Fanny Lecluyse et les virages de la vie

Fanny Lecluyse retourne à Mouscron après une expérience peu concluante à Wachtebeke. A elle de prouver qu'elle a pris la bonne décision... Photo Belga.

Fanny Lecluyse retourne à Mouscron après une expérience peu concluante à Wachtebeke. A elle de prouver qu’elle a pris la bonne décision… Photo Belga.

Quand on vit à Espierres-Helchin, commune flamande à facilités située aux confins des provinces de Flandre Occidentale et du Hainaut, on joue régulièrement à saute-mouton entre les frontières linguistiques sans même s’en rendre compte. Cette semaine, pourtant, c’est une décision mûrement réfléchie qu’a prise Fanny Lecluyse. Moins d’un an après avoir pris tout le monde par surprise en quittant le Dauphins Mouscronnois, son club de (presque) toujours, pour Wachtebeke, dans la (grande) banlieue de Gand , et s’y affilier au Gold, changeant ainsi d’environnement… et de fédération, celle qui, en 2011, était encore la meilleure nageuse belge, a brutalement décidé de faire le chemin inverse.

Les raisons de ce nouveau revirement ? « Mes derniers résultats », dit-elle. Aux championnats de Belgique d’été (catégorie II), le 27 juillet, pendant que les membres de l’équipe nationale arpentaient les lignes d’eau du Palau Sant Jordi de Barcelone à l’occasion des Mondiaux, elle avait, en effet, pris un sérieux coup sur la tête en ne terminant que 2e du 200 m brasse, son épreuve de prédilection, en 2.33.37, à plus de … 7 secondes de son record de Belgique (2.25.92) établi deux ans plus tôt aux Mondiaux de Shanghai. Une désillusion de plus dans une saison qui n’avait pas marché comme elle l’avait rêvé.

« Cela a été une course horrible, raconte-t-elle. Après 100-125 m, il n’y avait plus rien. Si j’avais fini à 2 ou 3 secondes de mon record, je n’aurais sans doute rien dit car je sais qu’il faut un temps d’adaptation aux nouvelles méthodes quand on change d’entraîneur. Mais plus de 7 secondes… »

Fanny Lecluyse prétend avoir essayé à plusieurs reprises de discuter de son problème avec son coach, Wauter Derycke, mais sans succès, « ce qui m’a fort déçue ». Et ce samedi 31 août, lors du week-end d’ouverture de la nouvelle saison, elle est allée lui annoncer qu’elle s’en allait.

« Je ne veux pas critiquer sa manière de travailler, assure-t-elle. Sans doute convient-elle à d’autres. J’ai beaucoup appris sur le plan technique pendant ces quelques mois passés à Wachtebeke et je ne regrette rien. Mais je me suis rendue compte que j’avais besoin de faire beaucoup plus de kilomètres, beaucoup plus de « volume » que ce qu’on m’imposait. En plus, on m’empêchait de disputer des compétitions internationales. Certains me disaient d’être patiente, que les résultats allaient sortir tôt ou tard. Mais moi, je ne voulais pas attendre et prendre le risque de louper les Jeux de Rio, en 2016… Il fallait faire quelque chose.»

A l’heure du choix, Fanny Lecluyse n’a pas hésité. Elle a ravalé sa fierté et a contacté Horatiu Droc, son ex-entraîneur de Mouscron, qui l’avait accompagnée pendant une dizaine d’années avant qu’elle ne le quitte en décembre dernier, lassée de ses exigences et tétanisée après des JO de Londres qui avaient tourné à sa confusion, tant dans l’eau que sur la terre ferme.

« Notre séparation s’était passée correctement, dans les règles, précise Droc. Je n’avais aucune raison de refuser de la reprendre. Cette parenthèse lui a fait du bien. Fanny a essayé ailleurs, a testé une autre manière de travailler, et a vu que cela ne lui convenait pas. Maintenant, pour revenir à son meilleur niveau, elle va devoir travailler, répondre à mes exigences. En fait, sa réussite ne dépendra que d’elle. »

Mis devant le fait accompli, tout comme il y a neuf mois au moment de son départ, Philippe Midrez, le directeur technique francophone, a, lui aussi, accueilli la nouvelle avec fatalisme. « Ce type de situation, cela fait partie de la vie. J’ai demandé à Fanny de bien réfléchir à ce qu’elle faisait, mais elle m’a dit qu’elle était décidée. Cela prouve que l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs et que ce n’est parce que l’on passe de l’autre côté que tout va subitement mieux. Mais elle va devoir travailler pour retrouver un statut car elle ne pourra pas bénéficier directement d’un contrat pro comme elle en avait auparavant. »

Fanny Lecluyse se dit consciente des contraintes que va entraîner ce nouveau virage qu’elle vient de prendre. A 21 ans, après une décision que certains jugeront immature, elle va devoir « prendre sur elle » et retourner au charbon sans avoir beaucoup d’exigences. Mais ce sera, qui sait ?, une expérience salutaire pour elle.

« Je vais devoir être forte mentalement et serrer les dents, admet celle qui détient toujours les records de Belgique du 200 m brasse et du 200 m 4 nages. Mais je suis bien décidée à le faire parce que je veux retrouver mon meilleur niveau. Cela a été très dur, cet été, de suivre les Mondiaux de Barcelone à la télévision et de voir qu’on y entrait en demi-finale avec le temps que j’avais réussi aux Jeux. Je ne veux plus que cela arrive… »

Un (bon) début de rédemption.

Cette entrée a été publiée dans Natation, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>