Au-delà du choc du moment, on ne peut évidemment pas parler de surprise. Déjà absentes aux Mondiaux de Daegu l’an dernier pour résultats insuffisants, les filles coachées par Rudi Diels n’avaient pas vraiment donné de signes encourageants, cette saison, depuis leur sortie initiale, à Oslo, à la fin du mois de mai. En athlétisme plus que dans tout autre sport, les chiffres mentent rarement et croire que tout se résoudrait comme par enchantement lors de la toute dernière sortie avant les JO était un leurre. Elles et leur mentor se sont pourtant accrochés à cette chimère et c’est sans doute ce qui a rendu la déception encore plus brutale ce samedi.
Pour être admis aux Jeux par la Fédération internationale d’athlétisme, il fallait figurer dans le top 16 mondial basé sur la moyenne des deux meilleurs résultats enregistrés depuis le 1er janvier 2011. Même en étendant cette règle aux deux années précédentes, les Belges n’y seraient pas arrivées. En quatre ans, depuis la retraite de Kim Gevaert, elles ne sont descendues que quatre fois sous les 44 secondes et leur moyenne, même si elle avait été établie entre 2009 et 2012, ne les aurait pas portées plus haut que cette 19e place avec laquelle elles étaient arrivées à Helsinki. Et avec laquelle elles en repartiront.
Tout au long de l’olympiade, Olivia Borlée, Hanna Mariën et Elodie Ouedraogo, les trois rescapées du triomphe de Pékin, se sont battues pour connaître à nouveau cette ivresse, toujours avec la bénédiction de Rudi Diels, qui, dans des conditions parfois difficiles, a misé sur leurs automatismes pour leur accorder une préséance qui n’était pas toujours évidente. Son conservatisme (ou sa fidélité) en a fâché certaines et découragé d’autres. Mais si ceux qui disent qu’il aurait peut-être mieux valu arrêter les frais après le départ de Gevaert ont sans doute raison aujourd’hui, l’honnêteté intellectuelle de l’entraîneur louvaniste ne peut, en aucun cas, être remise en question malgré certains mauvais choix et des entêtements. Il a fait avec ce qu’il avait et ce qu’il avait n’était simplement plus suffisant.
Aujourd’hui, ce sont Ouedraogo et Mariën qui, quatre ans après Gevaert, vont refermer derrière elle la porte du 4 x 100 m. Une nouvelle page de l’équipe la plus performante de l’histoire de l’athlétisme belge va se tourner. Si le chantier sera costaud, celui entamé en 2001, à Edmonton, lieu de la première sortie internationale du relais « version Gevaert » l’était tout autant. Qui aurait osé parier à l’époque que cette équipe, composée à l’époque, à côté de la meilleure sprinteuse belge de Nancy Callaerts, Katleen De Caluwé et Elodie Ouedraogo, et qui avait fini 5e en séries, décrocherait un jour une médaille de bronze aux championnats du monde et une médaille d’argent aux Jeux olympiques ?

Spécialisé en omnisports, Philippe Vande Weyer a couvert sept Jeux olympiques pour Le Soir, où il est journaliste professionnel depuis 1982.
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