Fallait pas enterrer les judokas!

Joachim Bottieau et Charline Van Snick, un beau doublé à l'Euro. Copyright Belga.

Ces dix dernières années, les judokas belges ont souvent vécu avec des fantômes au-dessus de leur tête. Ceux de leurs glorieux aînés, ces membres de cette « génération dorée », qui avait connu son apogée aux Jeux d’Atlanta 1996 (4 médailles) et à l’Euro d’Ostende 1997 (8 médailles), dont on leur ressassait sans arrêt les mérites. Quand ils tentaient de sortir la tête de l’eau, on la leur replongeait aussitôt en leur énonçant au passage les noms ronflants d’un passé riche mais révolu, Van de Walle, Berghmans, Werbrouck, Vandecaveye, Flagothier, Laats, Van Barneveld, Lomba, Taymans… Avec un « maître noyeur » de première main nommé Jean-Marie Dedecker, jamais avare d‘une moquerie ou d’une insulte pour décrédibiliser les héritiers d’un sport sans lequel, pourtant, on n’aurait sans doute jamais parlé de lui.

Il a fallu beaucoup de courage et d’abnégation aux nouveaux venus pour passer au-dessus. Pour oublier les sarcasmes. Pour vaincre l’indifférence. Pour digérer, aussi, la plongée médiatique de leur discipline et la subite absence de moyens survenue avec le départ de quelques gros sponsors qui, dans les années 90 et légèrement au-delà, leur offraient contrats et primes à la performance. Même s’ils ne le font pas pour la gloire (ça se saurait…), un peu de reconnaissance fait toujours plaisir…

D’autant qu’à côté de cela, ils ont vu leur discipline prendre de l’envergure par rapport à avant, avec l’arrivée de nouveaux pays qui se sont hissés à leur niveau, rendant le judo plus universel que jamais. Aux derniers championnats du monde de Paris, en août 2011, pas moins de 136 pays avaient délégué un total de 949 judokas. Car, fait majeur qui a aussi compliqué les choses, chaque nation peut désormais envoyer deux athlètes par catégorie lors des grands championnats (sauf aux Jeux olympiques). Ce qui fait des tableaux beaucoup plus aléatoires, même si le ranking mondial privilégie les meilleurs lors des tirages au sort.

Dans le format des compétitions aussi, on a resserré les boulons. Alors qu’auparavant, on repêchait tous les judokas qui avaient été éliminés par les quatre demi-finalistes de chaque catégorie, ce qui offrait quand même quelques solides chances de remonter la pente pour aller happer une médaille de bronze, aujourd’hui, dans les grands championnats, il faut désormais atteindre les quarts de finale pour être récupéré. Et dans les tournois du Grand Chelem et du Grand Prix, les repêchages ont même été carrément supprimés, les deux battus des demi-finales se partageant les deux troisièmes places.

Enfin, l’arbitrage « new look » est, lui aussi, beaucoup plus pénalisant que le précédent avec la suppression du koka, le plus petit score, et, surtout, l’arrivée du «golden score», cette prolongation où chaque avantage est décisif mais où on assiste souvent à des combats qui se ferment jusqu’à la décision, ce qui use les organismes.

Pour toutes ces raisons, les médailles conquises ce week-end à l’Euro de Chelyabinsk, l’argent par Charline Van Snick (moins de 48 kg) et le bronze par Joachim Bottieau (moins de 81 kg) et leur qualification olympique ainsi que celles de Dirk Van Tichelt, Elco van der Geest et Ilse Heylen, méritent plus qu’une simple mention ou un applaudissement poli. S’ils n’ont, certes, pas encore le palmarès de certains de leurs prédécesseurs – en même temps normal, vu leur âge, 21 et 23 ans… – leurs résultats ont été beaucoup plus compliqués à forcer. Et ils apportent plus qu’un frémissement, un vent de fraîcheur. A la veille des Jeux olympiques, il fallait le dire.

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3 réponses à Fallait pas enterrer les judokas!

  1. Josegaut dit :

    Voilà ce que j’appelle du beau journalisme sportif. Clair, pertinent, argumenté et humain.

  2. Bernard dit :

    Ras le bol du sport de haut niveau ! Ca fait plus de dégâts que de bien, j’ai rencontré personnellement plusieurs anciens sportifs de haut niveau, dont Daniel Guldemont, une de nos gloires du judo des années ’60: Il est en piteux état. Même un de mes clients, ancien compétiteur en badminton: à 35 ans, perclus d’arthrose. Le sport est bon pour la santé, mais à petite dose. Le foot c’est avant tout réunir 22 gamins sur une pelouse, pas 22000 braillards autour ! Que les journaux se concentrent un peu sur la culture pour lui amener du public: la culture, elle, a besoin d’argent !

  3. Ping : Charline Van Snick vice-championne d’Europe 2012 ! | BLEGNY.BE

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