sont à vendre (sur eBay ou presque ;-)

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