Les autres vainqueurs de la session du CIO

Le cheik al-Sabah, un "faiseur de rois" qui ne peut être que satisfait. Photo AFP.

Le cheik al-Sabah, un “faiseur de rois” qui ne peut être que satisfait. Photo AFP.

Tokyo, la lutte et Thomas Bach : tel est, dans l’ordre de leur élection, le tiercé des grands vainqueurs de la 125e session du CIO qui s’est déroulée de vendredi à mardi à Buenos Aires. Un trio gagnant qui était largement attendu par les pronostiqueurs qui suivent de près le monde des cinq anneaux.

Pourtant, à côté de la ville organisatrice des JO 2020, du sport séculaire qui a réussi à sauver sa peau et du nouveau président du CIO, qui n’a eu besoin que de deux tours de scrutin pour succéder à Jacques Rogge, la session argentine a aussi fait d’autres heureux, même s’ils ne sont pas tous montés sur l’estrade. Passage en revue.

Le cheik al-Shabah. Cela fait un petit temps que le cheik Ahmad al-Fahad al-Sabah, membre koweïtien du CIO, est considéré l’un des hommes les plus influents (le plus influent ?) du mouvement olympique. Président du Conseil olympique asiatique, mais aussi – surtout – de l’Association des comités nationaux olympiques, ce qui lui offre une impressionnante plate-forme, il serait devenu le « faiseur de rois », l’homme qui transforme en or tout ce qu’il touche ou, dans ce cas-ci, tout qui il soutient. Avant la session de Buenos Aires, il avait clairement exprimé sa préférence pour Tokyo et Thomas Bach et tous les deux l’ont emporté, comme l’avaient emporté avant eux, en mai, Marius Vizer, le président de la Fédération internationale de judo, l’autre figure montante du sport mondial, lors de l’élection pour la présidence de SportAccord, l’organisme qui regroupe toutes les fédérations internationales, de sports olympiques et non-olympiques, et Buenos Aires, en juillet, lors de la désignation de la ville qui accueillera les Jeux olympiques de la jeunesse 2018, pour lesquels il avait clairement «roulé». Thomas Bach, lors de sa première conférence de presse de président du CIO, a affirmé qu’il n’avait fait aucune promesse de campagne et que la confiance des membres ne se gagnait qu’en leur parlant individuellement et en tentant de les convaincre. Il sera intéressant de voir comment il va collaborer avec al-Shabah et Vizer, ce dernier ayant annoncé son intention d’organiser dans le même pays la même année les championnats du monde de plusieurs sports, une concurrence évidente pour les Jeux…

Les Etats-Unis. Cela faisait plusieurs années que les rapports étaient tendus entre le Comité olympique américain (USOC) et le CIO. En cause : un contrat sans terme signé en 1996 qui garantissait à l’USOC 12,75% des droits télé payés par NBC et 20% des retombées marketing, soit plus d’argent que pour tous les autres comités nationaux olympiques réunis. Une situation d’autant plus insupportable que les Etats-Unis refusaient de payer leur quote-part pour le remboursement des frais des Jeux, comme les autres. Après une longue opération de déminage, menée en grande partie par le directeur général du CIO, le Belge Christophe De Kepper, un accord a finalement été trouvé entre les deux parties en 2012 et l’USOC a accepté de réduire progressivement ses exigences à partir de 2020. Les premières conséquences de cet accord se sont fait ressentir à Buenos Aires, où Larry Probst, le président de l’USOC, a été admis comme nouveau membre du CIO et Anita DeFrantz a été élue à la commission exécutive douze ans après l’avoir quittée. Après les douloureux échecs de New York et de Chicago respectivement dans la course aux JO de 2012 et 2016, autres conséquences du contrat de 1996 et de la mauvaise humeur qu’il générait, on se dit que les Etats-Unis, s’ils se représentent avec un dossier sérieux pour les JO 2024 dans quatre ans, devraient avoir de bonnes chances de l’emporter.

L’athlétisme. Lamine Diack, le président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) ne pourra plus siéger comme membre effectif à partir de l’an prochain puisqu’il a atteint, en juin, l’âge limite de 80 ans. Mais le premier sport olympique aura deux nouveaux représentants au CIO, deux athlètes de renom, le Kenyan Paul Tergat et le Suédois Stefan Holm. Le premier, quintuple champion du monde du cross, a détenu le record du monde du 10.000 m après l’avoir battu en 1997 au Mémorial Van Damme (26.27.85) et a obtenu deux médailles d’argent aux JO 1996 et 2000 sur la même distance, chaque fois derrière l’Ethiopien Haïle Gebrselassie ; personne n’a oublié le sprint mémorable qu’avaient livré les deux hommes dans les cent derniers mètres à Sydney, « Gebre » l’emportant finalement pour… 9 centièmes, le plus petit écart de l’histoire olympique sur 10.000 m. Le deuxième, lui, a décroché l’or au saut en hauteur aux JO d’Athènes en 2004 et quatre titres mondiaux et deux titres européens en salle. Avec des records de 2,37 m en plein air et 2,40 m en salle, il était un des sauteurs qui allait le plus haut par rapport à sa taille, relativement moyenne, de 1,81 m !

Greenpeace. Même si Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, a promis que Tokyo n’a jamais été et ne sera jamais affecté par la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima, suite au tsunami de 2011, Greenpeace qui dénonce régulièrement les atteintes à l’environnement risque d’avoir du travail et une belle visibilité d’ici aux Jeux olympiques de 2020 avec le monitoring qu’il faudra intensifier au Japon. Entre Fukushima et Tokyo, il y a, en effet, moins de 300 kilomètres. Difficile de croire que les rejets radioactifs resteront sagement confinés à la zone sinistrée…

Philippe et Caroline Rogge. Les enfants de l’ex-président du CIO vont enfin récupérer leurs parents après douze ans de séparation. Le premier n’a d’ailleurs pas manqué de manifester sa joie le jour de l’élection de Thomas Bach en twittant « I feel lucky today » suivi du hashtag #getmyparentsback ! Ses deux enfants ne seront pas moins ravis : sa fille de 9 ans, qui joue au hockey et au tennis, et son fils de 8 ans, qui fait du hockey, du rugby, du tennis et qui va commencer l’escrime, pourront enfin avoir l’avis éclairé de leur grand-père. Qui peut, par ailleurs, s’apprêter à jouer les chauffeurs de luxe !

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