C’est l’aviron qui mène Alain Lewuillon

Alain Lewuillon, un directeur technique ambitieux pour l'aviron francophone. Photo Roger Milutin.

Dans son sport, l’aviron, il a ce qu’on appelle « roulé sa bosse ». Tout connu, ou presque. Jusqu’aux effluves olympiques, inhalés à deux reprises, en 1988 et 1992. La première fois que j’ai rencontré Alain Lewuillon, c’était justement à l’approche des Jeux de Séoul. A l’époque, on lui avait accolé un équipier improbable en deux sans barreur en la personne du jeune Wim Van Belleghem. Tout opposait les deux hommes : l’origine – lui est bruxellois, l’autre, ouest-flandrien –, l’âge – 10 ans de différence – et le caractère – lui, d’un calme olympien, n’avait pas fait son service militaire en tant qu’objecteur de conscience, l’autre, un peu chien fou, avait opté pour les para-commandos ! Autant de différences qui avaient suscité jusqu’à la curiosité du quotidien français Libération, qui avait dressé le portrait de ces deux hommes antinomiques avant le début de leurs régates. A l’issue desquelles, ils avaient terminé 4es de la finale, la plus mauvaise place…

« Juste avant la finale (disputée le même jour que le 100 m de la honte remporté par Ben Johnson…), on avait dû réparer en catastrophe la planche qui servait à prendre mes appuis dans le bateau et qui s’était cassée en deux, se souvient toujours Lewuillon. On n’avait pas eu le temps de la tester avant la course. On a pris un bon départ, mais à mi-parcours, on s’est un peu écarté de notre ligne et on a dû laisser filer les Britanniques, les Roumains et les Yougoslaves. »

La chance était passée et elle n’allait plus se représenter. Quatre ans plus tard, à Barcelone, sur le plan d’eau où Annelies Bredael allait conquérir une médaille d’argent en skiff, le « quatre » belge composé de Lewuillon, Van Belleghem, Dirk Crois et Tom Symoens, monté en dernière minute, allait logiquement échouer à la 12e place.

En 1993, Alain Lewuillon fait ses adieux à la compétition avant de se concentrer sur d’autres projets. D’abord, en 2001, celui de cette traversée de l’Atlantique en compagnie de son frère Bruno. Près de 50.000 kilomètres à la rame entre Tenerife et la Barbade en 49 jours. Une expérience inoubliable pendant laquelle il perd 13 kilos en repoussant les limites de ce qu’il croyait humainement possible. «Même quand tu penses que tu ne pourras plus avancer, tu y arrives ! » Puis, en 2005, une expédition similaire bien que moins longue dans le golfe du Bengale, entre la Thaïlande et le Sri Lanka, pour récolter des fonds pour les victimes du tsunami qui avait ravagé la région quelques mois plus tôt.

Aujourd’hui, à 59 ans, Alain Lewuillon a décidé de transmettre sa science aux plus jeunes. Depuis l’an dernier, il occupe le poste de directeur technique à la Ligue francophone d’aviron. A l’heure où le Brugeois Tim Maeyens, le meilleur spécialiste belge de la discipline, vient de prendre sa retraite, il y a des places à prendre au plus haut niveau pour les jeunes rameurs du sud du pays ; depuis Arnaud Duchesne, en 2000, plus aucun d’entre eux n’a, il faut le dire, eu le bonheur d’aller aux Jeux.

« Je prône une meilleure collaboration entre les clubs, où les jeunes sont souvent isolés, dit-il. Les réunir le plus possible est sans doute le meilleur moyen de les faire progresser. Mais j’essaie aussi d’organiser les choses pour qu’ils puissent combiner leur sport et leurs études supérieures. »

Si Rio est encore loin, il ne désespère pas y emmener deux ou trois de ses athlètes, tous issus du projet Be Gold, qui encadre les espoirs du sport belge. A l’heure actuelle, il possède notamment avec Jean-Benoît Valschaerts, l’un des jeunes les plus prometteurs du pays. « Un gros potentiel », précise-t-il. Il évoque aussi le poids léger Gilles Poysat. Et, enfin, sa propre fille, Marine Lewuillon, qui semble la mieux placée pour perpétuer la tradition familiale dans ce sport que certains n’hésitent pas à qualifier de « plus complet de tous ».

Alain Lewuillon, lui, en est en tout cas convaincu !

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