Deux ou trois choses sur Jonathan Borlée…

Battu de 2 centièmes pour la médaille de bronze après avoir couru dans le couloir extérieur, Jonathan Borlée a de quoi se montrer incrédule... Photo Belga.

Battu de 2 centièmes pour la médaille de bronze après avoir couru dans le couloir extérieur, Jonathan Borlée a de quoi se montrer incrédule… Photo Belga.

Il était difficile, mardi soir, dans les catacombes du stade Lujniki de Moscou, de ne pas compatir avec Jonathan Borlée. Une fois de plus (une fois de trop ?), il venait de passer à côté du grand bonheur en finale d’un championnat majeur et on avait l’impression qu’il se demandait ce qu’il aurait dû ou pu faire de plus – à part courir 2 centièmes plus rapidement évidemment… – pour décrocher enfin cette timbale qui se refuse à lui depuis si longtemps. Dans l’air, il y avait comme un gros un sentiment de frustration…

On a souvent tendance, par facilité du raccourci et parce que, dans leur cas, cela apparaît comme logique, de comparer ses résultats à celui de son frère. Sur le plan du palmarès, il n’y a évidemment pas photo, quoi qu’ils en disent parfois pour se protéger l’un l’autre : avec un titre européen et une médaille de bronze mondiale, Kevin est devant.

En revanche, quand on examine leurs chronos respectifs réussis ces dernières années, la tendance s’inverse radicalement. Sauf en 2011, l’année des Mondiaux de Daegu et de la 3e place de Kevin, qui avait réussi 44.74 pour 44.78 à Jonathan, ce dernier a toujours, depuis 2009, été devant son frère aux rankings. Mieux, il a fini n° 1 européen en 2010 (44.71) et en 2012 (44.43) et est bien parti pour rempiler une troisième fois cette année avec les 44.54 qu’il a claqués mardi et qui en font aussi le 5e performer mondial de l’année.

Mardi, il était, avec Kirani James, le seul des huit coureurs à disputer une troisième finale planétaire consécutive après les Mondiaux 2011 et les JO 2012 et rien que cette statistique-là vaut tous les compliments de la terre. Dans une discipline aussi impitoyable et usante que le 400 m, une course que décrit très bien l’entraîneur français Pierre-Jean Vazel dans l’une de ses chroniques au Monde, se maintenir au sommet est sans doute ce qu’il y a de plus difficile et Jonathan Borlée est résolument un expert en la matière.

Souvent aussi, on avait critiqué sa mauvaise gestion des championnats. A côté de son frère, décrit comme méthodique et impitoyable, il était un peu le « poète », capable de faire un coup avant de se planter juste après. Il y avait eu les exemples douloureux de l’Euro de Barcelone 2010 et des Jeux de Londres 2012, où il s’était emballé à l’insu de son plein gré dans les premiers tours avant de craquer ensuite, pour étayer cette thèse. Ici, comme en 2011, à Daegu, (mais à un tout autre niveau, parce qu’il n’était pas descendu sous les 45 secondes en Corée), il a magistralement progressé au fil des tours en alignant successivement des chronos de 45.24, 44.85 et 44.54. C’est un exploit dont peu sont capables, surtout depuis que l’IAAF a instauré un régime de trois courses en trois jours. Faut-il vraiment achever les chevaux ?

Aurait-il été plus vite encore en finale si, comme il le prétend, il n’avait pas tiré le couloir 8 ? C’est évidemment impossible à dire. Depuis que les Mondiaux existent, c’est-à-dire depuis 1983, un seul coureur – et à deux reprises encore bien, comme quoi il n’y a pas que les Borlée qui sont poursuivis par la malchance ! – a couru plus vite que lui en partant du couloir extérieur : le Bahamien Chris Brown. En 2005, à Helsinki, il a fini en 44.48, et deux ans plus tard, à Osaka, il a encore fait mieux en 44.45 ; mais les deux fois, il était plus loin que Jonathan Borlée de la médaille puisqu’il avait été battu respectivement de 4 et de 13 centièmes.

Et puisque l’on en est à parler de médaille, le constat est impitoyable : jamais un coureur de 400 m n’en a gagné une en partant du couloir 8 dans un championnat du monde. Mais Jonathan est celui qui s’en est le plus rapproché avec Brown, donc, et le Français Leslie Djhone, lui aussi 4e en partant de l’extérieur à Paris, en 2003. Pas sûr que cela le consolera…

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