Olivia Borlée : « A 27 ans, je ne suis pas trop vieille ! »

Olivia Borlée a déjà cinq titres nationaux à son palmarès. Ce week-end, au stade Roi-Baudouin, elle rêve de compléter sa collection. Photo Belga.

Olivia Borlée a déjà cinq titres nationaux à son palmarès. Ce week-end, au stade Roi-Baudouin, elle rêve de compléter sa collection. Photo Belga.

Et si c’était le retour de l’année ? Encore modeste, certes, mais réel. Et plus qu’encourageant. Depuis qu’elle a entamé (tardivement) sa saison, le 9 juin, à Alphen-aan-de-Rijn, aux Pays-Bas, Olivia Borlée a progressé lors de chacune de ses sorties. Quatre fois sur quatre sur 100 m, deux fois sur deux sur 200 m. Pour arriver, à l’aube des championnats de Belgique de ce week-end, avec des chronos de référence de 11.54 (son meilleur temps depuis… 2009) et de 23.37 qui lui permettent de rêver à nouveau à un titre national, trois ans après les deux derniers conquis sur les deux distances.

« Ca ne va pas être facile, admet l’aînée de la fratrie la plus célèbre de l’athlétisme belge. Il y aura une grosse concurrence avec Anne Zagré, Hanne Claes et Sara Aerts. Mais, c’est sûr, je viendrai pour gagner ! »

Une confiance pareille, cela faisait des années qu’Olivia Borlée courait après. Tracassée par d’insupportables douleurs aux tendons d’Achille depuis 2007, elle avait tout tenté pour les faire disparaître. Mais entre quelques périodes de rémission qui n’étaient que des chimères, elle avait continué à accumuler les coups de « moins-bien » au cours de la dernière olympiade. Jusqu’à en perdre la santé mentale. Petit à petit, la jeune sprinteuse douée et insouciante à qui tout réussissait s’était muée en athlète déprimée, en panne d’arguments et de solutions, et qui, à chacune de ses sorties, semblait en vouloir à la terre entière.

Elle aurait pu tout arrêter l’été dernier. Elle admet d’ailleurs y avoir songé après la douloureuse expérience de l’Euro d’Helsinki et la non-qualification programmée du relais 4 x 100 m pour les JO de Londres, une bouée de sauvetage sur laquelle, un peu en désespoir de cause, elle avait jeté ses derniers espoirs. L’année précédente, déjà, elle n’avait pu se qualifier pour les Mondiaux de Daegu. Et ne pas aller aux Jeux quatre ans après y avoir décroché une médaille d’argent lui semblait insupportable.

« Après la course d’Helsinki, papa m’a tout de suite réconfortée et m’a dit qu’on ferait tout pour sortir de cette spirale, se souvient-elle. Il m’a aussi dit qu’il fallait d’abord que je prenne une longue période de repos. Je suis donc restée quatre mois sans courir avant de reprendre les entraînements. »

Pouvoir compter sur son père/entraîneur Jacques, mais aussi sur ses frères Kevin et Jonathan lui a permis, dit-elle, de ne pas tout à fait sombrer. « Ils m’ont beaucoup aidé à garder le moral, m’ont constamment soutenue. Nous sommes vraiment très proches. »

A la rentrée de septembre, Olivia Borlée a attaqué sa nouvelle opération « Sauvez mes tendons » en se rendant, à Munich, chez le Dr Hans-Wilhelm Müller-Wohlfahrt, le médecin (notamment) du Bayern et d’Usain Bolt. Après une série d’infiltrations, mais aussi après avoir travaillé la mobilité de son gros orteil – « Sinon, cela peut provoquer des tensions… » – et s’être fait traiter le dos « pour relâcher la chaîne postérieure », elle a d’abord cru que le miracle s’était produit. « Cela m’avait fait du bien, je sentais une grosse différence. » Mais, dès janvier, et surtout en mars-avril, les douleurs ont réapparu. « Ca devenait vraiment très compliqué… »

Elle a donc dû consulter à nouveau. Un kiné français, sur les conseils de son oncle, qui, à Aix-les-Bains, lui a fait travailler le renforcement de sa cheville avec un chausson high-tech et fait subir un traitement par électrodes « pour réveiller la musculature du mollet ». Puis un médecin liégeois, qui, sur base d’une analyse sanguine, l’a incitée à modifier son alimentation pour en écarter les produits trop acides.

« Si j’ai finalement continué, c’est parce que j’avais envie de ne rien regretter, répond-elle quand on lui demande où elle a été chercher l’énergie nécessaire pour entamer ces multiples traitements plutôt que de ranger les pointes. Je ne voulais pas m’arrêter sur un constat d’échec, sans avoir tout fait pour essayer de m’exprimer à nouveau avec tout mon potentiel, sans douleur, comme à mes débuts. »

Cette persévérance, qu’elle a, elle le sait, pu s’autoriser grâce au « système Borlée » et aux sponsors qui n’ont jamais cessé de soutenir l’ensemble de la famille – « Tous ces soins n’ont pas rien coûté… » – est donc en train de payer. Cela fait trois ou quatre semaines désormais qu’elle dit courir sans douleur. « Il y a eu une grosse amélioration lors du stage de début juillet à Valbonne. » Tout en sachant qu’il ne faut pas brûler les étapes, elle s’estime aujourd’hui « proche de (son) meilleur niveau alors que j’ai fait très peu de courses. » « Mais ce niveau, il faut le dépasser. Mon objectif, à terme, c’est d’aller chercher mes records personnels ; ils tiennent depuis trop longtemps ! »

Ses 11.39 sur 100 m et 22.98 sur 200 m datent, il est vrai, respectivement de 2007 et 2006. Une éternité en athlétisme…

« A 27 ans, je ne suis pas trop vieille… même si les années défilent !, affirme Olivia Borlée. Je veux m’inspirer de l’exemple d’Elodie Ouedraogo qui, l’an dernier, à 31 ans, a réussi le meilleur temps de sa carrière sur 400 m haies lors des Jeux olympiques. Malgré les coups d’arrêt que j’ai connus ces dernières saisons, je n’ai jamais arrêté de travailler. Il ne me manque peut-être que la dernière pièce du puzzle. »

Qualifiée pour les Jeux de la Francophonie, en septembre, à Nice (ce sera la première fois qu’elle y participera), elle est bien décidée à ne pas louper ce premier objectif de ce qui pourrait être sa nouvelle carrière, consciente qu’elle sera sans doute encore trop « courte » pour décrocher un billet pour les Mondiaux de Moscou.

« J’avance pas à pas. Mais j’ai hâte d’être l’année prochaine, où j’aurai eu, je l’espère, une année complète de préparation en vue de l’Euro de Zurich. »

Le vrai point de départ, qui sait ?, d’Olivia 2.0…

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