Aude Aguilaniu, Belge et montagnarde

Aude Aguilaniu, une Belgo-Savoyarde qui n'a pas froid aux yeux. Photo D.R.

Aude Aguilaniu, une Belgo-Savoyarde qui n’a pas froid aux yeux. Photo D.R.

Ne pas avoir de pétrole mais des idées, c’est bien ; ne pas avoir de montagnes et, malgré tout, ramener des médailles des Jeux olympiques d’hiver, ça l’est tout autant ! C’est en tout cas le constat et la gageure du COIB, qui, à quelques semaines des Jeux de Sotchi (7 au 23 février 2014) a lancé sa campagne d’image le week-end dernier avec ce slogan. Un sacré pari quand on sait que depuis la première édition des JO d’hiver, en 1924, les Belges ne sont montés qu’à 5 reprises sur un podium, dont la dernière fois, en 1998, en patinage de vitesse, par l’intermédiaire de Bart Veldkamp, un Néerlandais naturalisé, aujourd’hui entraîneur de Bart Swings, qui sera sans doute la plus grande chance noir-jaune-rouge sur les bords de la mer Noire.

S’il est amusant, le « pitch » du clip ne convient toutefois pas à tous les candidats belges à la sélection pour Sotchi. Car parmi eux, on retrouve, avec Aude Aguilaniu, une Savoyarde pur jus, née à Bonneville il y a 25 ans, élevée à la tartiflette et au reblochon, et dont l’horizon a forcément toujours été accidenté et enneigé. Un environnement dont elle a profité pour s’essayer dans toutes les disciplines du ski alpin avant d’opter pour le skicross il y a deux ans, quelques mois avant de solliciter sa naturalisation pour représenter ce plat pays devenu officiellement sien en janvier 2013.

« J’avais de la famille éloignée du côté de mon père qui était belge, dit-elle quand on lui demande pourquoi elle a choisi la Belgique quand elle a décidé de changer de passeport. Avant d’ajouter : « Ce sont des problèmes relationnels avec certains entraîneurs que j’avais connu pendant mes cinq ans en « alpin » avec la France qui m’ont incitée à aller voir ailleurs. Je voulais bénéficier d’une plus grande liberté, travailler individuellement avec mon entraîneur Jérémie Collomb-Patton, je ne voulais pas rentrer dans un système fermé dans lequel j’avais du mal à m’adapter. Vous savez, je n’ai pas un fonctionnement trop cartésien ! »

Aude-la-rebelle, visage rayonnant au cœur duquel pétillent de grands yeux bleus, se félicite chaque jour du choix qu’elle a effectué à partir de la saison 2011-2012. Et la Belgique, pour laquelle la désormais citoyenne de Rixensart a réussi les critères de sélection en décembre dernier, est heureuse de pouvoir, grâce à elle, compter une sélectionnée olympique en puissance (NDLR : la sélection définitive pour Sotchi n’aura lieu qu’en janvier 2014) dans une discipline, le skicross, entrée pour la première fois au programme des Jeux d’hiver en 2010, à Vancouver. Une épreuve hautement spectaculaire née lors des X-Games, que l’on peut assimiler au BMX sur neige, une course d’une simplicité enfantine où quatre compétiteurs (trices) partent en ligne et dévalent le plus rapidement possible une piste de 600 m constituée d’éléments naturels ou artificiels comme des bosses ou des tremplins. Le premier (ou les deux premiers) arrivé(s) a (ont) gagné !

« C’est une belle discipline, raconte Aude Aguilaniu. Il y a l’excitation de la confrontation directe, la vitesse. Il faut y être polyvalent, il faut s’adapter aux éléments. Franchement, grâce au skicross, j’ai retrouvé le goût pour le ski, de nouvelles sensations. »

Des sensations qui, chez elle, s’étaient propagées très tôt « sous l’impulsion de ma mère », une ex-championne de ski, et qu’elles avaient pu développer au cours de son intégration dans le système fédéral français avant de se réorienter vers une cellule privée.

« En 2010, je suis partie pendant un an aux Etats-Unis, à l’université de Westminster à Salt Lake City (Utah). Je faisais partie de l’équipe de ski et j’ai fait le circuit alpin universitaire à l’issue duquel j’ai remporté le titre de championne du monde universitaire en super combiné. C’est à mon retour en France que j’ai opté pour le skicross, où j’ai d’emblée décroché le titre national et le classement général de la Coupe d’Europe. »

Cette année, malheureusement, elle a plus fréquenté les cabinets de son kiné que les pistes. La faute à une opération du ligament croisé antérieur et du ligament latéral interne de son genou droit (sa première) suite à un atterrissage un peu trop brutal lors d’une manche de Coupe du monde à San Candido, en Italie, il y a un peu moins d’un an. « Juste au moment où j’étais en train de monter en puissance… », ajoute-t-elle. Mais après une longue rééducation et un gros travail de conditionnement physique qu’elle a pu notamment effectuer à Liège, Aude Aguilaniu est aujourd’hui prête pour les grands défis d’une saison capitale, comme l’a démontrée sa 3e place lors des championnats d’Autriche, à Stubai, le 22 novembre dernier.

Les choses sérieuses commenceront pour elle le 7 décembre, à Nakiska, au Canada, théâtre de la première manche de la Coupe du monde. Et, au bout de la piste, c’est évidemment la perspective de Sotchi qui va entretenir sa flamme.

« Il est difficile de prétendre aujourd’hui à une médaille olympique, reconnaît-elle avec humilité. Je n’ai sans doute pas encore suffisamment d’expérience pour la revendiquer. Mais une chose est certaine : je vais tout mettre en place pour retrouver mon meilleur niveau et la confiance qui m’habitait avant ma blessure. »

Un bon postulat de départ qui pourrait déboucher sur d’agréables surprises.

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