Ilse Heylen, le judo jusqu’à l’acharnement

Ilse Heylen est toujours là à 36 ans, prête à disputer ses 5es Mondiaux. Bien malin celui qui devinera l'âge de sa retraite sportive... Photo Belga.

Ilse Heylen est toujours là à 36 ans, prête à disputer ses 5es Mondiaux. Bien malin celui qui devinera l’âge de sa retraite sportive… Photo Belga.

C’est – forcément – une image qu’elle n’oubliera jamais. Elle, sur le tapis du stade d’Ano Liosia, théâtre des compétitions de judo des JO d’Athènes, en train de s’offrir le scalp de la Française Annabelle Euranie dans la «petite finale» de la catégorie des moins de 52 kg, et, au premier rang de la tribune d’honneur, Jacques Rogge, le président du CIO, et Robert Van de Walle, le chef de la délégation belge, tombant dans les bras l’un de l’autre à la fin de son combat. Un moment de joie d’une intensité profonde, une communion d’esprit à quelques mètres de distance. Des larmes – un peu – qui parviennent à peine à masquer le cocard sous son œil gauche, souvenir d’un coup mal placé mais bien encaissé. Des éclats de rires – beaucoup – qui ponctuent les tapes amicales sur les épaules et les coups de fil reçus de parents et d’amis. Une couronne de lauriers et une médaille de bronze en guise de précieux et éternels trophées.

Ilse Heylen avait 27 ans en 2004. L’âge de la maturité pour une athlète qui, jusque-là, en avait bavé pour se frayer un chemin vers les sommets. Quatre ans plus tôt, lors de l’ultime tournoi qui devait décider de la qualification pour les Jeux de Sydney, à une époque où elle « tirait » encore chez les moins de 48 kg, elle s’était fait souffler in extremis la place par Ann Simons, qui, quelques mois plus tard, allait décrocher, elle aussi, une place sur la troisième marche du podium olympique. Le début d’une vraie prise de conscience de ses capacités réelles de pouvoir percer, elle aussi, un jour, au plus haut niveau.

Aujourd’hui, à 36 ans bien sonnés, Ilse Heylen est toujours là. Au fil des années, avec une régularité de métronome et une science inégalée du combat, coachée par son époux, Olivier Berghmans, elle s’est confectionnée un palmarès dont elle n’a pas à rougir avec, à côté de sa breloque athénienne, six médailles européennes (1 d’or, 1 d’argent, 4 de bronze) et une 5e (Londres 2012) et une 7e places (Pékin 2008) aux Jeux, où elle s’est toujours sublimée. Il n’y a qu’aux championnats du monde qu’elle a éternellement calé, sans qu’elle sache très bien pourquoi, avec deux éliminations au premier tour en 2005 et 2009 et deux 9es places en 2007 et 2011.

Ce mardi, à Rio, pour sa cinquième participation à la compétition planétaire, dans une catégorie où elle sera la plus âgée et où certaines participantes pourraient presque être ses filles, elle aimerait bien faire un sort à cette mauvaise habitude, même si le tirage ne l’a pas gâtée ; après un premier tour en principe abordable face à la Haïtienne Desravine, celle qui occupe toujours la 10e place au ranking mondial retrouvera sa bête noire, la Cubaine Bermoy, la n°2 qui l’avait battue en demi-finale l’été dernier à Londres. Du coup, quand elle dit que « c’est une compétition qui, c’est vrai, ne m’a jamais vraiment réussie ; c’est pour ça que je préfère ne pas faire de pronostic et que je verrai où j’en suis après chaque combat », on la comprend mieux.

Ilse Heylen partira pourtant sans arrière-pensée à l’abordage. Une nécessité quand, comme elle, on a infligé à son organisme un nombre impressionnant de meurtrissures dont certaines d’entre elles l’ont forcée à passer sur le billard. Mais deux opérations aux épaules, la gauche en 2006, la droite en 2008, deux aux genoux, au ménisque en 2008 et aux ligaments croisés en 2010, et une au coude, en 2012, n’ont jamais réussi à altérer son enthousiasme pour un sport qui, chez elle, est une véritable drogue. Douce, mais terriblement addictive. Toujours, elle s’est relevée. Avec un mental en béton armé malgré les crocs-en-jambe que certains se sont parfois ingénié à lui placer.

« Mon amour du judo est toujours intact, dit-elle. Je me rends à l’entraînement avec le même plaisir qu’à mes débuts. La souffrance est, bien sûr, intense, mais je l’accepte sans broncher. Tant que mon corps me le permettra et que les résultats suivront, je continuerai. »

Désormais, plus personne, à commencer par elle, n’oserait miser un euro sur la date de sa retraite. Ils sont même nombreux à penser qu’on pourrait encore la retrouver dans un peu moins de trois ans au pied du Pain de Sucre de Rio pour ses quatrièmes Jeux consécutifs, performance réussie en Belgique, côté féminin, par l’unique Gella Vandecaveye. A moins que, pour devenir seule détentrice du record, elle ne prolonge jusqu’en 2020 !

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