L’athlétisme plus ébranlé que jamais

Tyson Gay a été pris la main dans le sac. L'Américain, 4e du 100 m aux JO de Londres, a déclaré forfait pour les Mondiaux de Moscou. Photo Reuters.

Tyson Gay a été pris la main dans le sac. L’Américain, 4e du 100 m aux JO de Londres, a déclaré forfait pour les Mondiaux de Moscou. Photo Reuters.

Les frères Borlée, par le biais de leur compte Twitter officiel, ont été sans équivoque en apprenant la nouvelle ce dimanche. « Six gagnants de deux ans de vacances ! Bonne chance aux Mondiaux de 2015 ! », ont-ils publié. L’annonce du contrôle positif de l’Américain Tyson Gay, le deuxième homme le plus rapide de l’histoire, et de cinq athlètes jamaïquains parmi lesquels l’ancien recordman du monde du 100 m Asafa Powell, pour lesquels la sanction doit cependant encore être prononcée, a également ravi Pierre Carraz, l’entraîneur du Français Christophe Lemaitre, dont les perspectives ont forcément pris une autre tournure à un mois des Mondiaux de Moscou.

« L’engagement de l’IAAF en matière de lutte antidopage est inébranlable parce que nous avons une obligation éthique à l’égard de la majorité des athlètes qui croient en un sport propre, a précisé Nick Davies, le porte-parole de la Fédération internationale d’athlétisme, dans un communiqué. (…) La crédibilité de notre programme antidopage et de l’athlétisme est rehaussée et non pas diminuée chaque fois que nous découvrons un nouveau cas. »

On ne nous enlèvera cependant pas de l’idée que ces nouvelles affaires de dopage sont tout sauf une bonne nouvelle pour l’athlétisme, surtout à quelques semaines de son plus important rendez-vous de l’année. Parce qu’ils continuent de décrédibiliser un sport qui, en dépit de ses efforts pour le combattre (il a été le seul à imposer des suspensions de 4 ans… avant de devoir faire machine arrière sous la pression des avocats) et des progrès en matière de détection, n’arrive pas à l’éradiquer. Dès lors, ils ne font qu’un peu plus décimer l’estime, déjà fort entamée, du public et jettent la suspicion même sur ceux qui n’ont rien à se reprocher…

Sans remonter jusqu’à la période trouble du dopage d’Etat de l’ex-RDA (quoique…), il faut rappeler que c’est Ben Johnson, il y a 25 ans à Séoul, qui a été à l’origine du premier grand scandale de dopage aux JO, avec son contrôle positif au stanozolol, un stéroïde anabolisant. L’affaire Balco, en 2003, du nom d’un laboratoire californien responsable de la production de la THG, un stéroïde de synthèse, allait ensuite coûter leur carrière à d’autres grands noms comme Marion Jones, Tim Montgomery, Kelli White ou Dwain Chambers. Puis, en 2006, c’était au tour de Justin Gatlin, le champion olympique et du monde en titre du 100 m, de tomber.

Gay, comme d’autres avant lui, s’était érigé en chantre d’un athlétisme propre. Il avait même, il y a quelques années, été l’une des figures de proue d’une campagne contre le dopage aux Etats-Unis dans laquelle il avait publiquement annoncé que « (ma) mère me tuerait si elle apprenait que je trichais »… Triple champion du monde sur 100, 200 et 4 x 100 m en 2007, à Osaka, il avait eu du mal à confirmer ces résultats depuis lors, miné par les blessures. Après chacune d’entre elles, il avait courageusement refait surface sans pour autant parvenir à se hisser sur un podium olympique individuel. Cette année, il semblait être revenu à son meilleur niveau et s’était même installé en tête des bilans mondiaux sur 100 m grâce à un chrono de 9.75 réussi lors des championnats américains où il avait également remporté le 200 m en 19.74. Des résultats qui ont désormais perdu toute valeur et crédibilité.

En Jamaïque, un mois après Veronica Campbell-Brown, suspendue provisoirement après un contrôle positif à un diurétique, cinq athlètes dont les sprinters Asafa Powell et Sherone Simpson, sont, eux-aussi, tombés dans la nasse. Au contraire de Gay, dont on ne connaît pas encore la nature du produit retrouvé dans les urines mais qui a pris ses responsabilités et annoncé qu’il renonçait aux Mondiaux, ceux-ci ont hurlé leur innocence. L’oxilophrine, un stimulant ayant les mêmes propriétés que l’éphédrine, que l’on a détecté lors de leur contrôle proviendrait d’un complément alimentaire qu’ils ont récemment adopté dans leur camp d’entraînement. Une excuse mille fois entendue et qui ne les exonère pas puisque les règles antidopage précisent que chaque athlète est responsable de ce qui se (re)trouve dans son corps.

A côté de ces cas avérés, on sait aussi qu’une trentaine d’athlètes turcs dont le passeport biologique a révélé des profils anormaux sont sous la menace d’une suspension. Parmi ceux-ci, quelques « gros canons » comme la championne olympique du 1.500 m Asli Cakir Alptekin et la double championne d’Europe du 100 m haies Nevin Yanit.

Autant d’affaires qui risquent de « plomber » les Mondiaux de Moscou. Et qui vont un peu plus braquer les projecteurs sur Usain Bolt, l’icône de l’athlétisme, qui, plus que jamais peut-être, peut être aujourd’hui son seul sauveur. En espérant que…

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3 réponses à L’athlétisme plus ébranlé que jamais

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  2. Octave Sonnet dit :

    Tout le monde sait qu’à partir du moment où il y a compétition, avec un enjeu financier lié au classement, l’homme fera tout pour vaincre ses adversaires. Depuis le début du sport, les athlètes prennent des
    « fortifiants ». Malgré les scandales, les drames et les résultats faussés à cause du dopage, il y a toujours autant de spectateurs lors des compétitions et toujours autant de téléspectateurs. La solution est dans leurs mains. Tant que les amateurs de sports n’ont pas la certitude que les athlètes qui participent à ces compétitions ne prennent pas de produits illicites, ils n’ont qu’à boycotter les compétitions et les retransmissions télévisées. Quant à moi, aucune forme de compétition ne m’intéresse. Dès qu’il y a le mot « vainqueur » ou « premier », je zappe. Appréhende-t-on mieux les enjeux de notre société après avoir visionner la diffusion d’une étape du Tour de France.

  3. Jipi dit :

    Il y a tellement de responsable dans ces affaires de dopage qu’il est bien impossible d’en faire une synthèse. Les athlètes en premier, pour l’argent, mais surtout pour la gloire : coupables, punis parfois, mais qui souvent réapparaissent comme par miracle, comme le coureur de 400m américain Lashawn Merrit (une honte sur les stades), qui court aujourd’hui plus vite qu’avant sa suspension…et tout le monde trouve ça normal. Les journalistes, qui ne s’extasient que devant des records… du monde si possible. Les sponsors et marques d’équipements sportifs.. qui vendent bien plus par le dopage que par le sport au naturel…. une liste sans fin de causes et de coupables. Le dopage, la tricherie ont toujours fait partie de tout temps, des jeux, du sport. Malheureusement, pas uniquement que du sport de haut niveau, du sport en général: du jeu de carte, en passant par les billes, les courses cyclistes et les jeux olympiques. On ne les éradiquera jamais, malheureusement… La seule solution passe par une solution sans équivoque: tout tricheur doit être tout simplement radié à vie… point….

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