Lindsey De Grande, malade à en louper les Jeux

Lindsey De Grande avait le regard tourné vers Londres. Elle l'a réorienté vers RIo. Contrainte, forcée et courageuse. Copyright Belga.

Les sportifs de haut niveau donnent souvent l’impression de mener une vie de privilégiés. De vivre dans un cocon. Hors du temps. Surprotégés. Ce n’est souvent qu’un leurre. Car à côté de leurs exploits et de la lueur des projecteurs, il y a une autre vie. Celle qu’on ne voit pas. La vraie vie.

Il y a douze mois d’ici, Lindsey De Grande avait devant elle un avenir athlétique prometteur. A 22 ans, elle savourait encore la 6e place conquise moins de trois mois plus tôt sur 1.500 m à l’Euro indoor de Paris et s’apprêtait à tout faire pour briller durant l’été, à l’Euro espoirs, d’abord, aux Mondiaux de Daegu, ensuite.

Et puis, le 26 juillet 2011 est arrivé. Ce jour-là, après avoir subi un examen approfondi pour déterminer les raisons d’une augmentation de son taux de globules blancs, elle a appris qu’elle souffrait d’une leucémie chronique. Et qu’elle allait devoir entamer une chimiothérapie sous forme de prise quotidienne de pilules. Un traitement lourd et épuisant, provoquant maux de tête, nausées et perte de cheveux, mais qui n’avait cependant pas entamé sa volonté de viser une qualification pour les Jeux de Londres.

« Je sais que ce sera dur, avait-elle admis lors du stage du COIB à Lanzarote, en novembre dernier, mais je veux continuer à y croire. »

Aujourd’hui, à deux mois de la cérémonie d’ouverture des JO, elle doit se rendre à l’évidence. Sans utiliser le mot « abandon », « parce qu’il est terriblement définitif », la Brugeoise se rend compte que son rêve olympique a désormais peu de chances de voir le jour cet été, comme elle l’avait déjà laissé sous-entendre lors de la grande soirée du Télévie, au mois d’avril, où son témoignage plein de courage avait marqué les esprits. Les douleurs et la fatigue, les effets secondaires de son traitement, sont toujours omniprésents. Et, même si elle continue à courir tous les jours ou presque et que, après avoir beaucoup travaillé son endurance, il lui arrive désormais d’alterner avec des séances de vitesse, elle sera « trop juste » pour aller à Londres.

« Je savais dès le départ que mes chances seraient minimes, mais j’ai toujours voulu y croire parce que cet espoir me poussait, explique-t-elle. Aujourd’hui, il me reste moins de deux mois (NDLR : la sélection olympique belge définitive sera connue le 9 juillet). Les chances que je fasse des progrès remarquables en si peu de temps pour réussir le minimum qualificatif sont quasi nulles. Mais je n’abandonne pas l’idée d’aller aux Jeux. Je veux percer au plus haut niveau international. A Rio, en 2016, j’aurai 27 ans, et je serai en pleine force de l’âge.»

Depuis le 2 août 2011, date de sa dernière sortie à Oordegem, une semaine après avoir encaissé le diagnostic de la Faculté, Lindsey De Grande n’a plus couru en compétition. Elle aurait sans doute pu disputer sans aucune pression ni attente extérieure les interclubs féminins, il y a un peu moins de deux semaines, mais a préféré renoncer.

« Je ne sais pas quel temps j’aurais pu y réaliser. Mais je me suis dit que le jour où je m’alignerai à nouveau au départ d’une course, c’est quand je serai capable de tourner avec les meilleures. Je ne veux pas d’un chrono de 4.40… » (son record personnel est de 4.09.20).

Son désir le plus cher est que « les championnats d’Europe d’Helsinki et les Jeux de Londres soient le plus vite possible derrière moi. » Car elle sait qu’elle va souffrir, cet été, au moment où se dérouleront ces deux compétitions auxquelles elle aurait logiquement dû prendre part si…

« Je ne vais pas me forcer à ne pas regarder, ce serait ridicule, mais je sais que si je vois arriver en finale des filles que j’avais l’habitude de battre, cela va me faire très mal. Peut-être devrais-je suivre votre conseil et et tout suivre… sauf le 1.500 m féminin ! »

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