COIB: les leçons d’une élection

Le nouveau CA du COIB. A l'arrière (de g. à dr.): Coomans, Berben, Van Damme, Stein, Saive, Mertens, Serré; devant: Rogge, Zintz, Tossens, Beckers, d'Ieteren, Gavage, Coudron et Verstuyft. Photo Belga.

Le nouveau CA du COIB. A l’arrière (de g. à dr.) Coomans, Berben, Van Damme, Stein, Saive, Mertens, Serré; devant: Rogge, Zintz, Tossens, Beckers, d’Ieteren, Gavage, Coudron et Verstuyft. Photo Belga.

Tous les quatre ans, c’est un peu la «Star Academy» du monde sportif belge. Les quelque 80 fédérations sportives affiliées au Comité olympique et interfédéral belge (COIB) se retrouvent à son assemblée générale et élisent un nouveau conseil d’administration pour l’olympiade à venir. Un aréopage prestigieux (« Le COIB, c’est, pour certains, un peu la famille royale du sport belge ! », nous a récemment affirmé, non sans humour, un observateur), pour lequel on continue à se battre, même si, au fil des ans, l’institution de l’avenue de Bouchout a forcément perdu de son influence sur le sport de haut niveau en Belgique avec l’importance de plus en plus grande prise par les communautés sur sa politique et sa gestion. Pourtant, il conserve malgré tout un rôle de courroie de transmission entre les différents acteurs du sport dans notre pays dont il s’est fort rapproché ces derniers mois, est indispensable pour la coordination en matière de sports d’équipe et d’épreuves collectives, et, last but not least, est toujours souverain en matière de sélection pour les Jeux olympiques… même s’il lui est de plus en plus difficile d’aller à contre-courant des critères édictés en la matière par les fédérations internationales.

Ce vendredi, à Bruxelles, un nouveau CA a donc été élu avec, à sa tête, Pierre-Olivier Beckers, le futur ex-patron du Groupe Delhaize, reconduit pour un troisième mandat de quatre ans. Un scrutin qui mérite certaines réflexions.

1. La continuité. Sur les 16 postes qui ont été attribués lors de l’élection, 13 l’ont été à des membres sortants, ce qui confirme qu’il est très difficile à de nouveaux venus d’intégrer le conseil d’administration. Deux membres du CA précédent (Claude Casin et Paul Urbain) n’étaient plus candidats, deux autres n’ont pas été réélus (Henri Nielens et Patrick Van Campenhout). Un membre qui était présent de 2009 à 2012 à titre de représentant (non élu) du Comité de développement du sport belge, le pool des sponsors, à savoir Pascal Mertens, a, cette fois, passé la rampe par la voie « traditionnelle ». Les deux petits nouveaux sont Marc Coudron (hockey) et Sven Serré (badminton). Le maintien quasi-total de l’équipe en place permettra de se mettre plus rapidement au travail et de poursuivre sur les bases de la précédente olympiade sans une trop grosse mise à niveau nécessaire pour le nouveau CA.

2. La confiance en Beckers. Avec 92 voix sur 94, Pierre-Olivier Beckers a fait juste un peu moins bien qu’il y a quatre ans (95 voix sur 95) ! Le président du COIB, ravigoté par la normalisation des rapports avec les différents acteurs du sport de haut niveau en Belgique ces derniers mois et la clarification des responsabilités de chacun « dans un respect mutuel » est, de toute évidence de plus en plus à l’aise dans son costume de patron de l’institution. « J’avoue qu’il m’a fallu du temps, au début, pour briser la glace, pour comprendre pourquoi les ministres du Sport de ce pays ne se parlaient pas et ne nous parlaient pas. Aujourd’hui, nous travaillons de mieux en mieux ensemble. » Pour arriver à obtenir de meilleurs résultats aux prochains JO, Beckers a insisté sur la nécessité diminuer la complexité administrative et de faire des choix stratégiques dans le soutien apporté au sport de haut niveau en Belgique « comme l’a fait Philippe Muyters, le ministre des Sports flamand, qui a clairement décidé de privilégier 10 sports ». Il a aussi joué son rôle lorsqu’il a évoqué le dossier du nouveau stade national. Tout en reconnaissant que ce n’était pas sa tâche de déterminer s’il fallait une ou deux enceintes ou d’en déterminer le lieu d’implantation, il a insisté sur le besoin d’infrastructures modernes à la fois pour le football et pour les autres sports, dont l’athlétisme « car il faut conserver ce meeting de niveau international qu’est le Mémorial Van Damme et nous donner l’occasion de pouvoir organiser un jour des championnats d’Europe, voire du monde, d’athlétisme. Il ne faut pas traîner car il faudra être prêt en 2019, c’est-à-dire demain. »

3. Le triomphe de Saive. Il en était visiblement le premier surpris… Avec 73 voix, Jean-Michel Saive est le membre du CA à avoir reçu, de loin, le plus de suffrages. Sportif au palmarès incontestable et toujours actif, co-recordman belge du nombre de participations aux JO (avec le tireur François Lafortune), trilingue qui ne manie pas la langue de bois et apprécié tant au nord qu’au sud du pays, impliqué depuis plusieurs années dans diverses commissions d’athlètes, directeur technique de sa fédération, le pongiste liégeois, qui, à 43 ans, « vieillit » vraiment de mieux en mieux, avait, il est vrai « le » profil du vainqueur idéal. On remarquera, par ailleurs, que, dans le rôle linguistique néerlandophone, c’est Philippe Rogge, un autre (ex-) sportif de haut niveau (même s’il n’a pas été aux JO, loupant de très peu la sélection pour ceux de 1996) qui est sorti en tête. Deux résultats qui accréditent la thèse de « Jean-Mi » selon laquelle, et même s’il faut des juristes, des hommes d’affaires ou des scientifiques à leur côté, le COIB est aussi l’affaire des (anciens) sportifs d’élite, trop peu nombreux pour le moment au sein du CA. Son résultat va peut-être ouvrir les yeux à quelques-uns de ses semblables…

4. L’échec du foot. Pour la deuxième fois consécutive, François De Keersmaecker, le président de l’Union belge de football, a subi un échec cruel. Pire, malgré le fait qu’il était, cette fois, seul représentant de sa fédération à se présenter et que Pierre-Olivier Beckers avait publiquement pris fait et cause pour lui en déclarant qu’il souhaitait le voir élu, il a obtenu un moins bon score qu’il y a quatre ans (27 voix au lieu de 30) et a fini 10e des 11 candidats du rôle linguistique néerlandophone. On peut trouver diverses explications à cet échec:
A) la puissance financière et populaire (420.000 membres) de l’Union belge de football qui suscite de la jalousie (de la frustration ?) de la part des « petites » fédérations qui trouvent dans le scrutin l’occasion de se « venger »;
B) le profil trop lisse de François De Keersmaecker qui, rappelons-le, a également mis du temps à faire l’unanimité au sein de sa propre fédération, et dont la campagne, avec envoi d’une luxueuse « plaquette » (« dans laquelle il ne manquait que la date de sa première communion », a-t-on entendu) à toutes les fédérations a, par ailleurs irrité ; en plus, il était absent ce vendredi pour cause de congrès Fifa;
C) le « tweet » envoyé en février par Steven Martens, le CEO de l’Union belge, après un grand raout où le COIB avait réuni toutes les fédérations et les communautés, dans lequel il avait critiqué le manque de vision commune en vue des JO 2016, à l’exception du hockey;
D) le dossier du stade national, annoncé la semaine dernière comme uniquement « football » et dans lequel l’Union belge est partie prenante;
E) l’élection de Michel Louwagie, certes comme représentant de la Fédération de natation, dont il est le président, mais qui a fait dire à certains qu’avec le manager de La Gantoise, le foot était déjà servi.
Autant d’arguments qui, selon nous, ne tiennent pas la route ou au-dessus desquels les fédérations auraient dû passer car l’Union belge aurait pu être un partenaire de poids avec sa puissance. Là, comme partout, il vaut mieux avoir les forts avec soi que contre soi…

5. Les grands sports olympiques sont presque tous représentés. Quatorze sports sont représentés dans le nouveau CA. Et même si les administrateurs vous diront tous, la main sur le cœur, qu’ils sont là pour défendre l’intérêt commun, un sport y est toujours mieux dedans que dehors. Il n’y a que trois absents de marque, parmi les disciplines qui pèsent au programme olympique ou dans le monde du sport belge : le football, on l’a dit, la gymnastique et le judo – ce qui est regrettable dans le cas de ce dernier, qui a rapporté le plus de médailles olympiques à la Belgique depuis 1980 (une breloque au moins à chaque JO sauf en 1984 et 2008) mais qui n’avait pas présenté de candidat. En revanche, l’athlétisme, la natation le cyclisme et le tennis, pour ne citer que les plus importants, sont bien là. Comme le hockey et… le canoë, les deux seuls à avoir deux représentants au CA. Un CA où ne siégera aucun représentant des disciplines non-olympiques… pourtant majoritaires en nombre comme membres du COIB.

Le nouveau conseil d’administration du COIB
Président. Pierre-Olivier Beckers (hockey, 92 voix).
Membres. Philip Berben (volley-ball, 60), Cyriel Coomans (basket-ball, 58), Marc Coudron (hockey, 54), Anne d’Ieteren (sports équestres, 63), Dominique Gavage (athlétisme, 56), Michel Louwagie (natation, 47), Pascal Mertens (canoë, 35), Philippe Rogge (voile, 63), Jean-Michel Saive (tennis de table, 73), Sven Serré (badminton), André Stein (tennis, 53), Martine Tossens (ski, 61), Tom Van Damme (cyclisme, 48), Jan Verstuyft (canoë, 48), Thierry Zintz (tir à l’arc, 58).

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Une réponse à COIB: les leçons d’une élection

  1. Moi dit :

    Le “foot” ce n’est pas la vie !

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