Eddy Hellebuyck, le marathonien devenu sans-abri

Eddy Hellebuyck, du temps de sa "splendeur". Aujourd'hui, le dopage l'a fait tomber bien bas. Photo AP.

On ne l’a pas oublié avec son physique de jockey. Court sur pattes (1,58 m), léger comme l’air (49 kg), avaleur de bitume en dépit du bon sens et noceur impénitent, qui courait plus pour vivre qu’il ne vivait pour courir, Eddy Hellebuyck, le sourire en bandoulière, était, il y a quelques années, l’une des figures les plus improbables du milieu international des courses sur route.

En 1996, à la surprise générale, alors qu’il vivait exilé depuis 3 ans aux Etats-Unis, où il était parti après avoir quitté femme, enfants et job de militaire, pour y rejoindre sa future deuxième épouse, Shawn, rencontrée lors du marathon de Chicago, ce Flandrien originaire de Deinze, déjà en instance de naturalisation américaine, avait réussi le coup le plus fumant de sa vie. Lors du marathon de Londres, il avait fini 7e, forçant ainsi sa sélection belge pour les Jeux d’Atlanta quelques mois plus tard. Le COIB, malgré sa réputation de coureur de cacheton, capable parfois de courir trois marathons en un peu plus de deux semaines pour aller chercher les dollars faciles, avait accepté de l’inclure dans sa délégation. Un choix obligatoire mais malheureux puisque, comme attendu, dans la touffeur géorgienne, il allait finir 66e…

En 1999, aux Mondiaux de Séville, où il allait terminer 26e, on l’avait retrouvé hilare, vareuse US sur le dos. Après avoir franchi le cap des sélections américaines, il avait obtenu son nouveau passeport quelques jours plus tôt grâce au soutien appuyé d’une «congresswoman» du Nouveau-Mexique, où il vivait avec sa femme et leur fils. Sur les hauteurs d’Albuquerque, le couple possédait un hôtel et des appartements où, grâce à ses connexions, venaient loger les meilleurs athlètes du circuit qui venaient s’entraîner dans le coin. Il semblait être heureux de cette nouvelle vie, voyageait et gagnait entre les coups, faisant fi de rumeurs qui, à l’époque, circulaient déjà sur lui.

Des rumeurs qui, en 2004, vont s’avérer exactes. A la suite d’une descente de l’agence antidopage américaine (Usada) dans un centre du comité olympique américain à Chula Vista, en Californie, où il est stage, il est contrôlé positif à l’EPO. Ses dénégations et son recours devant le Tribunal arbitral du sport n’y changeront rien. Eddy Hellebuyck est suspendu deux ans.

Six ans plus tard, parce qu’il a besoin, dit-il, de laver sa conscience, parce qu’il veut révéler la vérité à ceux qui l’ont suivi et, surtout, à son fils Jordan, devenu à son tour un athlète de bon niveau, il décide de se confier au magazine Runner’s World. Contre l’avis de son épouse. Dans une confession ahurissante, il avoue tout. Et raconte. Comment il est entré en contact, à partir de 2001, avec l’EPO via un coureur russe qui vivait, lui aussi à Albuquerque. Les piqûres. L’accoutumance. Les premiers résultats. L’effet euphorisant de se sentir invincible dans les derniers kilomètres d’une course quand les autres commencent à tirer la langue. « Si j’avais pris de l’EPO étant jeune, j’aurais couru largement sous les 28 minutes sur 10 km et en 2h06 sur marathon. J’avais la vitesse et tout le reste. Il me manquait juste l’endurance. Et l’endurance, c’est justement ce que vous donne l’EPO. » Il explique aussi que, peu de temps avant le contrôle décisif, il s’était encore injecté une dose. Sûr de lui, convaincu de ne pas pouvoir être pris, il avait débarqué dans ce centre olympique avec ses produits planqués dans une boîte de… café moulu qu’il avait mise au frigo…

Courageuse, sa confession, qu’il pensait salutaire, lui est revenue dans la figure comme un boomerang. Quand on se rend aujourd’hui sur son site internet, on tombe sur un appel à l’aide pathétique. Le flamboyant Eddy, lâché par sa femme, a tout perdu. Et sa vie a basculé. «En quelques heures, je suis passé d’une belle maison et d’un beau quartier à un refuge pour sans-abri à Tucson (Arizona) », dit-il.

« Tout a commencé quand je me suis confessé à Runner’s World. L’histoire que j’ai racontée venait du fond du cœur et le message que je voulais faire passer était destiné aux enfants, pour qu’ils ne cèdent pas, comme moi, à la tentation du dopage. Je ne regrette pas de l’avoir fait, mais cela m’a coûté mon mariage, mes économies et tout ce que je possédais. Mon ex-épouse a dépensé tout mon argent pour empêcher que l’article soit publié et quand elle a vu qu’elle n’y arriverait pas, elle m’a jeté à la rue. Or, Shawn était mon agent et c’est elle qui, en 2001, m’a fait entrer en contact avec l’EPO et m’a encouragé à en prendre pour que je puisse poursuivre ma carrière. J’ai commis une grave erreur, j’ai été puni et suspendu. Mais je suis un battant et, avec la volonté de Dieu, je veux remonter la pente. J’ai le projet d’aller entraîner au Kenya, d’ouvrir une école, d’aider des enfants à venir étudier aux Etats-Unis et obtenir un diplôme. Mais pour y arriver, pour entamer cette nouvelle vie, j’ai besoin de vous. Si vous pouviez faire un don, cela m’aiderait à démarrer. »

Aujourd’hui, il ne lui reste que son honneur de repenti. Un viatique précieux mais horriblement mince.

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3 réponses à Eddy Hellebuyck, le marathonien devenu sans-abri

  1. Forex Matiere dit :

    Je me permet de vous feliciter, c est un regale de vous suivre

  2. Jean Loué dit :

    Un homme exéptionnel! Ou moin il a avoué ce que tous les autres athlètes font en cachête!

  3. Dumas dit :

    Aidons-le

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