Ingrid Berghmans, une pionnière justement récompensée

Ingrid Berghmans dans son élément, à quelques mètres de son club de fitness à Liège. Photo Roger Milutin.

Ingrid Berghmans dans son élément, à quelques mètres de son club de fitness à Liège. Photo Roger Milutin.

Il y a des certitudes dans la vie : la terre est ronde, après le lundi vient le mardi, les Diables rouges sont devenus invincibles (quoi que…). Dans le sport féminin belge, il a fallu attendre le début des années 80 pour que naisse une force de l’habitude que l’on n’avait jamais connue jusque-là : une championne bien de chez nous peut dominer sa discipline avec insolence dans et en dehors de nos frontières.

Ce qui est devenu une formidable évidence au cours de la première décennie de ce siècle, grâce à Justine Henin et Kim Clijsters, ne l’était pas jusque peu de temps avant leur naissance. Pensez donc : avant les JO de Los Angeles, en 1984, et les médailles de bronze d’Ingrid Lempereur en natation et d’Ann Haesebrouck en aviron, jamais une sportive belge n’était montée sur un podium olympique aux Jeux d’été. Et sans le boycott de l’URSS et de ses satellites lors de cette édition, on peut objectivement se demander si cette sécheresse n’aurait pas duré quatre ans de plus.

A cette époque, le judo féminin n’avait pas encore reçu l’onction olympique – il allait devoir attendre jusqu’en 1992 pour en bénéficier. Sans cela, il est pratiquement certain qu’Ingrid Berghmans aurait devancé ses deux consoeurs au tableau d’honneur qui orne le hall d’entrée du siège de Comité olympique et interfédéral belge (COIB). En 1984, en effet, elle comptait déjà quatre titres mondiaux à son actif, dont le premier avait été conquis en 1980, au Madison Square Garden de New York, lors de la première édition des championnats du monde féminins. Le premier d’une série de six… au milieu de sept titres européens et d’une multitude de médailles conquises lors des plus grands tournois.

Suivre Ingrid Berghmans durant ces « golden eighties », c’était la (quasi- ) garantie d’assister à une victoire, voire deux, puisqu’elle se permettait, sur un week-end, de s’aligner dans deux catégories, la sienne et l’ « open ». Dans cette dernière, il n’était pas rare de la voir, du haut de son 1,80 m et de ses 72 kg, affronter des filles à qui elle rendait souvent près de 50 kg qu’elle dominait grâce à sa science du combat et une condition physique au-dessus de la moyenne. Une condition physique qui lui permettait d’étouffer ses adversaires. Le rituel de ses combats était immuable : une fois ceux-ci lancés, elle attaquait et attaquait encore et quand l’arbitre les interrompait, elle courait jusqu’à sa position de départ pour repartir de plus belle pendant que les autres prenaient tout leur temps, histoire de récupérer. Essayer de la freiner était peine perdue.

Le judo était venu à elle un peu par hasard dans son village de Bourg-Léopold. « Mon père voulait que ma sœur et moi fassions du sport et, chez nous, à part un club de judo, il n’y avait pas grand chose… » Rapidement, elle avait démontré de vraies dispositions pour cette discipline et sa volonté à doubler sa palette technique – son uchi mata (projection avec lancement de jambe entre celles de son adversaire) et ses clés de bras étaient souvent imparables – d’une condition irréprochable (elle était la seule femme à suivre un programme réservé aux hommes, en prenant la foulée de Robert de Van de Walle) en avaient fait une véritable « machine à gagner ».

On ne dira jamais assez combien Ingrid Berghmans a eu un rôle de pionnière pour le sport féminin belge, a ouvert des portes et montré l’exemple à suivre aux générations futures. Outre ses prestigieux succès sportifs sur la scène internationale et le fanatisme qu’elle mettait dans sa préparation pour les accumuler qui ont permis à d’autres d’ouvrir les yeux, elle a été la première sportive dans notre pays à s’assurer une véritable aura médiatique, en grande partie grâce au charisme qu’elle dégageait. Un charisme qui lui a aussi permis d’être la première athlète féminine belge à soutenir des campagnes de publicité nationales (même si celles-ci le lui ont pas permis de faire fortune…) et d’avoir les honneurs d’un article dans le prestigieux magazine sportif américain Sports Illustrated.

Elle aurait sans doute gonflé un peu plus son palmarès sans des blessures à répétition qui ont fini par avoir raison d’elle. En 1989, quelques mois après avoir effectué un parcours éblouissant lors du tournoi de démonstration des Jeux de Séoul, alors qu’elle n’avait pas encore tout à fait récupéré d’une opération à un poignet, la perspective d’une autre intervention chirurgicale au genou allait avoir raison de sa patience et de ses facultés de résilience.

Assez curieusement, le judo belge n’a jamais su tirer profit de cette formidable championne et de ce qu’elle avait à donner. A l’heure de ranger son kimono, elle a attendu en vain une proposition de la Fédération flamande à qui elle avait pourtant fait des offres de service. « Le judo belge n’a jamais vraiment voulu de moi ; peut-être avait-on peur que je prenne trop de place… », dit-elle. Quelques mois plus tard, avec son mari Marc Vallot, aujourd’hui décédé, elle allait se lancer dans le business de la forme en ouvrant, à Liège, sa salle de fitness, le Vital Club Ingrid Berghmans. Vingt-et-un an après son ouverture, elle y est toujours aux commandes.

La Fédération internationale de judo (FIJ), elle, n’a pas oublié Ingrid Berghmans. En août dernier, elle a été la première femme à être intronisée dans son « Hall of Fame », qui regroupe ses plus grands champions. Et cette semaine, elle a été nommée à la tête de sa nouvelle commission chargée de veiller à l’égalité hommes/femmes et de la stimuler. Car même si le judo féminin a désormais acquis définitivement ses lettres de noblesse, « il n’est pas encore pratiqué partout, assure la Sportive belge du XXe siècle. Je me suis récemment rendue en Algérie et pour les filles, là-bas, faire du judo n’est pas évident. Etre présidente de cette commission est un grand honneur et j’espère modestement pouvoir faire bouger les choses. »

Sacrée bonne femme !

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2 réponses à Ingrid Berghmans, une pionnière justement récompensée

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  2. robert samson dit :

    Oui ingrid et robert nous on bien fait réve,aprés tant d’effort ,elle a le mérite et lui souhaite plein de soleil dans sa vie a venir .

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