Joachim Bottieau, l’éloge de la discrétion

Joachim Bottieau est en train de s'"installer" dans sa catégorie des moins de 81 kg. Sans faire de bruit. Photo AFP.

Joachim Bottieau est en train de s’”installer” dans sa catégorie des moins de 81 kg. Sans faire de bruit. Photo AFP.

Il grimpe à son rythme. Marche après marche. Sans s’emballer. Le week-end dernier, Joachim Bottieau a remporté avec brio le tournoi de Bucarest qu’il avait choisi de disputer « pour (se) remettre dans le bain » un bon mois et demi après l’Euro de Budapest. Une victoire de plus en guise de confirmation pour le judoka de Hornu qui navigue dans la discrétion et l’efficacité dans une catégorie de poids pourtant impitoyable, celle des moins de 81 kg, généralement la plus fournie avec celle des moins de 73 kg parce qu’elles charrient les poids moyens. Une catégorie où, à 24 ans, il est aujourd’hui référencé comme 16e mondial, le meilleur classement de sa carrière.

Pourtant, pendant que Charline Van Snick attire sur elle les projecteurs, « Jo » la joue modeste. Sa flamboyance à lui, elle est dans ses résultats. De plus en plus convaincants depuis une bonne année maintenant et cette 3e place superbement arrachée à l’Euro de Chelyabinsk, synonyme de libération et de viatique pour les Jeux de Londres. Des Jeux où il n’était pas passé loin de l’exploit, se faisant sortir au golden score en huitièmes de finale par le Russe Ivan Nifontov, le champion du monde 2009, après un combat dantesque.

« Joachim n’est peut-être pas le judoka le plus spectaculaire mais physiquement et tactiquement, c’est l’un des plus forts, affirme Damiano Martinuzzi, entraîneur à la Fédération francophone et à ses côtés, sur la chaise de coach, lors des JO. Il se bat comme un chien du début à la fin. Croyez-moi, personne, dans sa catégorie, n’aime le rencontrer tant il est insaisissable. »

Le Hennuyer, qui vante la collaboration qui existe désormais entre sa cellule individuelle et celle de la fédération, a pris son temps pour revenir à niveau après les Jeux. Après l’amuse-bouche du « national », où, en novembre, il a été obligé de battre son jeune frère Jérémie en finale, il a attendu février pour se hisser à nouveau tout près d’un podium international, en terminant 5e au GP de Dusseldorf. Puis, fin avril, il a confirmé comme un chef sa médaille de bronze de l’Euro 2012 en finissant troisième aux championnats d’Europe de Budapest, prouvant, si besoin, qu’il était en train de s’ «installer » dans sa catégorie.

« Je sens que j’ai gagné en maturité, avoue-t-il. Je suis monté d’un cran. Ce week-end, à Bucarest, malgré une préparation qui n’avait pas été super, j’étais bien dans mes bottes et j’ai développé du beau judo lors de chacun de mes combats. »

En Roumanie, son autre frère, Jean-Yves, était là pour l’encourager… quand il n’était pas lui-même en train de combattre. Chez les Bottieau, le judo a toujours été une affaire de famille, avec les trois frères, cornaqués par leur père, Yves, instructeur en chef au club de Grand-Hornu qu’il a mis sur pied en 1989. Et, comme chez les jumeaux Borlée en athlétisme, les succès ou les échecs et les joies ou les peines qu’ils engendrent se partagent.

Après une semaine de vacances, qu’il a entamée ce mardi en Croatie, Joachim Bottieau attaquera son Everest 2013 dès son retour avec la préparation finale pour les Mondiaux de Rio, programmés à la fin du mois d’août. Une compétition à laquelle il accorde une importance capitale et où il visera résolument « le top 5 », une ambition logique pour un médaillé européen. Sa montée en puissance passera par deux stages, l’un en Espagne, l’autre en Russie, à Sotchi, la ville-hôte des prochains Jeux d’hiver. Entre les deux, il ira se faire les dents au tournoi de Moscou, l’une des quatre levées du Grand Chelem « où ce serait bien de finir parmi les trois premiers ».

Une ambition qui, si elle se concrétise, pourrait lui permettre d’enfin sortir de l’ombre. Même si…

« Je me suis accommodé de ce relatif anonymat, affirme-t-il sans craindre le démenti. Je me dis que ça devrait aller mieux le jour où je ferai un tout gros résultat. En attendant, je prends mon temps ! »

Un postulat bien à son image.

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