Nils Duerinck, un départ qui pose questions

Nils Duerinck et Jacques Borlée, contrairement aux apparences, n'étaient pas les meilleurs amis du monde. Surtout depuis les Jeux de Londres. Photo Belga.

La rancune peut parfois faire perdre le sens de l’élégance. Ce lundi, l’athlète Nils Duerinck, inamovible membre du 4 x 400 m depuis 2008, a annoncé qu’il rangeait définitivement ses pointes. A quelques jours de son 29e anniversaire. Et, surtout, de l’Euro en salle de Göteborg, pour lequel il avait été sélectionné pour le relais. Il avait réservé la primeur de l’information à quelques proches – normal – et à la presse – sympa. En revanche, il avait soigneusement évité de prévenir Jacques Borlée, le coach de l’équipe, et ses coéquipiers – ce qui est plus surprenant de la part de ce coureur que l’on n’avait jamais pris en défaut de correction et d’intelligence.

Du coup, parce que, par ailleurs, Jonathan Borlée est insuffisamment rétabli d’une élongation au genou, le 4 x 400 m belge ne sera composé que de… quatre hommes en Suède. L’Association européenne d’athlétisme, qui avait bouclé ses listes d’inscription la veille, a refusé que la Ligue belge désigne un nouveau réserviste.

Même s’il a soigneusement évité de relancer la polémique et de mettre sur le compte de ses relations compliquées avec Jacques Borlée l’une des raisons de sa brutale décision, on ne nous enlèvera pas de l’idée que le timing improbable de Duerinck a tout à voir avec ce qui s’est passé, l’été dernier aux JO de Londres. On se souvient que, dans la capitale britannique, après un premier relais catastrophique lors des séries, le coach l’avait écarté de la finale du 4 x 400 m au profit de Michael Bultheel, qui avait atteint, quelques jours plus tôt, les demi-finales du 400 m haies. Une décision que Duerinck avait logiquement mal vécue et qu’il avait dénoncée dans une interview au picrate accordée à l’hebdomadaire Humo.

Nils Duerinck refuse aujourd’hui de parler de revanche. Il affirme au contraire que le malentendu avait été levé avec Jacques Borlée, avec lequel il s’était entretenu en janvier, lors d’un stage de préparation en Afrique du Sud. Il prétend qu’il avait pris sa décision il y a un mois déjà, à la fois parce qu’il n’avait plus reçu de contrat et parce qu’il pensait ne plus entrer dans les plans d’avenir de l’équipe avec laquelle il avait conquis quatre médailles au fil des ans. Même en apprenant qu’il s’était trompé, il n’a pas voulu s’accorder une semaine de rab’ qui n’aurait rien changé à l’affaire, mettant ainsi ses coéquipiers dans l’embarras Dommage…

Au-delà de ce regret, la décision du coureur brabançon doit aussi inciter Jacques Borlée à réfléchir à ses méthodes de management. Si les résultats qu’il a obtenus tant avec ses fils qu’avec le relais depuis 2008 ne peuvent être que salués, la pression qu’il met constamment sur ses troupes a largement prouvé son inefficacité. Ce n’est pas en critiquant constamment et publiquement les chronos des autres membres du relais (que ses fils) ni en menaçant ceux-ci de ne pas les sélectionner s’ils ne descendent pas sous un certain seuil… avant de se rendre compte qu’il devra malgré tout les prendre parce qu’il n’a pas d’autre solution, qu’il arrivera à ses fins.

Avec ses jumeaux Kevin et Jonathan, il possède deux coureurs de niveau mondial, avec les autres, des athlètes dont on peut douter du même talent intrinsèque mais pas de la volonté de vouloir courir plus vite… même s’ils n’y arrivent pas. Quel coureur de 400 m belge n’a pas envie de se vider les tripes pour pouvoir disputer, en équipe, un grand championnat européen, mondial ou olympique qu’il sait bien qu’il n’aura sans doute jamais (ou très rarement) l’occasion de disputer individuellement? Poser la question, c’est y répondre.

Le départ, à un moment inopportun, de Nils Duerinck ne doit (ne va) pas remettre en cause le projet du 4 x 400 m, d’autant que des jeunes de talent pointent à l’horizon. Mais il devrait électriser son instigateur.

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2 réponses à Nils Duerinck, un départ qui pose questions

  1. Sébastien dit :

    Je crois que la communication de Jacques Borlée avec les athlètes est aussi à revoir. Quand Niels Duerinck dit qu’il apprend sa séléction en lisant la presse, je suis surpris que Jacques Borlée n’ait pas pris la peine d’appeler les athlètes concernés par cette séléction.

    Puis, comme très bien dit dans l’article, le dénigrement des autres athlètes par Jacques Borlée est souvent déplacée, et je comprends très bien la réaction de Duerinck. Chacun son caractère, mais en tant que coach national, Jacques Borlée devrait être plus diplomate, et surtout éviter de critiquer sans cesse les autres athlètes dans la presse!

    • Callens evelyne dit :

      Quand un journaliste prétend que le management de J. BORLEE est à revoir, je tombe de haut. Le haut niveau n’est pas une cour d’école gardienne. “Exiger des temps”, n’est -ce pas le rôle d’un coach ambitieux, réaliste et super compétent. N’a-t-il pas été primé par les autres entraineurs “coach européen” .Dans le monde entier on le demande pour connaître ses méthodes. En Belgique j’ai vraiment l’impression qu’il faut faire du social même dans le sport …..Il faudrait quelqu’un de moins compétent pour que les belges restent à leur statut d’amateur et de bas niveau et surtout ne pas devenir TROP professionel. Ils seront peut-être contents ! Pour une fois qu’on a quelqu’un de qualité, il faut le démolir et négativer….cà c’est la mentalité belge…

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