Jorik Hendrickx, l’héritier en patins

Jorik Hendrickx a pris ses marques à l'Iceberg Skating Palace de Sotchi. Maintenant, il faut passer à l'action. Photo Belga.

Jorik Hendrickx a pris ses marques à l’Iceberg Skating Palace de Sotchi. Maintenant, il faut passer à l’action. Photo Belga.

Au cours de cette dernière décennie, le patinage artistique masculin belge s’était figé sur le visage et les quadruples sauts de Kevin Van der Perren, envoyé spécial successif aux JO de Salt Lake City 2002, Turin 2006 et Vancouver 2010. Cette année, le citoyen de Ninove, 31 ans et rangé de la glace, assistera depuis sa patinoire fétiche de Liedekerke, transformée pendant deux semaines en « Sochi House », aux évolutions de son digne successeur, Jorik Hendrickx, 21 ans, le benjamin de la délégation belge en Russie. Un gamin prêt à reprendre le flambeau, dès ce jeudi, à l’Iceberg Skating Palace, en tâchant de ne pas décevoir celui qui l’a inspiré même si, comme il l’avoue, il n’a pas le même profil que lui.

« Je ne maîtrise pas encore les « quads » comme Kevin, admet-il. C’est très difficile. Mon corps n’est pas encore prêt à le faire ; je manque de puissance et de technique pour y arriver. Je suis à Sotchi avant tout pour prendre de l’expérience en vue des Jeux suivants, à PyeongChang, en Corée du Sud, en 2018, où je devrais avoir un autre niveau ! » Des Jeux où il espère pouvoir se rendre en compagnie de sa petite sœur, Loena, âgée de 13 ans aujourd’hui, mais qui possède, selon lui, « un gros potentiel et plus de talent que (moi) ».

Pour ses premiers Jeux, à 19 ans, Van der Perren avait accroché une belle 12e place dans l’Utah. Hendrickx, lui, a des ambitions plus modestes… pour le moment. Son objectif principal, dans une épreuve où le principal (l’unique ?) favori sera le triple champion du monde canadien Patrick Chan, sera d’accrocher la finale en se classant parmi les 24 premiers (sur 30) du programme court de jeudi ; ensuite, il sera temps de jouer son va-tout lors du libre de vendredi.

« Jusqu’en 2010, avoue-t-il, les Jeux étaient pour moi un rêve inaccessible. Mais, à partir de là, j’ai commencé à être soutenu par le Bloso et le COIB (NDLR : via le programme Be Gold réservé aux jeunes espoirs du sport belge) et tout a changé. »

En 2012, il allait ainsi franchir un cap, en terminant 9e aux championnats d’Europe de Sheffield, score confirmé il y a un mois, lors de l’édition 2014, à Budapest. Avec, entre-temps, une 19e place aux Mondiaux 2013, à London, au Canada, qui lui a assuré un viatique pour Sotchi de la part de sa fédération internationale.

Né à Turnhout, en Campine, le 18 mai 1992, Jorik Hendrickx a découvert le patinage dès ses 6 ans, en suivant ses deux frères aînés à la patinoire locale, où ils jouaient au hockey sur glace. Mais au lieu d’accrocher au stick et au palet, le citoyen d’Arendonk s’est rapidement orienté vers le patinage artistique, ce sport qui, lors de chaque compétition majeure, scotche des millions de téléspectateurs devant leur petit écran. « J’ai tout de suite été conquis », reconnaît-il. Cinq ans plus tard, il disputait ses premières compétitions sous la houlette de Carine Herrygers, qui est toujours son entraîneur aujourd’hui et avec laquelle il travaille essentiellement à Tilburg et à Eindhoven, juste de l’autre côté de la frontière.

« Il y a une vraie complicité entre nous. En plus de me coacher, c’est elle, aussi, qui fabrique mes costumes de compétition avec sa mère ! Pour les Jeux, je lui ai demandé de me faire quelque chose d’assez neutre. Je ne suis pas très bling bling… »

Le sens artistique et visuel, travaillé activement l’an dernier, aux Etats-Unis, avec la choréographe Américano-Estonienne Shanetta Folle, qui s’est notamment occupée de la vice-championne olympique 2010, la Japonaise Mao Asada, et qui assiste aujourd’hui le Français Florent Amodio, est pourtant le point fort de Hendrickx. Il précise avoir été amené à le développer pour entrer dans les grâces des juges, qui, dit-il, en font une priorité. « Je dis toujours que si on mêlait mes qualités à celles de Kevin Van der Perren, qui était un patineur très physique, on aurait une combinaison parfaite. »

Comme d’autres, il n’a pas été épargné par les bobos qui, à plusieurs reprises, ont sérieusement freiné sa progression. En 2008, une blessure à l’aine l’a contraint à prendre quatre mois de repos complet avant d’entamer une longue et pénible rééducation. Et, fin 2012, alors qu’il avait terminé 4e du programme court du Trophée Bompard, il a dû renoncer au libre après s’être occasionné une fracture de la cheville, avec arrachement ligamentaire au péroné. « Depuis, je dois faire de nombreux exercices de stabilisation et de renforcement. »

Après avoir entamé des études en management et marketing sportif à l’Université Johan Cruyff, aux Pays-Bas, Jorik Hendrickx a décidé de se consacrer à temps plein au patinage « parce que c’est ma vie ». Actuellement 33e au ranking mondial ISU dans ce sport où la subjectivité des juges peut parfois s’avérer frustrante, surtout quand on vient d’une nation qui ne représente pas grand chose sur l’échiquier, il a pris son parti de ne devoir compter que sur lui-même.

« C’est sûr que les grands pays du patinage, avec leur prestige et leur plus grande capacité de lobbying ont un avantage, mais c’est quelque chose que j’ai appris à accepter. Depuis 2002 (NDLR : et le scandale des juges lors de l’épreuve de couples des Jeux de Salt Lake City), les cotations sont quand même plus objectives, chaque mouvement a un pointage de base. J’essaie surtout de m’appliquer sur mon programme et de disputer un maximum de grandes compétitions, parce que c’est comme ça que l’on se fait connaître des jurys. »

Et que l’on apprend à le dompter. Patiemment. Obstinément. Passionnément.

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