Brian Ryckeman : « Je me suis menti à moi-même »

S'entraîner comme un malade en nageant 6 heures par jour pour terminer 16e aux JO: Brian Ryckeman a mis du temps à s'en remettre. Photo Belga.

S’entraîner comme un malade en nageant 6 heures par jour pour terminer 16e aux JO: Brian Ryckeman a mis du temps à s’en remettre. Photo Belga.

Sa déception, en se hissant sur l’embarcadère d’arrivée en 16e position après les 10 km de l’épreuve de natation en eau libre, aux JO de Londres, avait été à la mesure de l’investissement qu’il avait mis dans sa préparation : énorme. Des mois, des années à vivre 6 heures par jour dans la flotte, à aligner comme un automate ces longueurs de bassin pour accumuler les kilomètres et se construire une base d’endurance suffisante, pour finalement aboutir à un non-résultat… Trop dur, trop injuste, trop inhumain.

Brian Ryckeman, 29 ans en juillet, a mis des mois à s’en remettre. Quatre pour être précis. De septembre à décembre 2012, il a refusé de mettre les pieds dans l’eau, trouvant un relatif soulagement et un moyen de ne pas s’encroûter dans la pratique d’autres disciplines, comme le vélo ou l’aviron. « J’ai vraiment pensé arrêter, reconnaît-il. Jusqu’à ce que la fierté reprenne le dessus. Des JO de Pékin jusqu’à la veille de ceux de Londres, j’avais toujours terminé dans le top 8 lors des grands tournois ; je ne pouvais pas être tout à fait nul. Alors j’ai recommencé à la mi-décembre. En sachant que la route serait très longue… »

Pendant ses mois d’inactivité aquatique, l’Ostendais a aussi eu le temps de chercher des explications à sa déroute londonienne, survenue alors qu’il avait été logiquement pointé comme l’un des favoris de l’épreuve. La température de l’eau, plus froide que prévu dans le Serpentine de Hyde Park ? Ce circuit, dans un lac artificiel, pas assez sélectif pour quelqu’un qui, comme lui, préfère les parcours plus agités en mer ?

« Cela a sans doute contribué à mon mauvais résultat, dit-il. Mais ce n’était pas la seule raison. Tout s’est joué dans les trois derniers mois qui ont précédé les JO. A partir de là, le stress a commencé à monter. Et à quatre semaines des Jeux, j’ai fait un mauvais stage à Tenerife, en grande partie à cause d’une inflammation de l’épaule qui m’a obligé à tout faire de manière plus retenue, moins intensive, parce que je n’arrivais pas à passer au-delà de la douleur. »

A l’époque, Brian Ryckeman n’avait rien dit. Par souci, dit-il, de « rester positif ». « En fait, sur le moment, je ne voulais pas voir ce qui n’allait pas. Je me suis menti à moi-même. La logique aurait sans doute voulu que je déclare forfait pour les JO mais quand on a travaillé pendant quatre ans comme je l’ai fait pour aller aux Jeux, jeter l’éponge à deux semaines du but n’est pas facile… Londres, c’était la seule raison pour laquelle j’avais continué après ma 7e place à Pékin. »

Aujourd’hui, il refuse les objectifs à long terme. S’il est reparti, c’est d’abord pour un an, avec les Mondiaux de Barcelone, fin juillet, dans le viseur, où il s’alignera sur 10 et 15 km dans les flots de la Méditerranée. Pour la suite, on verra. Rio 2016, qu’on se le dise, n’est absolument pas d’actualité.

« Quand j’ai recommencé, ce n’était pas évident, ajoute-t-il. Ma première compétition, aux championnats flamands, en janvier, a même été catastrophique. Mais, ensuite, j’ai accompagné le groupe des meilleurs nageurs du nord du pays, emmenés par Pieter Timmers, en stage à Barcelone. Ils m’ont bien aidé. Quand on est à 10 dans l’eau, cela vous pousse à vous donner à 200%. J’en avais besoin. »

Début avril, pour son retour sur les longues distances en eau libre, à Cozumel, au Mexique, Brian Ryckeman s’est tout de suite rassuré. Une semaine après avoir terminé 19e sur 10 km lors de cette manche de Coupe du monde où il s’était luxé le doigt en allant taper sur un rocher mal renseigné, il a fini 2e sur 15 km. « Quand on n’a plus nagé en compétition depuis huit mois, on se demande forcément ce dont on est encore capable ; ce résultat m’a plutôt soulagé ».

Ce vendredi, à Bat Yam, à une heure de Tel-Aviv, il tentera de conforter cette impression sur 10 km lors de la manche israélienne de la Coupe d’Europe. Israël, un pays qu’il apprécie particulièrement puisque c’est à Eilat, en 2011, qu’il a décroché son principal titre de gloire, le titre européen sur 25 km.

« Je suis à la recherche d’une course référence sur 10 km, conclut-il. J’espère terminer parmi les trois premiers. Pour la suite, on verra. Mon seul objectif, pour l’instant, c’est de retrouver le plaisir. C’est franchement plus agréable de faire du sport avec cet état d’esprit ! »

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