La gymnastique, cette merveilleuse quête de l’absolu

Donna-Donny Truyens, artiste anonyme au cheval-d'arçons. Photo AFP.

Donna-Donny Truyens, artiste anonyme au cheval-d’arçons. Photo AFP.

Rigueur, douleur, patience. A la vue des quelque 400 gymnastes venus des quatre coins du monde qui, cette semaine, prendront possession du Sportpaleis d’Anvers à l’occasion des Mondiaux, il sera difficile de faire abstraction du véritable chemin de croix que la plupart d’entre eux auront emprunté pour arriver jusque-là. La gymnastique, où la routine et la souffrance contenue doivent être élevées au rang de préceptes de base pour pouvoir être performant, est sans doute l’une des disciplines les plus dures et les plus ingrates qui soit. Un sport qui demande des années d’efforts pour maîtriser un corps auquel on demande l’absolu avec, au bout du compte, une reconnaissance proche du néant.

« C’est effectivement le mauvais sport si on veut attirer l’attention des médias !, sourit timidement Donna-Donny Truyens, le spécialiste belge n° 1 au cheval-d’arçons. Moi, en tout cas, cela n’a jamais été mon objectif. Je fais de la gymnastique par pur plaisir, pour voir jusqu’où je peux aller, le plus loin possible de préférence. Quand j’y arrive, cela me donne un “kick” incroyable, une énorme satisfaction. Que je garde pour moi. De toute façon, je suis d’un naturel discret. »

Truyens, comme les autres gymnastes de l’équipe belge, a sacrifié l’essentiel de sa vie à son sport. Depuis des années, il a rejoint le centre de haut niveau de Gand où il a répété ses gammes encore et encore. Une longue route, plus abrupte que celle des filles, qui n’ont que 4 agrès à maîtriser (pour 6 aux garçons) et à qui on demande d’être compétitives chez les seniors dès 16 ans (pour 18 aux garçons), tout juste au sortir de l’adolescence… quand elles n’y sont pas encore. Pour un garçon, il faut généralement 10 ans d’apprentissage pour être opérationnel au plus haut niveau.

« Sur l’ensemble de nos membres, il n’y a que 25% de garçons, explique Dirk Van Meldert, le coach de l’équipe masculine belge aux Mondiaux. Et on les trouve généralement dans les tranches d’âge les plus basses parce qu’une fois qu’ils atteignent 10-12 ans, la concurrence des autres sports devient trop forte pour nous. Il n’y a que les plus motivés qui restent. Car l’apprentissage est très long et très dur. »

Truyens, qui combine la gym avec des études d’infirmier, a résisté aux envies d’ailleurs et à la facilité du plaisir immédiat. Et, petit à petit, en domptant ses peurs avec l’aide d’un coach mental et en augmentant le degré de difficulté de ses évolutions, est devenu un expert dans sa branche. Avec, comme point d’orgue, une 7e place en finale au cheval-d’arçons lors des Mondiaux de Rotterdam, en 2010. Pour aller aux Jeux, en revanche, il sait que ses chances sont minimes ; pour y arriver, il devrait terminer dans le top 3 de son épreuve lors des épreuves pré-olympiques. Alors, il se contente de plaisirs fugaces, des médailles en Coupe du monde ou en Challenger Cup, par exemple.

« Réussir deux fois un exercice que j’ai minutieusement préparé me procure un bonheur énorme », dit celui qui sera le principal candidat à une place en finale dans le camp belge, à Anvers (il devra, pour cela, finir dans les 8 premiers lors des qualifications).

Ce bonheur serait, à n’en pas douter, partagé par les cinq autres membres de l’équipe masculine belge. Jimmy Verbaeys, Daan Kenis, Dennis Goossens, Thomas Neuteleers et Kristof Schroé partagent tous le même quotidien que Donna-Donny Truyens et sont les mieux placés pour comprendre ce qu’une performance signifie en termes d’heures de travail et de souffrance.

« Le fait d’être constamment ensemble à la salle d’entraînement pendant 28 à 30 h par semaine et d’avoir le même objectif décuple notre motivation, explique le Limbourgeois Thomas Neuteleers, un étudiant ingénieur civil qui s’exprime le mieux aux barres parallèles et au sol « même si je suis un allrounder à la base ».

La hantise de la blessure n’est jamais très loin non plus une fois que l’on arrive au plus haut niveau. Même s’ils sont très bien préparés et que l’échauffement constitue une partie importante de chaque session d’entraînement, les gymnastes sont toujours à la merci d’une mauvaise réception ou d’un mouvement mal effectué. D’où la nécessité d’avoir une confiance absolue en son coach. Et une grosse confiance en soi. « C’est surtout quand j’effectue un exercice pour la première fois qu’il y a une petite crainte, poursuit Neuteleers. On demande beaucoup à son corps par rapport à d’autres sports. Après, j’évite de penser à un éventuel accident… »

Dirk Van Meldert a cette jolie formule quand il évoque son sport et ses athlètes. « La gymnastique, c’est une très longue éducation. On y commence enfant et on y devient un homme. »

Tout est (bien) dit…

Cette entrée a été publiée dans Gymnastique, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>