Steve Darcis, la souffrance et l’espoir

Steve Darcis travaille d'arrache-pied pour redevenir un joueur de tennis. Au-delà de la souffrance. Photo René Breny.

Steve Darcis travaille d’arrache-pied pour redevenir un joueur de tennis. Au-delà de la souffrance. Photo René Breny.

Lundi 24 juin 2013. Dans un central de Wimbledon plein comme un œuf, Steve Darcis réussit devant 15.000 spectateurs, l’exploit de sa carrière en sortant Rafael Nadal au premier tour du tournoi londonien sur un score sans appel de 3 sets à 0 (7-6, 7-6, 6-4). La nouvelle fait forcément le tour de la planète tennis, où la performance du joueur liégeois est saluée de manière unanime ; il est, à cet instant, sur le toit du monde. Jeudi 23 janvier 2014. Dans l’une des deux chambres d’altitude du Centre d’Aide à la Performance Sportive, à Louvain-la-Neuve, Steve Darcis enfourne les kilomètres sur un tapis roulant pour se refaire une condition physique. Seul, avec son MP3 comme unique compagnon. Très loin des projecteurs.

Sept mois séparent ces deux moments et le contraste pourrait difficilement être plus saisissant. La gloire un jour, l’isolement le lendemain. On a beau se dire que la vie de sportif de haut niveau présente de multiples avantages, surtout dans les disciplines les plus médiatisées et les plus rémunératrices, elle offre aussi des moments d’extrême dureté quand la chance décide de vous tourner le dos.

Darcis, on le sait, n’a guère eu le temps de savourer sa performance de l’été. Une heure après sa victoire sur Nadal, il savait déjà qu’il n’irait pas plus loin dans ce tournoi qui ne s’était pourtant jamais si bien présenté à lui. Une douleur à l’épaule droite, son «bon côté», s’était réveillée et n’allait plus disparaître, le forçant à renoncer, la mort dans l’âme, à poursuivre sa route sur le gazon de Church Road. Et s’il allait reprendre le chemin des courts un mois plus tard, il allait devoir définitivement déchanter début octobre lors du tournoi challenger de Mons, en se rendant compte qu’il ne pouvait plus appuyer le moindre service et qu’il devait se contenter de remettre la balle sans force du fond du court.

« Quand j’ai consulté mon médecin, raconte-t-il, il m’a mis devant un choix cruel. Soit je continuais à jouer dans les mêmes conditions, c’est-à-dire en alternant les tournois et les longues périodes d’arrêt, soit je mettais un terme à ma carrière, soit on tentait une opération risquée pour rafistoler et renforcer mon tendon sus-épineux qui s’était effiloché au fil des ans. Comme j’avais fondamentalement envie de continuer, et même si on m’avait prévenu que j’allais souffrir, on a décidé d’opter pour la troisième solution. »

Avec le recul, il est arrivé à celui que l’on surnomme « Shark » de se demander s’il avait pris la bonne décision. On a beau avoir un surnom qui fait peur, il y a des douleurs qui s’avèrent insupportables et celles qu’il a endurées l’ont, assure-t-il, plusieurs fois mis au bord du K.O. surtout dans les premières semaines, passées le bras en écharpe, lorsque le moindre effort s’apparentait à l’ascension de l’Everest, l’ivresse de l’altitude en moins. « Si je n’avais pas été bien entouré, notamment par ma femme et ma fille, j’aurais sans doute basculé dans la dépression. Si j’avais su que je souffrirais autant, j’aurais sans doute renoncé à l’opération et arrêté le tennis. »

Maintenant qu’il a cédé à la tentation, il s’accroche aux signes de progrès qu’il enregistre régulièrement lors des séances de kiné et d’endurance auxquelles il s’astreint quotidiennement. « Cela évolue lentement, par paliers. Mais je recommence à être positif. Je sais que je ne suis pas fini. Quand je vois qu’il y a d’autres joueurs qui percent à 32 ou 33 ans, cela me motive. Et puis, mon entourage me pousse à ne pas baisser les bras. »

Outre ses proches, il peut compter sur les autres joueurs belges pour lui remonter le moral. « Avec Oli(vier Rochus), qui s’est fait opérer de la hanche un jour avant moi, et David (Goffin), on se téléphone souvent. En décembre, on est parti ensemble s’entraîner à Tenerife et cela a fait quelque peu passer la pilule. J’ai aussi le soutien sans faille de Johan Van Herck (le capitaine de Coupe Davis), qui est super présent. Le week-end prochain, pour le match au Kazakhstan, je serai derrière mon ordinateur pour les suivre. »

Le jeu, la passion qui le fait continuer, il espère le retrouver d’ici un mois, quand il sera apte à reprendre sa raquette en main. Et même s’il s’attend à souffrir au début –«Il faudra avoir le courage de passer au-dessus de la douleur»- il attend avec impatience la mi-mai, période programmée pour son retour en compétition, probablement pour les qualifications de Roland Garros.

« Je sais que revenir un jour dans le top 50 (NDLR : il est actuellement 170e au classement ATP où il est monté jusqu’à la 44e place en mai 2008) serait exceptionnel, mais je m’en sais capable si tout se passe sans problème. En attendant, je vais viser le top 100 en m’accrochant. Et si je n’y arrive pas en 2014, je compte sur les saisons suivantes. »

Jusqu’à quand ? A 29 ans, il n’a pas mis de terme à ses espérances. Il parle évasivement de Rio 2016, où il pourrait disputer ses troisièmes Jeux consécutifs, « ce qui serait hyper motivant », mais reste surtout réaliste.

« Il y a quelques mois, j’étais tellement peu sûr de pouvoir rejouer que je n’ai pas vraiment eu l’occasion de penser aux prochaines échéances. Je monterai sur un court tant que l’envie sera là et, surtout, tant que mon corps me le permettra. C’est lui qui me dira quand il sera temps d’arrêter, pas ma tête ! »

Cette entrée a été publiée dans Non classé, Tennis, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>