« Il ne faudra pas penser que l’on dispute une finale »

Les Red Lions sont au pied de leur premier grand titre. Prêts à assumer leurs responsabilités. Photo Belga.

Les Red Lions sont au pied de leur premier grand titre. Prêts à assumer leurs responsabilités. Photo Belga.

Il n’y a pas eu de match. Ou si peu. Vendredi soir, dans une arène du Braxgata au bord du délire, les Red Lions ont mangé l’Angleterre avec un appétit féroce et une classe folle. Trois buts à zéro à l’issue d’une véritable démonstration en demi-finale d’un Euro qu’ils essaieront de boucler victorieusement ce dimanche face à l’Allemagne. Un ultime défi pour écrire une nouvelle page de l’histoire du sport belge.

Spécialiste en psychologie du sport, Jef Brouwers, qui a travaillé avec de nombreux sportifs belges, du cycliste Frank Vandenbroucke au coach du 4 x 400 m Jacques Borlée, en passant par la médaillée de bronze en voile des JO de Londres Evi Van Acker, le cavalier Philippe Le Jeune ou, depuis peu, les footballeurs du FC Bruges, fait partie du staff des Red Lions depuis 2008. « C’est Adam Commens, l’entraîneur de l’époque qui m’a choisi », rappelle-t-il. A la veille de la finale, nous l’avons interrogé sur les raisons du succès de cette équipe qui n’en finit plus de progresser. Eclairant.

Dans votre parcours professionnel, où situez-vous cette aventure avec les Red Lions?
Pour moi, travailler avec le hockey correspond exactement à mes aspirations. Dans le « team » autour du coach principal Marc Lammers, je suis considéré comme un élément comme les autres, au même titre que le préparateur physique, le médecin ou les kinés. Je peux donner mon avis parce qu’il y a un esprit d’ouverture et d’apprentissage très ouvert de la part de tous. On veut utiliser les compétences de chacun à 100 %.

Quelle est la force principale de cette équipe ?
Son désir permanent de croissance et de progrès sur tous les plans, technique, tactique, physique et mental. Et le fait que les joueurs y arrivent de manière de plus en plus indépendante, sans l’aide d’influences externes, par le biais d’une très grosse auto-motivation. J’admire aussi sa solidarité. Dans chaque pan de la société, il y a des gens qui s’estiment meilleurs que d’autres ; chez les Red Lions, cette notion a disparu. Jouer la vedette, ça ne marche pas. Je ne dis pas qu’il n’y en a pas qui ont un ego plus développé que d’autres, mais tous le mettent au service de la performance collective.

Depuis 2010, après les Australiens Adam Commens et Colin Batch, l’équipe en est, avec le Néerlandais Marc Lammers, à son troisième coach. Pourquoi ces changements ne l’ont pas déstabilisée ?
Il ne faut pas banaliser le travail du directeur technique Bert Wentink qui a réussi à trouver la parade en trouvant les bons hommes à proposer au président Marc Coudron lors de chacun de ces moments-clés. Commens a été le premier à franchir le pas vers le professionnalisme. Quand il est parti (NDLR : fin 2010), la fédération a confié sa succession à son assistant, Colin Batch, pour permettre une continuité car cela aurait été difficile, à ce moment, de changer de cap. Batch a assuré une transition fluide vers le top avec son adjoint néerlandais Jeroen Delmée en travaillant surtout les aspects techniques et tactique. Puis, quand Colin a décidé de partir (à l’automne 2012), Delmée a joué à son tour le facteur stabilisateur alors qu’arrivait Marc Lammers, avec sa grande expérience du tout haut niveau.

Quel a été le principal apport de Lammers ?
Il a imposé un style de vie plus professionnel pour les joueurs, ce qui a incontestablement permis d’encore hausser leur niveau de jeu, surtout au niveau physique. Et puis, il travaille en parfaite harmonie avec Jeroen Delmée, dont les compétences techniques ont généré une avancée phénoménale chez la plupart des joueurs, et avec Philippe Goldberg, qui sert d’agent de liaison parfait avec les joueurs avec lesquels il est resté très connecté.

Sur quels points travaillez-vous dans votre domaine ?
Pour moi, les joueurs doivent encore croître au niveau de leur indépendance mentale. On le voit lors de matchs où ils sont a priori favoris, où ils ont tout à perdre, comme contre l’Espagne qu’ils ont parfois encore du mal à gérer. L’indépendance, c’est le facteur de succès le plus important dans le sport de haut niveau car elle est permet de supporter la pression. Mais le pas qu’ils ont fait par rapport aux JO dans ce domaine est énorme. On l‘a vu contre l’Angleterre, en demi-finale. Ils sont entrés sur le terrain avec, dans la tête, le match du jour ; ils n’ont pensé ni au passé ni au futur. Je dis toujours que le sport de haut niveau, c’est maintenant, c’est aujourd’hui, si on veut éviter qu’un succès ne démolisse un succès futur.

Les hommes et les femmes qui disputent le même tournoi, c’est un plus ?
Même si les deux staffs sont différents, il y a une interaction, c’est évident. Les résultats des hommes ont un impact sur celui des femmes et vice-versa. On suit ce que les autres font. Même si les Red Lions sont un pas plus loin dans leur développement que les Red Panthers, le fait que celles-ci aient été les premières à se qualifier pour les demi-finales a mis une pression sur les hommes.

L’idée de la Brabançonne chantée a cappella par les deux équipes belges avant les matchs, cela vient d’où ?
Des filles. Je sais que les garçons ont un peu hésité avant d’accepter mais c’est une très bonne idée. Ca apporte un aspect spécifique à nos équipes qui fait la différence. Au-delà du symbole, on montre aux adversaires une affirmation de soi qui est énorme. Dans un stade plein, oser faire ça n’est pas évident. Cela veut dire « Nous sommes prêt(e)s »

Qu’allez-vous dire aux Red Lions avant la finale ?
Rien de spécial. Je vais leur répéter le message quotidien que je diffuse depuis le début de cet Euro. Nous allons jouer le match du jour, le « match of the day ». Ce sera un match comme les autres, pas une finale. Nous devons nous défaire de tous les éléments externes qui pourraient nous nuire. Leur mettre la pression n’est pas nécessaire. On l’a vu contre l’Angleterre !

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