Arnaud Art, un retour « made in France »

Arnaud Art retrouve les sommets de la perche. Le fruit d'un gros travail après une année loin des sautoirs. Photo Belga.

Arnaud Art retrouve les sommets de la perche. Le fruit d’un gros travail après une année loin des sautoirs. Photo Belga.

On avait, il faut le dire, un peu perdu sa trace. Arnaud Art, gueule d’angelot, propulsé, à 16 ans, grand espoir du saut à la perche belge en 2009 à la faveur de sa victoire au Festival olympique de la jeunesse européenne à Tampere, avait disparu des écrans radar depuis l’été 2012, emporté par une pubalgie qui l’avait contraint à mettre les pouces pendant une période longue comme un jour sans pain et avait fait craindre le pire pour la suite de sa carrière.

« Une vraie galère, reconnaît-il. J’ai d’abord été opéré d’une hernie, mais cela n’a pas donné grand chose. Puis, on m’a administré des ondes de choc sur le pubis, qui était effrité, pour stimuler le processus de guérison qui tardait à prendre forme. »

Aujourd’hui, le Hannutois est à nouveau là, et bien là. Guéri. A quelques jours de son 21e anniversaire, il a confirmé, samedi, son retour vers les sommets en franchissant 5,50 m à Orléans, nouveau record personnel à la clé (son précédent, 5,46 m, remontait à février 2012), un bon mois après avoir refait surface à Villeurbanne, où il avait effacé une barre à 5,41 m pour sa première sortie depuis la finale des Mondiaux juniors de Barcelone, le 12 juillet 2012. « Comme j’ai commencé assez bas et que j’ai beaucoup sauté, j’étais un peu cuit sur la fin, dit-il. J’ai passé 5,40 m, puis 5,50 m à mon troisième essai. Mais, en chemin, j’ai aussi trouvé, je crois, la perche qui me convient pour aller plus haut ; mon prochain concours, j’espère pouvoir l’entamer plus tard pour garder du jus pour la fin!»

Ce prochain concours se déroulera ce week-end à Rouen. Puis, il se rendra à Dijon. Et à Nice. Un tour de France, celui du « Perche Elite Tour », qui est devenu son menu depuis qu’il s’est exilé à Bordeaux, il y a un an et demi pour rejoindre le groupe de l’entraîneur Georges Martin, une vraie référence outre-Quiévrain, où, en travaillant notamment au Racing aux côtés de Jean-Claude Perrin, il a formé une tripotée de champions, de Thierry Vigneron à Pierre Quinon, en passant par Romain Mesnil, Renaud Lavillenie et Damiel Dossévi.

« Je l’avais rencontré lors d’une compétition en France, explique Art. Il m’avait proposé de venir en stage à l’été 2012 et cela s’était plutôt bien passé. Avec mon coach de l’époque, Roland Elias, on a alors discuté de la pertinence d’un exil plus long et on est tous tombé d’accord ».

Georges Martin n’a jamais regretté un instant d’avoir accueilli le Belge, même s’il a dû attendre un an et sa guérison complète pour le voir débarquer sur son sautoir. Un an pendant lequel le perchiste n’a même pas pu courir un seul jogging et à l’issue duquel il a pratiquement fallu repartir de zéro.

« Arnaud a toutes les qualités requises pour faire un bon perchiste, dit-il : il est grand (NDLR : 1,87 m), il court vite et il est fort. Il est dans les eaux des autres gars avec lesquels j’ai travaillé. En plus, c’est un mec charmant et intelligent, qui est très appliqué et comprend facilement ce qu’on lui explique : l’entraîner n’est vraiment pas compliqué! Samedi, il a loupé 5,60 m de très peu avec une perche avec laquelle il n’allait jamais au-delà des 5,35 m ; ce n’est sans doute que partie remise. Et dire qu’on pensait qu’il allait au devant d’une saison de transition…»

S’il a dû ronger son frein avant de retrouver le chemin du stade – « Même s’il n’est qu’à 5 minutes de mon appartement ! » – à son arrivée en Gironde, en septembre 2012, au moment où il commençait à souffrir de l’aine, Arnaud Art affirme ne pas y avoir perdu son temps. « Tant à la Fédération qu’à l’Adeps ou au COIB, on m’a dit d’être patient. Et en m’enlevant toute forme de pression, on m’a ainsi permis de vivre ces premiers mois comme n’importe quel gars de 20 ans, notamment à l’Université de Bordeaux, où j’étudie l’économie et la gestion. Je bosse dans des conditions idéales, dans une ville qui est quand même assez bourgeoise, avec un climat très agréable. Lacanau n’est pas loin ; j’aimerais bien aller y faire du surf dès que j’en aurai l’occasion ! »

A la reprise des entraînements, en septembre, il avoue avoir souffert. « Après chaque séance, j’avais mal partout. J’avais perdu tous mes repères. Mais au bout d’un mois, je resautais déjà. » Georges Martin confirme, tout en précisant qu’il n’a jamais chargé la mule vu les antécédents de son nouveau poulain. « On a travaillé de manière classique et économique.»

Quand on lui demande ce qu’il a appris en partant dans le sud-ouest de l’Hexagone, Arnaud Art hésite. « Ici, on travaille beaucoup la technique. C’est la perche « à la française » ». Qui, au fil de l’histoire de cette discipline, a largement fait ses preuves. Pas étonnant, dès lors, qu’il espère y rester « le plus longtemps possible, et en tout cas jusqu’à la fin de mes études. »

Il sait qu’en Belgique, vu ses antécédents, on attend beaucoup de lui, ce qui ne le dérange pas outre mesure parce que « si on est bon, la pression fait partie du job ». S’il compte bien être à l’Euro de Zurich, cet été (il n’est plus qu’à 2 cm du minimum requis), il refuse toutefois de mettre à nu ses objectifs à long terme. « Je garde mon ambition pour moi. Je veux vivre ma vie indépendamment de la perche. »

Imparable.

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