Nafi Thiam, la nouvelle perle belge des épreuves combinées

Nafissatou Thiam, un fameux record du monde pour lancer une carrière! Photo René Breny.

« Super perf. Félicitations. Longue vie aux épreuves multiples ! » Signé : Hans Van Alphen. En découvrant ce message inattendu sur sa page Facebook, dimanche soir, Nafissatou Thiam a forcément rougi de plaisir. Et d’autres se sont pincé. Car qui aurait pu croire, il y a quelques années d’ici, qu’un décathlonien belge, 4e et premier Européen aux Jeux de Londres, se fendrait un jour d’une missive pour féliciter une de ses compatriotes pour avoir chipé à l’immense Carolina Klüft son record du monde junior du pentathlon en salle ? Pas grand monde, sans doute…

Aujourd’hui, pourtant, on en est là. Sans avoir le vivier de ceux qui, traditionnellement, dominent le décathlon et l’heptathlon (ou l’heptathlon et le pentathlon en salle), comme les Etats-Unis, les anciens pays du bloc de l’Est ou l’Allemagne, la Belgique s’est lentement mais sûrement installée parmi les nations émergentes de cette discipline qui sacre, selon la formule consacrée, le meilleur athlète ou, en tout cas, le plus complet.

Pourquoi ? Comment ? Il suffit parfois d’un seul élément pour entraîner une vraie dynamique. Quand, au milieu des années 2000, les décathloniens François Gourmet et Frédéric Xhonneux ont commencé à faire parler d’eux en approchant ou en dépassant les 8.000 points, ils ne se doutaient pas qu’ils allaient servir d’exemples pour toute une génération (voire deux) de leurs condisciples. Pourtant, dans leur foulée, ont émergé Hans Van Alphen et Thomas Van der Plaetsen. En attendant Cédric Nolf ou les jeunes Arne Broeders et Vincent Stas. Chez les filles, où on n’oublie pas l’exemple imprimé par Tia Hellebaut, dont le seul titre mondial, décroché en 2008, l’a été sur pentathlon lors des Mondiaux en salle de Valence, Sara Aerts est une valeur sûre du subtop européen quand elle n’est pas blessée et, à côté de Nafi Thiam, sa «collègue de promotion » Marjolein Lindemans, 3e aux Mondiaux scolaires, en 2011, n’est pas en reste.

« Depuis quelque temps, maintenant, nos entraîneurs peuvent suivre une formation spécifique aux épreuves combinées, souligne Christian Maigret, le directeur technique de l’athlétisme francophone quand on lui demande s’il y a d’autres recettes à chercher derrière ces bons résultats. Par ce biais, nous essayons de convaincre d’autres jeunes athlètes qu’il y a des places à prendre dans cette discipline. Un cadet ou un scolaire simplement moyen dans une épreuve peut parfois mieux se réaliser quand il la combine avec d’autres. »

Nafissatou Thiam, elle, l’a compris depuis longtemps. Et, avec elle, son entraîneur. Lui-même ancien décathlonien, membre du “trio magique” qu’il formait avec Freddy Herbrand et Regis Ghesquière dans les années 70, Roger Lespagnard, 66 ans, qui s’est occupé de quelques cracks durant sa longue carrière (Desruelles, Falise, Velter, Marloye, pour ne citer que les principaux) convient qu’il a un véritable diamant entre les mains. Mais s’il avait été le premier à envisager les possibilités du record du monde de ce dimanche, le Liégeois ne veut pas précipiter les choses.

« On a déjà dû travailler avec précaution ces deux dernières années parce que Nafi a grandi de près de 20 centimètres, raconte-t-il. Depuis qu’elle est arrivée à Liège en septembre pour y entamer ses études supérieures d’ergothérapeute, comme elle vit en kot sur place, on a augmenté le nombre de sessions. Mais je sais d’expérience que la combinaison sport-études constitue souvent une étape délicate dans une carrière d’athlète. Elle exprimera sans doute son vrai potentiel une fois qu’elle sera diplômée, quand elle pourra se consacrer exclusivement à son sport. Si nous espérons qu’elle sera à Rio, en 2016, c’est surtout aux Jeux de 2020 qu’elle devrait être à son sommet.»

Thiam, qui a commencé l’athlétisme au Sambre et Meuse Athlétique Club, à Namur, avant de passer au FC Hannut, puis au FC Liégeois forme un sacré duo avec son coach «qui s’occupe de tout ». « Quand je suis sur la piste, il est presque aussi motivé que moi !, dit-elle. Parfois, je fais exprès de l’énerver en ne l’écoutant pas. Alors, ça pète et il crie ! »

Mais elle sait ce qu’elle lui doit. Quand son frigo est vide, il lui arrive de faire en sorte qu’elle mange de la viande…

Les épreuves combinées se sont imposées à elle naturellement parce qu’elle aimait tout faire et, selon sa mère, « parce qu’elle n’a pas véritablement de point faible et possède un « bras » que peu de filles ont et qui fait souvent la différence au javelot, une épreuve qu’elles ne sont pas nombreuses à bien maîtriser en heptathlon. »

Troisième d’une famille de quatre enfants, née le 19 août 1994, à Bruxelles, d’un père sénégalais et d’une mère belge, Nafissatou a aussi bénéficié d’un héritage génétique avantageux, elle qui pointe à 1,87 m, pèse 70 kg et a des jambes interminables. Un gabarit qui fait la différence. « On est tous grands dans la famille, explique-t-elle. Mon père mesure 1,96 m et ma mère 1,81 m ». Séparés peu de temps après sa naissance, ils suivent la carrière de leur fille de manière fondamentalement opposée. Lui, qui vit entre Bruxelles et le Sénégal, est généralement absent – « Il a voulu venir me voir une fois en compétition et il est arrivé en retard… » ; elle, enseignante, qui a emménagé avec ses quatre enfants à Rhisnes, a décidé de se réaffilier quand Nafi a commencé à aller d’un meeting à l’autre pour pouvoir l’accompagner non pas depuis les tribunes – ” Je trouvais le temps trop long…” - mais sur la piste. Dimanche, Danièle Denisty, 46 ans, a fini 6e du pentathlon pour seniors des championnats de Belgique pendant que sa fille battait son record du monde !

Si sa performance risque de lui valoir une place pour l’Euro indoor de Göteborg (1-3 mars), où 15 filles seront invitées par l’Association européenne d’athlétisme (les 8 meilleures de l’été 2012 en heptathlon et les 7 meilleures de l’hiver 2013 en pentathlon à la date du 19 février), Nafissatou Thiam pense surtout à l’été. Il y a deux ans, elle avait fini 4e aux Mondiaux scolaires, à Villeneuve d’Ascq, et l’an dernier, à cause d’un concours de longueur raté, elle avait dû se contenter (dans les larmes) d’une 14e place aux Mondiaux juniors de Barcelone. Cette fois, à l’Euro junior de Rieti, elle visera clairement le titre.

Auparavant, elle aura fait connaissance avec Götzis, la Mecque de tout spécialiste des épreuves combinées qui se respecte. C’est là, dans cette petite ville autrichienne, que Hans Van Alphen avait fixé son record de Belgique à 8.519 points, l’an dernier, en y remportant la victoire ; Nafi, elle, espère pouvoir y franchir le cap des 6.000 points à l’heptathlon, elle dont le record personnel est aujourd’hui de 5.916 unités. Si elle y arrive, cela lui vaudrait également un billet pour les Mondiaux de Moscou. De quoi boucler avec plaisir une année qui a commencé en fanfare.

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3 réponses à Nafi Thiam, la nouvelle perle belge des épreuves combinées

  1. Jocelyne Burnotte dit :

    Super athlète dans une discipline qui mérite d’être (re)découverte. Karolina Kluft a déjà popularisé l’épreuve dans les grandes occasions, Tia Hellebaut a démarré dans ce domaine (grâce à cela, elle est restée zen et accessible), donc on ne peut que s’en réjouir. La maman est d’ailleurs une fan de la discipline, et elle-même est très sympathique. J’ai testé l’épreuve assez tard, je n’ai vraiment pas détesté !

    • Marie-Claude Legrelle-Hastir dit :

      Je viens de redécouvrir, avec plaisir, une ancienne élève! Je fus le prof’ de français de Nafi.Je garde le souvenir d’une adolescente intelligente, jolie, travailleuse: elle était capable d’organiser son travail scolaire et de s’adonner à son sport favori, sans jamais se plaindre, sans jamais solliciter une faveur pour échapper à l’un ou l’autre contrôle. Ces ados, passionnés, sont un véritable cadeau pour un prof’!J’ ai connu quelques élèves pratiquant l’athlétisme, le tennis, le judo, le foot tout en menant de front une scolarité fort honorable ! Je vais suivre encore plus attentivement la carrière sportive et …les études supérieures de Nafi.Je suis fière de l’avoir connue et côtoyée, Nafi. Mes meilleures amitiés à la maman très sympathique, si dynamique et au “petit” frère (aussi sympa et intelligent que sa grande soeur)qui fut aussi mon élève. J’espère qu’ils ner gardent pas un trop mauvais souvenir d emes exigences . Bon vent!

  2. MAAKA GODFREY dit :

    specials thx, to the almight who enabled you to succed through those high jamp competition, really have prayed for you,pliz keep it up.

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