Les hockeyeuses, déjà un enjeu communautaire?

Les Panthères à la sauce "Nina". Copyright D.R.

Il y a un bon mois d’ici, juste avant le tournoi de qualification olympique de Kontich qui allait les propulser à Londres, les filles de l’équipe nationale de hockey avaient eu les honneurs du supplément féminin du Standaard. Une séance photo où treize d’entre elles, sans doute celles qui avaient pu se libérer ce jour-là, avaient joué les mannequins de circonstance dans un décor de salle de gym, le tout dans une ambiance visiblement fun, colorée et décontractée.

Ce samedi, c’est dans Nina, l’hebdo féminin du Laatste Nieuws que huit Red Panthers ont pu troquer leur équipement habituel pour des tenues glamour. Enfin, certaines Red Panthers… A défaut d’avoir eu l’idée originale de leurs collègues, les responsables du magazine ont affiné le concept en ne demandant qu’à des joueuses flamandes de poser pour eux. «Vlaamse hockeymeisjes klaar voor Londen !» («Les hockeyeuses flamandes prêtes pour Londres!») précise d’ailleurs sans aucune ambiguïté le titre manchette. Dans l’édito, la rédactrice en chef ajoute tout de même qu’elles se sont qualifiées pour les Jeux olympiques « avec leurs collègues wallonnes ». On avait eu peur !

Chacun, c’est sûr a ses choix rédactionnels, et celui-ci a sans doute été effectué pour des raisons a) commerciales, b) d’identité culturelle, c) de proximité (biffez les mentions inutiles, s’il y en a). Mais on ne s’empêchera pas de penser qu’il est étonnant, voire choquant, parce que discriminant pour une grosse partie de l’équipe, qui a autant d’importance que celle qui pose, et trahit, en quelque sorte, la vérité qui est sortie du terrain à Kontich. Imaginerait-on La Vanguardia, le grand quotidien de Barcelone, publier une photo du Barça avec uniquement les joueurs catalans de l’équipe (sorry Messi…) ? Ou l’Irish Times de Dublin ignorer le bassiste Adam Clayton, sous prétexte qu’il est le seul Anglais de la bande, dans un article sur le groupe U2 ?

Ce qui est également gênant dans ce choix, c’est qu’il est en totale contradiction avec l’esprit et l’unité qui règnent dans et autour de cette équipe – comme c’est également le cas chez son homologue masculine, d’ailleurs – et qui seront bien nécessaires pour arriver à performer dans moins de trois mois à Londres. Pour avoir voulu s’en affranchir, Sofie Gierts (qui fait toujours partie des huit joueuses flamandes sélectionnées par Nina en raison des délais d’impression…) en a d’ailleurs fait les frais il y a une dizaine de jours en s’en voyant écartée dans un grand fracas médiatique.

Il n’y a pas de clan dans ce groupe, surtout pas communautaire. La plupart des filles qui la composent sont bilingues ou comprennent l’autre langue nationale, y compris les francophones dont certaines d’entre elles ont d’ailleurs effectué leurs études en néerlandais. En sélectionner certaines en fonction de leur langue maternelle et/ou de l’endroit où elles résident était inutilement provocateur. Contre-productif. Et, pour tout dire, un peu triste.

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5 réponses à Les hockeyeuses, déjà un enjeu communautaire?

  1. DDOU dit :

    @ Frank Willemse OK, mais le titre aurait pû être ” Belgische hockeymeisjes klaar voor Londen ! ” avec la même photo et le même contenu. La question est : en jouant en équipe nationale, sont-elles d’abord belges ou flamandes ?

  2. Godding dit :

    C’est clair: l’offensive continuera…jusqu’à l’éclatement de la Belgique. Et nous, avec notre “Wallonie, terre d’accueil” face aux communes “waar vlamingen thuis zijn”…Les francophones sont des naïfs congénitaux!

  3. Fair Play Please dit :

    @ Frank & LeSoir je vois tout de même un gros problème: si la majorité des filles sont bilingues, certaines “wallonnes” étudient en Flandre, beaucoup des alentours de Bruxelles,…: Quelle est la définition d’une hockeyeuse “wallonne” ou “flamande”? De quel droit distinguez-vous ainsi des personnes sensibles? Vous croyez que c’est chouette d’être considéré comme “pas des nôtres” par tout le monde, simplement parce qu’on a l’esprit ouvert? Elle a pensé quoi la hockeyeuse “wallonne” habitant depuis 10 ans à Gand quand le photographe lui dit “jij niet, bent toch geen vlaming”. Ou l’éventuelle “flamande méchante envers ses consoeurs wallonnes” qui est en fait plus francophone que flamande? Arrêtez un peu de f.. le b… pour rien! Ces petits jeux que fait la presse des deux langues ne sont pas innocents.

  4. mouflette dit :

    Ben il ne reste qu’à un quotidien wallon de faire la même chose. Un peu de patriotisme ne ferait pas de mal de ce côté-ci de la frontière.

  5. Frank Willemse dit :

    @ddou: vlamingen en franstaligen spelen inderdaad samen voor belgië maar het blijven wel vlamingen en franstaligen. Zeker in een land als het onze :-) ik begrijp de gevoeligheden maar er zit echt geen politiek statement achter. Persoonlijk had ik liever gekozen voor enkel de brunettes (meer mijn type) als we dan toch maar plaats voor 8 van de 18 hadden. Zouden de blondines dan boos zijn geweest?

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