Un « Win for Life » pour les sportifs d’élite ?

Jean-Michel Saive, un avis toujours autorisé après 25 ans au plus haut niveau. Photo Le Soir.

C’est la dernière idée d’André Antoine (CDH), le ministre des Sports de la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB) : une super-structure « sur-mesure » pour encore mieux encadrer les meilleurs athlètes francophones lorsque ceux-ci arrivent à un seuil que ne peuvent plus assumer les fédérations. Une plate-forme qu’ils sont plusieurs à souhaiter (voire réclamer) et qui serait à leur disposition, mutualisant les ressources publiques, favorisant des ressources privées avec un encadrement hyper-professionnel sur le plan de la communication, du marketing et de l’accompagnement financier. Avec, s’il y en a, des retombées financières. Tous les détails ont été formulés dans une interview du minsitre au « Soir », publiée lundi matin.

Réaliste ? S’il n’est pas fondamentalement réfractaire à cette nouvelle idée de cellule de pointe, Jean-Michel Saive, sans doute le plus expérimenté des sportifs du sud du pays, grâce à sa triple casquette d’athlète, d’entraîneur (il est directeur technique de l’Aile francophone de la Fédération de tennis de table) et d’administrateur (il fait partie du conseil d’administration du COIB et est membre de la Commission des athlètes de sa Fédération internationale) trouve cependant que « dans l’absolu, une fédération apporte 80 à 90% de ses besoins à un sportif francophone » et que ce devrait être « à lui de compenser les 10 à 20% restants. » « Cela peut aider à le conscientiser, à ne pas en faire un assisté devant lequel on déroule le tapis rouge. »

Saive, 43 ans et 7 Jeux olympiques au compteur, sait d’expérience de quoi il parle. On a souvent évoqué les sacrifices financiers consentis par ses parents au tout début de sa carrière pour favoriser celle-ci. S’il y a bien un athlète francophone qui s’est fait (en grande partie) tout seul, c’est lui. D’autant qu’à l’époque de ses débuts, le système d’encadrement des sportifs n’était pas celui qui existe aujourd’hui dans le sud du pays. Il ne faut peut-être pas cher ailleurs les raisons de la rage de vaincre dont il a témoigné tout au long de sa carrière.

« Moi aussi, j’ai été vindicatif et râleur, sans beaucoup de reconnaissance vis-à-vis des instances à un moment de ma carrière. Mais, au fil des ans, on apprend à se rendre compte de ce qu’on a chez nous. On pense que tout est dû, on crache dans la soupe, on manque de respect ; mais maintenant que je suis (presque) passé de l’autre côté de la barrière, je comprends que ce n’est pas correct par rapport à l’argent qui est investi. Sauf à avoir des parents millionnaires, un athlète francophone ne peut pas y arriver sans le système qui est en place. »

Et qui, donc, n’est pas aussi mauvais que certains veulent bien le dire.

Sur les retombées financières que pourrait générer la future cellule de très haut niveau, le Liégeois est aussi un peu circonspect. Non seulement sur l’intérêt d’éventuels parraineurs, qui viendront alimenter la fondation qui servira de véhicule financier, mais aussi sur le système de partage des bénéfices.

Pour récompenser les meilleurs sportifs, « Jean-Mi » plaiderait plutôt pour un autre type de rétribution financière, sous forme de rente.

« Il y a quelques années, j’avais suggéré la mise en place d’un système « à la coréenne » pour les sportifs en fin de carrière. Là-bas, les meilleurs athlètes ont, en guise de récompense pour services rendus au pays, une rente à vie qu’ils commencent à percevoir quand ils mettent fin à leur carrière et dont le montant varie en fonction des résultats qu’ils ont obtenu quand ils étaient actifs, aux Jeux olympiques, aux championnats du monde ou aux championnats d’Asie. Avec la Loterie nationale, qui finance quand même le sport dans notre pays, on aurait pu imaginer un système à la Win for Life. Mais ma proposition n’avait pas été retenue. »

Cette idée aurait-elle plus de chances de passer la rampe aujourd’hui ? Même si c’est loin d’être gagné, tant la notion de « service rendu au pays » est floue et pourrait (devrait) être étendue à d’autres secteurs que le sport, elle a en tout le cas le mérite d’exister. Pour avoir du répondant, on peut toujours compter sur « Jean-Mi » !

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