Justine Henin, les mots pour le dire

Parmi ses multiples activités, Justine Henin s'occupe activement de son association "Justine for kids". Photo Belga.

Parmi ses multiples activités, Justine Henin s’occupe activement de son association “Justine for kids”. Photo Belga.

Elle était là, sur une petite estrade, quelques pense-bêtes en guise d’hypothétiques béquilles sous le coude. Face à elle, non plus, comme en ses plus beaux jours, les tribunes hypnotisées de Roland Garros ou de l’US Open mais une assemblée de « décideurs », des hommes et des femmes à qui on ne la fait plus et pourtant assis dans un silence de cathédrale, impressionnés, pour ne pas dire subjugués par tant de brillance et de maturité. Jacques Rogge venait à peine de lui céder le relais après en avoir dressé un bref portrait que Justine Henin, venue parler ce vendredi de « La reconversion du sportif de haut niveau » sous les ors du Cercle de Lorraine, le prestigieux « business club » bruxellois, se lançait dans un monologue de haut vol, ne fuyant aucun tabou.

« Oui, quand on a tout sacrifié pour sa passion pendant 25 ans, il est difficile de basculer dans une vie plus « normale », a-t-elle rapidement convenu. Oui, à cet instant, chacun fait selon ses possibilités. Oui, quand cela arrive, la dépression est fréquente. Oui, je suis passée par là et j’ai dû suivre une thérapie pour m’aider à retourner à la source. »

La force de Justine Henin, aujourd’hui, c’est de pouvoir parler de tout ça et de beaucoup d’autres choses avec un recul qui impressionne et émeut à la fois. Comme quand elle évoque ses débuts, à 5 ans, « via le ping-pong » (sic, sorry Jean-Mi…) qui allait rapidement se transformer en tennis. « Est-ce moi qui suis allée vers la raquette ou la raquette qui est venue vers moi ? Toujours est-il que c’est vite devenu une obsession. A 6 ans, déjà, tout était très clair pour moi : je voulais devenir une championne de tennis et toute ma vie et celle de ma famille s’est organisée en fonction de ça et que j’ai arrêté de vivre comme une fille de mon âge. »

Un rêve qui s’est mué en passion, puis en devoir, six ans plus tard, à la mort de sa mère, le vrai drame de sa vie. « A partir de là, raconte-t-elle, le tennis est plus devenu une mission qu’une vocation. C’était mon lieu de survie. »

Justine a beaucoup raconté. La rencontre avec Carlos Rodriguez, l’arrêt de ses études à 16 ans – « Parce que j’avais l’impression de perdre du temps par rapport aux autres joueuses de mon âge » – le départ du domicile familial, la souffrance et les succès. « J’ai toujours gardé mon cap. »

A l’entendre parler de sa « quarantaine forcée » pour le bienfait de sa carrière, de cet isolement volontaire survenu à ses plus grandes heures de gloire, nécessaire pour échapper aux sollicitations et rester dans sa bulle à l’heure où elle enquillait les tournois (43 titres dont 7 en Grand Chelem et une médaille d’or olympique, quand même…), on s’est demandé si elle aimait encore la Justine qu’elle était à l’époque, cette impitoyable « machine à gagner » qu’on atteignait si difficilement. Pas sûr…

« Un jour, j’en ai eu ras-le-bol, a-t-elle convenu quand il s’est agi d’évoquer sa première retraite, au printemps 2008. J’ai ressenti la nécessité d’ouvrir les tiroirs personnels que j’avais mis de côté. Sans cela, ils m’auraient rattrapé… »

Un arrêt bref, de moins de deux ans, pendant lesquels, pour échapper à la peur du vide, elle a accepté « tous les projets qu’on me proposait » avant de rapidement se retrouver en plein doute, seule et sans objectif. « J’avais sans doute le potentiel pour faire quelque chose, mais je ne savais pas quoi… » Alors, elle a raconté comment elle a repris le chemin des courts, en quête de cette adrénaline qui était jusque-là son moteur. Et comment la sauce n’a finalement jamais pris comme avant parce que « je n’étais plus la même. C’est là que je me suis dit qu’atteindre le plus haut niveau avec un équilibre parfait n’était pas possible… »

La blessure au coude survenue à Wimbledon 2010 qui allait, quelques mois plus tard, l’obliger à arrêter définitivement le tennis, elle la considère toujours comme « salutaire ». Parce que c’est elle qui, inexorablement, l’a obligée à revenir à la vie normale. « J’ai découvert que le monde avait de très belles choses à offrir. »

Le sien s’articule désormais autour de plusieurs axes. Son académie de Limelette. Son association « Justine for kids », qui vient en aide aux enfants malades et avec laquelle elle voudrait faire ouvrir une « maison de répit » qui servirait de lieu de vie intermédiaire avant le retour à la maison pour ces gosses qui souffrent. Sa famille, qui s’est agrandie avec l’arrivée, il y a huit mois, de sa fille, Lalie.

En regardant Jacques Borlée, venu assister à sa conférence, elle n’a pas manqué de dire que « ce devait être très compliqué (en tant qu’entraîneur) de s’occuper de ses enfants » mais que si sa fille décidait, dans quelques années, de jouer au tennis, elle sera aux premières loges pour « la mettre en garde » même si « tout le monde doit pouvoir vivre sa passion jusqu’au bout ».

Elle, en tout cas, a été passionnante. Du début à la fin d’un exposé qui a logiquement déclenché un tonnerre d’applaudissements. On souhaite bonne chance aux prochains invités du Cercle de Lorraine…

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3 réponses à Justine Henin, les mots pour le dire

  1. cchr07 dit :

    Bravo Justine, vous nous avez fait vibrer, on vous a soutenu, on vous a applaudi, vous avez porté haut les couleurs de ce pays, on admire votre abnégation et votre courage, n’en déplaise à vos détracteurs, aux esprits bornés qui n’eurent que critiques et calomnies à la bouche.
    Vous avez la lucidité rare que peu de championnes ont lors de leur retraite, je vous souhaite autant de bonheur dans votre nouvelle vie, qui semble enfin comblée, que lorsque vous étiez au faîte de votre gloire sur les courts, sans devoir endurer toutes les contraintes et douleurs y afférent.

  2. Rotiers Danielle dit :

    Trop peu de monde connaît l’autre face de Justine, cette de la “business woman”, celle qui a parfaitement réussi sa conversion en s’investissant à fond dans son Club et son Académie, celle qui partage ses connaissances avec les autres. Son Académie a déjà formé bon nombre de futurs champions et championnes, au niveau international et que l’on retrouve maintenant sur le circuit professionnel, pour ne citer qu’eux, Irina Khromatcheva, Lesia Tsurenko, Elina Svitolina, Maryna Zaneska, d’autres sont passées par l’Académie également, Ons Jabeur, Daniela Hantochova, Yanina Wickmayer, ce qui montre bien la renommée de l’école de cette championne d’exception. Par ailleurs Judy Murray, la mère du champion de Wimbledon est déjà venue aussi à Limelette pour se renseignement afin de former une même structure en Angleterre…

  3. christian dit :

    justine j’ai suivie le maxi de vos match bravo pour le plaisir que j’ai eu grosses bises sans oublier la petite futur number one byes

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