« Je venais de naviguer deux ans sur fonds propres et j’étais acculé financièrement, explique-t-il. La voile est un sport très onéreux et je ne parvenais pas à trouver de sponsor. J’avais fait des petits boulots pour me renflouer, notamment comme vendeur au salon de l’auto, mes parents m’avaient avancé de l’argent, mais cela devenait de plus en plus intenable. Comme je tenais absolument à vivre mon rêve olympique, je me suis battu. Et j’ai été frapper à la porte de la Fédération francophone de yachting belge (FFYB). Où j’ai été accueilli les bras ouverts ! »
Marie-Blanche Wiame-Rouchet, la présidente de la FFYB, avoue pourtant qu’elle avait initialement été interloquée face à cette demande. A l’époque, la fédération qu’elle dirige n’avait pas de politique sportive de haut niveau et tout était donc à construire autour de ce nouvel arrivant. « Mais nous nous sommes dit : « Pourquoi pas ? » Wannes (NDLR : dont le grand-père maternel a été, lui aussi, président de la FFYB) pouvait devenir notre figure de proue et entraîner derrière lui d’autres jeunes régatiers. Nous avions de l’argent et comme notre objet social n’est pas de le thésauriser, nous avons débloqué 30.000 euros sur fonds propres pour l’aider et nous avons présenté son dossier à la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui a accepté de le prendre parmi ses élites. Aujourd’hui, il a un contrat d’athlète à la Région bruxelloise.»
La décision de Van Laer de passer « au sud » n’a pas été qu’opportuniste. Quand on étudie son parcours de vie, on peut se demander s’il sait lui-même quelle est son identité. Ou si celle-ci a vraiment une importance. Wannes – un prénom dérivé de Johannes – est né de père flamand et de mère wallonne à Ostende, mais a longtemps vécu à Tournai et un peu à Wijtschate (Ypres) avant de se domicilier récemment à Laeken. « Et, pour m’entraîner, je suis la plus grosse partie du temps à l’étranger ! » , ajoute-t-il.
L’aide de la FFYB et de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne l’a pas été à fonds perdus. Il y a quelques jours, le COIB, après avoir écouté ses arguments, a décidé de le « délibérer » et de l’inclure dans sa sélection pour les JO de Londres. Après avoir gagné une place de quota pour la Belgique en classe Laser Standard fin 2011, lors des Mondiaux de Perth, il avait loupé à quatre reprises d’une petite place – 11e pays au lieu de 10e – , les critères belges lors des manches de Coupe du monde, chaque fois en craquant le dernier jour. « Une question de pression… , admet-il, en précisant qu’il a, depuis, trouvé une oreille attentive du côté de Philippe Godin, professeur en psychologie du sport à l’UCL. Hasard ou pas, juste après ma sélection, j’ai terminé 8e lors des régates de Kiel ! »
A 27 ans, coaché désormais par un entraîneur turc, il partira à Weymouth, lieu des régates olympiques des JO 2012, avec des ambitions mesurées. Il sait qu’il n’a pas l’expérience des deux autres sélectionnées en voile, Evi Van Acker (Laser Radial) et Sigrid Rondelez (planche à voile RS :X). Il se raccroche au fait qu’il avait terminé 27e lors de l’épreuve-test disputée dans les mêmes eaux pour viser une place dans le top 20… « même si, dans ma tête j’espère finir 18e, le résultat obtenu par Philippe Bergmans, le dernier sélectionné belge en Laser, lors des Jeux d’Athènes ».
Mais l’échéance à laquelle il se raccroche comme à une bouée, c’est celle de Rio 2016. Et que, dans cette optique, « aller aux Jeux de Londres peut me permettre de faire un grand pas vers le futur ».
La volonté dont il a témoigné jusqu’ici est déjà en soi une belle promesse.

Spécialisé en omnisports, Philippe Vande Weyer a couvert sept Jeux olympiques pour Le Soir, où il est journaliste professionnel depuis 1982.
Road To London, le site officiel du COIB pour les JO de Londres