Van Snick : décryptage d’une affaire empoisonnée

 

Charline Van Snick est aujourd'hui face au combat le plus compliqué de sa jeune carrière. Photo AFP.

Charline Van Snick est aujourd’hui face au combat le plus compliqué de sa jeune carrière. Photo AFP.

Depuis que son contrôle positif à la cocaïne a été rendu public, le 14 octobre dernier, Charline Van Snick n’a eu de cesse de hurler son innocence, se basant notamment sur l’examen réalisé par le Pr Jan Tytgat, de la KUL, qui, après une analyse de ses cheveux, avait conclu que la judokate avait été exposée à de la cocaïne mais n’en avait pas consommé. Se défendre bec et ongles, c’est ce qu’elle continuera à faire lorsqu’elle se présentera devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), que son avocat Me Jean-Luc Flagothier a officiellement saisi il y a deux semaines afin d’obtenir une réduction de sa suspension initiale de deux ans.

« A partir de cet instant, nous avions 10 jours pour déposer notre mémoire et les pièces et désigner notre arbitre, ce que nous venons de faire, précise ce dernier. Le TAS va maintenant communiquer ces documents à la partie adverse – en l’occurrence la Fédération internationale de judo (FIJ) – qui aura, à son tour, 21 jours pour déposer son mémoire et choisir son arbitre. A la vue de ce calendrier, j’estime que les plaidoiries devraient avoir lieu dans 2 à 3 mois. »

Une bonne idée, cette requête ? Plaider devant une assemblée de juristes indépendants plutôt que devant des médecins de la Commission médicale de la FIJ, comme cela avait le cas le 14 décembre, à Budapest, devrait sans doute lui garantir plus d’objectivité. Mais il semblerait, selon certaines sources, que l’acharnement de la Liégeoise, les moyens mis en œuvre et les fuites initiales sur les résultats du contrôle auraient passablement indisposé Marius Vizer, l’autoritaire président de la FIJ. Alors qu’il aurait visiblement été prêt à se montrer magnanime si Charline Van Snick avait plaidé, seule, sa bonne foi, il estimerait désormais que cette affaire est en train de salir le judo et ne voudrait plus lui faire le moindre cadeau.

D’autant que, parallèlement à cette action, Charline Van Snick et son conseil ont également déposé une plainte contre X au civil pour empoisonnement. Dans la droite ligne de ses dénégations, la Liégeoise espère ainsi trouver une explication à ce qu’elle estime inexplicable, c’est-à-dire la présence de métabolites de cocaïne trouvées dans ses urines après le contrôle du 26 août, à Rio.

Personne n’est nommément mis en cause dans cette autre affaire, mais il est évident que le clan Van Snick a surtout un homme dans son viseur : Damiano Martinuzzi, celui qui était « sur la chaise » pour la coacher lors des Jeux de Londres 2012 et avec lequel elle a rompu peu après l’Euro de Budapest 2013. Une séparation brutale, sur fond de reproches mutuels et d’accusations graves, qui a laissé pas mal de traces de part et d’autre.

La plupart des personnes qui se trouvaient dans l’environnement immédiat de Charline Van Snick dans les jours qui ont précédé sa sortie aux Mondiaux ont récemment été interrogées ou sont en passe de l’être par les enquêteurs de la police judiciaire en charge du dossier. L’objectif est de « revisiter » avec la plus grande exactitude l’emploi du temps de la judokate durant cette période pour voir si son attention aurait pu, à un moment, être détournée pour pouvoir la contaminer « à l’insu de son plein gré ». Essayer de voir jusqu’où aurait pu se nicher le grand complot, si grand complot il y a eu. Une éventualité qui, selon la principale intéressée, n’est pas impossible car, comme elle le répète, « il y a des brèches » dans ce type de compétitions, où les athlètes se retrouvent le plus souvent entassés dans des salles d’échauffement, leur sac de sport (et tout ce qui s’y trouve) ouvert à tous vents.

Mais cette opération est d’autant plus compliquée que l’on se rend compte, en grattant un peu, que le contrôle social que la Ligue belge de judo aurait pu (dû ?) exercer sur ses athlètes durant ces Mondiaux pour que les deux parties se rassurent mutuellement s’est révélé totalement absent.

Pour commencer, il faut savoir que les membres francophones de la délégation sont arrivés en ordre dispersé au Brésil ; le président Michel Bertrand, le secrétaire général Jean Grétry, le coach Damiano Martinuzzi et le judoka Joachim Bottieau sont partis ensemble le 21 août de Bruxelles à l’heure où Charline Van Snick embarquait – seule – pour Rio… de son côté, le directeur technique Cédric Taymans n’arrivant, lui, que le 24.

Sur place, en raison d’une incompréhension au moment de la réservation des chambres, les délégations francophone et flamande ne logeaient pas dans le même hôtel ; peu pratique, notamment pour le kiné (flamand) de l’équipe belge qui a dû se déplacer en taxi avec sa table de massage pour aller traiter Charline Van Snick avant sa compétition quand ce n’est pas elle qui faisait le chemin inverse…

Enfin, en raison du calendrier et des besoins de chacun, une grande latitude a été laissée aux judokas dans leur emploi du temps. Celui de Charline Van Snick, à la fois en phase délicate de fin de régime pour pouvoir arriver aux moins de 48 kg exigés et peu encline à frayer avec Martinuzzi, aurait essentiellement consisté à rester dans sa chambre. Seule, d’abord, parfois avec son compagnon, venu la rejoindre, ensuite.

Même si les athlètes sont majeurs, vaccinés et expérimentés, leur laisser un maximum d’autogestion dans des moments de grand stress comme des championnats du monde n’est pas forcément la panacée ; les protéger contre les autres et contre eux-mêmes est, en revanche, plus qu’une priorité, un devoir. Dans le cas présent, c’est, hélas, une évidence difficile à nier.

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Une réponse à Van Snick : décryptage d’une affaire empoisonnée

  1. Smette dit :

    COURAGE ET PATIENTE TU EN RESSORTIRAS ENCORE PLUS FORTE CE QUE TU PASSES EST TERRIBLE MAIS FAIS CONFIANCE À TA FORCE INTERIEURE SERS TOI DE CETTE “RAGE “POUR QU’ELLE SOIT FORCE EN TOI.
    Toujours avec toi Michmarraine

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