Les « Belgian Bullets », des « bobbeuses » qui ont besoin de vous

Hanna Mariën (à g.) et Elfje Willemsen, deux filles qui n'ont pas froid aux yeux dans leur terrible engin. Photo D.R.

Hanna Mariën (à g.) et Elfje Willemsen, deux filles qui n’ont pas froid aux yeux dans leur terrible engin. Photo D.R.

Il fait froid à Park City, dans l’Utah. Très froid. Trop froid. « Entre -15 et -20°, explique Hanna Mariën. Mercredi, l’entraînement a même dû être annulé parce que le froid avait fait craquer la glace de la piste ! » «On espère maintenant qu’il ne va plus neiger comme le jour où nous sommes arrivées, enchaîne Elfje Willemsen. La neige, c’est l’ennemie du bobsleigh car elle agit comme un frein… »

De l’autre côté de l’Atlantique, l’heure est à l’attente. Elfje Willemsen et Hanna Mariën ont très bien entamé le circuit de la Coupe du monde de bob à 2 la semaine dernière à Calgary, au Canada, en terminant 10es, leur meilleur résultat enregistré à ce niveau, et, pour autant que les conditions climatiques le leur permettent, n’ont qu’une envie : confirmer ce week-end.

Toutes deux anciennes athlètes, elles sont aujourd’hui aux portes d’une qualification définitive pour les Jeux de Sotchi avec leur 10e place au ranking mondial. « Il faudrait désormais une catastrophe pour que nous nous loupions », disent-elles. Pour Willemsen, une ancienne spécialiste du javelot de niveau national, ce sera la deuxième fois qu’elle participera aux JO d’hiver, quatre ans après ceux de Vancouver, où elle avait fini 14e en compagnie d’Eva Willemarck ; pour Mariën, ex-membre du 4 x 100 m qui avait décroché le bronze aux Mondiaux d’Osaka en 2007 et l’argent aux JO de Pékin en 2008, ce sera une grande première, doublée d’une pincée d’histoire puisqu’elle deviendra la première sportive belge à avoir réussi à doubler Jeux d’hiver et d’été.

« Quand j’ai arrêté l’athlétisme, au lendemain de la non-qualification du relais 4 x 100 m pour les Jeux de Londres, je me suis dit que j’avais besoin d’un nouveau défi, rappelle-t-elle. Alors, je me suis laissé entraîner à l’automne 2012 dans cette aventure du « bob » dans laquelle on essayait de m’attirer depuis deux ans. Je ne le regrette pas ! »

Avec sa puissance et son explosivité de sprinteuse, Hanna Mariën avait toutes les qualités requises pour faire office de « pousseuse-freineuse » dans le bobsleigh piloté par Elfje Willemsen. « Elle est la meilleure ; depuis qu’elle est arrivée, nous avons effectivement franchi un cap et notre objectif avoué est de terminer dans le top 10 aux Jeux », reconnaît cette dernière. Le rôle de Mariën ? Pousser puissamment le bob au départ, s’y engouffrer au dernier moment, se plier en deux pour n’offrir aucune résistance à la prise de vitesse et, à partir de là, ne plus bouger un cil jusqu’à l’arrivée avant de tirer les freins. « Un dixième de seconde gagné au départ, c’est trois dixièmes de seconde gagnés à la fin. »

Après une première saison passée à se familiariser à sa nouvelle discipline, à dévaler des pistes dans un engin de 200 kilos à plus de 130 km/h… et à réussir les critères exigés par le Comité olympique et interfédéral belge – une 12e place en Coupe du monde – Mariën, à l’instar de son équipière, a mis les bouchées doubles l’été dernier. Du travail de conditionnement physique et de musculation, essentiellement. « A partir de notre dernière compétition de la saison dernière, en février, nous sommes restées 8 mois sans faire de bob. C’était difficile… »

Depuis octobre, les deux « Belgian Bullets », le surnom dont on les a officiellement affublées, ont eu le temps de se familiariser avec leur nouvel outil de travail, un bobsleigh tout neuf qu’elles ont baptisé « Spanky », construit par leur nouveau coach, le Letton Janis Skrastins. « Le bob, c’est un peu la Formule 1 des sports d’hiver ; le matériel y est souvent prépondérant et plus il est bon, plus on va vite », dit Mariën. « Avec notre nouvel engin, nous gagnons plus d’une demi-seconde par descente ; c’est énorme et nous faisons désormais partie des meilleures », confirme Willemsen.

Mais tout cela a forcément un prix. Important. Si les deux « bobbeuses » belges peuvent compter sur le Bloso pour être assurée d’un salaire, et sur le COIB et leurs sponsors pour payer matériel et déplacements, elles ont du mal à s’en sortir financièrement pour le reste et doivent rogner sur à peu près tout.

« Pendant cette tournée américaine (Calgary la semaine dernière, Park City ce week-end, Lake Placid la semaine prochaine), nous n’avons, par exemple, pas pu emmener de kiné avec nous car nous n’en avions pas les moyens, explique Mariën. Ce serait pourtant bien nécessaire parce que notre corps est soumis à de terribles secousses lors de chaque descente. Il nous arrive de solliciter les kinés des autres équipes mais c’est très délicat car, après tout, nous sommes leurs adversaires… »

« En ce qui concerne le matériel, nous aimerions aussi pouvoir avoir de nouveaux patins, glisse Willemsen. Mais rien que pour en louer, il faut débourser 1.500 euros. Nous devons donc faire des choix. »

Pour tenter de devoir en effectuer le moins possible, les « Belgian Bullets » ont décidé, au début de la saison, de faire appel à la générosité du public via le crowdfunding, un appel au financement participatif. Via un lien internet qui leur est dédié (www.belgianbullets.be), elles sollicitent les dons pour pouvoir atteindre leur rêve olympique sans trop devoir casser leur tirelire. Mais, jusqu’à présent, sur le total de 25.000 euros dont elles auraient bien besoin, elles n’en ont récolté que… 5.215.

« Nous avons eu un peu de malchance que le patineur Bart Swings sollicite les gens de la même manière au même moment, disent-elles. Mais nous n’avons pas perdu l’espoir de voir ce montant évoluer. Même les dons les plus modestes nous feront du bien. »

Il reste 26 jours ce vendredi 6 décembre pour faire grimper la cagnotte. A vo’t bon cœur m’sieurs dames !

Cette entrée a été publiée dans Jeux d'hiver, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>