Des athlètes belges militent pour des records «propres»

Pieter-Jan Hannes, le n° 1 belge actuel du 1.500 m, a été l'un des premiers à signer la pétition. Photo Belga.

Pieter-Jan Hannes, le n° 1 belge actuel du 1.500 m, a été l’un des premiers à signer la pétition. Photo Belga.

Quelques jours après la révélation des cas positifs de plusieurs vedettes mondiales du sprint, c’est un geste qui compte. A l’initiative d’Andreas Smout, un coureur de demi-fond limbourgeois qui a fait partie des élites de la Ligue flamande d’athlétisme, une pétition a été mise sur pied via le site change.org et est en train de circuler dans les milieux de l’athlétisme belge. Son objectif ? Pousser la Ligue belge à retirer de la liste de ses meilleurs performances (et surtout de ses records nationaux) les noms d’athlètes ayant été un jour suspendus pour dopage afin de motiver la jeune génération et lui offrir de nouvelles perspectives.

Si son nom n’est pas cité dans le document, il saute aux yeux que cette action est dirigée contre un seul homme : Mohammed Mourhit. L’athlète d’origine marocaine, convaincu de dopage à l’EPO en 2002, est, en effet toujours renseigné comme détenteur des records de Belgique du 3.000 (7.26.62), 5.000 (12.49.71) et 10.000 m (26.52.30), qu’il avait améliorés en 1999 et 2000 ; ses chronos de référence sur les deux premières distances sont également toujours considérés comme des records d’Europe.

« Il faut encourager nos nouveaux talents, en qui j’ai confiance, affirme Christophe Impens, le recordman de Belgique du 1.500 m, qui a signé la pétition «à titre personnel». Certains records qui figurent toujours sur les tablettes sont impossibles à battre pour eux, ce qui peut tuer leur motivation. De plus, effacer ces performances dont tout le monde est certain qu’elles ont été réussies à l’aide de dopage permettrait de réhabiliter des athlètes comme Emile Puttemans ou Vincent Rousseau. Après tout, si ASO, la société qui gère le Tour de France, a rayé Lance Armstrong de la liste des vainqueurs de son épreuve, pourquoi ne pourrions-nous pas le faire ? »

Pieter-Jan Hannes, sacré récemment champion d’Europe Espoir sur 1.500 m et sélectionné sur la même distance pour les Mondiaux de Moscou qui démarrent le 10 août, a été l’un des premiers signataires de la pétition. Mais même s’il pourrait être intéressé au premier chef par un « nettoyage » des listes de records belges – «J’aimerais bien pouvoir un jour m’attaquer à celui du 3.000 m mais l’actuel est impossible à améliorer en étant « clean » – il assure que son cas personnel n’est pas important. « Ce qu’il faut, dit-il, c’est donner un signal. Parce que cette frustration vit vraiment dans le milieu. »

Au niveau international, aussi, des voix se sont élevées contre les records imbattables avec, là, la proposition d’une mise à plat générale. Luciano Barra, l’ancien directeur sportif du Comité olympique italien et directeur adjoint des Jeux olympiques de Turin 2006, milite depuis plusieurs années pour que l’on reparte de zéro. « Après un siècle d’athlétisme (NDLR : la Fédération internationale a fêté son 100e anniversaire en 2012), gelons les records et repartons avec une nouvelle liste sans référence au dopage », a-t-il écrit dans une lettre ouverte à Lamine Diack, le président de l’IAAF.

A la Ligue belge d’athlétisme, on a pris connaissance de la pétition initiée par Smout. Et si on en comprend les motivations, on souligne aussi les dangers que pourrait générer une mise à l’écart des « athlètes à problèmes ».

« Cette mesure n’est pas prévue dans nos règlements antidopage, précise ainsi la secrétaire générale et avocate Dominique Gavage. Je ne vois donc pas sur quelle base, à part une base morale très difficile à soutenir, on pourrait retirer leurs records à des athlètes qui, au moment où ils les ont réalisés, ont été contrôlés négatifs. Sauf s’ils devaient passer aux aveux, comme Armstrong l’a fait. Cela dit, on pourrait adapter nos règlements en ce sens pour l’avenir. »

Pour Eddy De Vogelaer, le co-président flamand de la Ligue belge, une mesure de ce type pourrait comporter certains risques. Sur le plan juridique. Et sur celui des principes.

« Où commence-t-on et où s’arrête-t-on ?, demande-t-il. Des garçons comme Jonathan Nsenga (110 m haies) et Kevin Rans (saut à la perche), qui détiennent également un record de Belgique, ont aussi, à un moment de leur carrière été suspendus pour contrôle positif même si ce n’était que 3 mois pour un produit anodin. Faut-il le leur retirer ? »

« Il ne faut pas tout mélanger, réplique Christophe Impens. Il y a une grosse différence entre un athlète qui a pris un stimulant par accident et un autre qui se dope systématiquement. C’est évidemment le deuxième qu’il faut sanctionner. »

Pour l’instant, la pétition a principalement tourné au nord du pays via les réseaux sociaux. Ses initiateurs comptent bien qu’elle puisse également recueillir un certain succès du côté francophone. Pour que la prise de conscience soit générale.

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