Fanny Lecluyse, un transfert logique

Après une saison décevante, Fanny Lecluyse a décidé de changer d'air. Et de passer du sud au nord du pays. Photo Belga.

Fanny Lecluyse, l’une des meilleures nageuses du pays, a décidé cette semaine, après neuf ans passés au Dauphins Mouscronnois, le club où elle a tout appris, de partir. A l’issue d’une année relativement décevante, elle a estimé qu’il était temps de changer d’air. De se ressourcer. D’appréhender d’autres méthodes de travail que celles de son entraîneur de toujours, Horatiu Droc, qui était arrivé, avec elle, au bout d’une certaine logique. On pourrait la traiter d’ingrate. Ou d’opportuniste. Mais ce serait injuste. Car son histoire, d’une banalité affligeante, est celle que tout sportif de haut niveau, à de rares exceptions près, connaît un jour dans sa carrière. Pour performer, elle a choisi, en toute logique, la voie qu’elle croit être la meilleure pour son intérêt personnel. Un champion qui n’est pas égoïste est rarement un vrai champion.

La particularité, dans le cas de Lecluyse, c’est que le nouveau chemin qu’elle va dorénavant prendre traversera la frontière linguistique. Bien que Flamande – elle est née il y a 20 ans à Courtrai et vit dans la commune flamande (à facilités) d’Espierres-Helchin, sur la frontière qui sépare le Hainaut et la Flandre occidentale – elle avait, jusqu’ici, été formée en Wallonie et financée par la Communauté française. Désormais, elle ira nager à Wachtebeke, dans la banlieue de Gand, sous l’égide de la Fédération flamande. Et même si elle n’est ni la première ni la dernière à changer de club ou de fédération, dans un sens comme dans l’autre, ce « transfert d’allégeance », que l’on pourrait considérer comme anecdotique, a été particulièrement mal ressenti à la Fédération francophone.

« C’est surtout la manière brutale avec laquelle elle a agi qui me gêne, dit Philippe Midrez, le directeur technique francophone, visiblement très déçu de l’attitude d’une fille qu’il avait toujours soutenue, même au plus fort de la crise de confiance qu’elle a récemment traversée. Il y a tout juste un mois, on avait négocié son nouveau contrat à l’Adeps et il y a quelques jours encore, elle m’avait dit qu’elle avait pleine confiance en les méthodes de son entraîneur et avait convenu qu’elle devait plus travailler. Elle m’a mis devant le fait accompli alors que nous aurions pu tenter de trouver une solution. J’ai franchement le sentiment de m’être fait rouler. »

Le vrai problème, c’est qu’après avoir pris sa décision de quitter Mouscron, Fanny Lecluyse a vite compris que personne au sud du pays ne pourrait lui offrir les conditions de travail dont elle va bénéficier en Flandre : des installations de pointe où elle pourra s’entraîner à des heures décentes, un encadrement technique et (para-)médical de premier plan et d’autres nageurs d’élite dans son groupe pour ne plus ressentir une solitude devenue de plus en plus insupportable au fil des ans. Son collègue Glenn Surgeloose avait fait la même constatation au lendemain des Jeux de Londres avant de retourner à Anvers après un bref séjour à Crisnée, le fief de Liège Natation. Difficile, quand on sait qu’une carrière n’est pas éternelle, de ne pas céder à la tentation…

Plus que le caractère versatile de la nageuse, son choix met surtout un peu plus en lumière les conséquences provoquées par le désert francophone en matière d’infrastructures sportives et/ou de facilités pour le deuxième sport olympique, à commencer par ce centre de haut niveau, piscine comprise, qu’ils sont nombreux à réclamer depuis des années mais qui n’est pas près de voir le jour en ces temps de restrictions budgétaires. Tant que ce problème ne sera pas réglé, l’exil, pour beaucoup de nageurs du sud (NDLR : François Heersbrandt doit aujourd’hui se sentir bien seul…), restera la seule solution. Et le découragement ne cessera de gagner les bonnes volontés qui se battent pour que cette discipline si ingrate garde la tête au-dessus de la ligne de flottaison.

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4 réponses à Fanny Lecluyse, un transfert logique

  1. Martin dit :

    Que l’on arrête de mettre la majeure partie de l’argent dans le football!

  2. bleubleu dit :

    Bien Fanny, tu as pris la bonne décision pour avancer.
    Si le club de Mouscron ne change pas au niveau du suivi de ses nageurs (Stage, sofrologie, suivi médical etc..), ses meilleurs joyaux partiront également.
    Le problème aussi de la ville de Mouscron, après le collège , aucune écoles supérieures dans la ville, il faut aller vers Lille, Tournai, Mons.
    Le club devrait travailler en partenariat avec celle-ci comme font les clubs français.Suivre l’exemple de ceux-ci.
    Et au niveau infrastructure en wallonie c’est la catastrophe…

  3. thierry dit :

    Je voudrais exprimer toute ma sympathie à son entraîneur Horatiu pour son travail; sa déception doit être grande mais ce départ semble logique.
    Le sport de haut niveau n’est pas une priorité en Wallonie. Les infrastructures sont insuffisantes et la valorisation de l’encadrement est semblable au minimex !
    Peu ou prou de relève, mais la FFBN ne réagit pas, ou n’est pas capable de réagir.Comme sur un blog de ce quotidien, on se posait la question de savoir s’il fallait maintenir le cours de natation à l’école…
    Chronique d’une mort annoncée. C’est désolant.

  4. MaeGeri1 dit :

    Le sport (sauf peut-être pour le foot) n’a jamais été une priorité dans notre belle Wallonie, hélas… Pour obtenir des résultats (en natation) rien de telle que la France!

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