Les candidats successeurs de Jacques Rogge dans les blocs de départ

A la cérémonie d'ouverture des JO de Londres, Thomas Bach (au centre) était le plus proche de Jacques Rogge et de la reine Elisabeth II. Un signe? Photo Reuters.

A la cérémonie d’ouverture des JO de Londres, Thomas Bach (au centre) était le plus proche de Jacques Rogge et de la reine Elisabeth II. Un signe? Photo Reuters.

Quatre mois. Dans quatre mois, le mardi 10 septembre très exactement, à l’issue de ses deux mandats de 8 et 4 ans (le maximum permis), Jacques Rogge cédera, lors de la session de Buenos Aires, son poste de président du Comité international olympique (CIO) qu’il occupe depuis juillet 2001. A 71 ans (il les a fêtés la semaine dernière), il sera temps pour le Gantois de se retirer sur ses terres et de goûter à une retraite qu’il n’aura pas volée. Pas question, pour lui, de rester membre du CIO, si ce n’est « d’honneur », c’est-à-dire sans plus aucun droit lié à la fonction. Comme il l’a déjà répété à, plusieurs reprises, pour ne pas embarrasser son successeur, « la première qualité d’un ancien président est de se taire ».

Si la bagarre a déjà commencé dans la coulisse, à l’heure actuelle, aucun candidat à sa succession ne s’est officiellement déclaré. Cette discrétion permettrait, dit-on, aux héritiers présomptifs de Rogge de ne pas encore être sous la coupe des directives très strictes imposées par la commission d’éthique, notamment en matière de rencontres et communication avec les membres du CIO qu’ils doivent séduire pour gagner leur voix.

Mais on attend que les premiers d’entre eux sortent enfin du bois au plus tard à la fin du mois, à Saint-Pétersbourg, à l’occasion de la convention de SportAccord, l’organe qui regroupe notamment l’ensemble des fédérations sportives internationales. On sait officieusement que la bataille pour le « top job » du sport mondial devrait opposer cinq hommes : (par ordre alphabétique) l’Allemand Thomas Bach (59 ans, membre du CIO depuis 1991), l’Ukrainien Serguei Bubka (49, 2008), le Porto-Ricain Richard Carrion (60, 1990), le Singapourien Ser Miang Ng (64, 1998) et le Taïwanais Ching-Kuo « CK » Wu (66, 1988). Le Suisse Denis Oswald (66, 1991) pourrait, lui aussi, se déclarer en dernière minute ; à moins qu’il ne vise le poste de président de l’Agence mondiale antidopage…

En 2001, aussi, cinq candidats s’étaient déclarés à la succession de Juan Antonio Samaranch. Aux côtés de Rogge, qui avait émergé au deuxième tour de scrutin lors de la session de Moscou, il y avait le Coréen Kim Un-yong, le Canadien Richard Pound, le Hongrois Pàl Schmitt et l’Américaine Anita DeFrantz.

Cité depuis plusieurs années maintenant, Bach, qui a été champion olympique en escrime, fait toujours figure de « front runner ». Cet avocat est actuellement vice-président du CIO et donc membre de sa commission exécutive, l’organe décisionnaire tout-puissant de l’institution lausannoise. Il a aussi l’avantage d’être Européen, qui n’est pas mince puisque le Vieux Continent est – de loin – le mieux représenté avec 43 membres sur les 100 actuels que compte le CIO ; depuis que celui-ci existe, tous les présidents, à l’exception de l’Américain Avery Brundage, ont été ou sont Européens. Mais la montée en puissance de Ser Miang Ng, lui-aussi, vice-président du CIO, n’est pas à négliger ; cet homme d’affaires a dirigé avec brio l’organisation des premiers Jeux olympiques de la jeunesse, à Singapour, il y a trois ans, et son élection symboliserait la percée de l’Asie, le continent le plus peuplé, le plus florissant sur le plan économique et le plus actif du mouvement sportif mondial et olympique. Une remarque que l’on peut également faire à propos de CK Wu, par ailleurs président de l’AIBA, la Fédération international de boxe, qui, par un curieux hasard, vient d’inaugurer après l’avoir fait ériger, à Tianjin, un musée dédié à Juan Antonio Samaranch. Richard Carrion, lui, est l’un des poids lourds du CIO, où il dirige la très importante commission des finances. Quant à Serguei Bubka, qui a son passé d’athlète exceptionnel pour lui, il serait encore un peu jeune, à la fois en âge et en ancienneté comme membre, pour briguer autre chose qu’une place de candidat-président… en vue de l’élection suivante ; l’ancien perchiste a cependant d’autres fers au feu puisqu’on l’annonce également comme candidat à la succession du Sénégalais Lamine Diack comme président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) où il devra sans doute affronter Sebastian Coe.

Le CIO que laissera Rogge à son successeur est en très bonne santé, tant sur le plan financier que moral. Le Belge a parfaitement réussi à maintenir la paix et l’équilibre entre les différentes composantes du Mouvement olympique, à savoir les membres du CIO, les fédérations internationales, les comités nationaux olympiques et les comités d’organisation des JO, ce qui est une opération particulièrement délicate. Sous la présidence du chirurgien gantois, les Jeux olympiques, qui sont la vitrine du mouvement, ont aussi connu un succès retentissant.

Pourtant, des voix (anglo-saxonnes) laissent entendre que l’institution serait désormais plus aux mains de l’exécutif et de l’administration de Lausanne, qui s’est modernisée et professionnalisée, que des membres du CIO, dont certains s’estimeraient relégués au rang de « presse-bouton ». Certains d’entre eux voudraient, du coup, profiter du changement de leader pour faire rehausser l’âge limite de 70 à 75 ans et pour réinstaurer, selon une formule à trouver, le droit de visite des villes candidates. Celui-ci, on s’en souvient, avait été interdit aux membres suite au scandale de Salt Lake City, révélé en 1998. Depuis, c’est une commission d’évaluation que le CIO envoie dans chacune des villes candidates, à charge pour celle-ci d’établir un rapport le plus complet possible à destination des membres en vue du vote organisé sept ans avant la tenue des JO.

Si elle est généralement approuvée, la lutte contre le gigantisme pourrait, elle-aussi, être mieux maîtrisée. Ce n’est pas tant le nombre d’athlètes (10.500), de sports (28) et de médailles (300), qui a été jugulé, qui pose problème, mais bien les budgets des villes tant pour assurer leur promotion que pour construire les installations – sportives ou non – et assurer la sécurité qui, eux, ont explosé. Ccelui des prochains Jeux d’hiver de Sotchi, qui seront organisés dans une région où il n’y avait rien ou très peu en matière d’infrastructures, a été récemment estimé à 50 milliards de dollars !

La mise à plat désormais récurrente du programme des Jeux, où chaque sport (à part l’athlétisme et la natation, même si ce n’est pas écrit…) doit justifier sa place sous peine d’être écarté pour la laisser à d’autres a connu également quelques ratés dans sa mise en place. Ainsi, la lutte, que la commission exécutive du CIO avait décidé de mettre à la porte des JO à partir de 2020 mais qui a entamé depuis lors un important travail de lobbying, pourrait finalement revenir par la fenêtre lors de la session de Buenos Aires où les membres du CIO auront le dernier mot. Cette décision ne serait, en soi, pas contestable. Mais elle laisserait un goût plutôt amer dans la bouche des sept sports (baseball/softball, escalade, karaté, roller, squash, wakeboard, wushu) qui, depuis plusieurs années, mènent campagne pour avoir, eux aussi, un jour une chance d’atteindre le paradis olympique…

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