Jérôme Kahia, l’athlétisme rafraîchissant

Kahia a imposé sa pointe de vitesse pour devancer Moukrime sur 1.500 m. "J'ai utilisé mes armes..." Photo Belga.

Kahia a imposé sa pointe de vitesse pour devancer Moukrime sur 1.500 m. “J’ai utilisé mes armes…” Photo Belga.

Il n’a ni le talent des frères Borlée ni l’aura précoce de Nafi Thiam. Pourtant, samedi, lors des championnats de Belgique d’athlétisme en salle, à Gand, Jérôme Kahia a été l’un des grands vainqueurs de la journée. Après s’être réfugié pendant près de six tours dans l’aspiration du Liégeois Tarik Moukrime, le favori logique d’un 1.500 m délaissé au profit du cross par Pieter-Jan Hannes et Jeroen D’hoedt, il a fait parler sa pointe de vitesse dans les 50 derniers mètres pour venir coiffer son copain sur le fil et remporter le cinquième titre national de sa carrière. « Ce n’était peut-être pas très respectueux pour Tarik, a-t-il humblement reconnu. Mais j’ai utilisé à fond ma principale qualité, celle de pouvoir en « remettre une couche » dans les 50 derniers mètres. Il faut savoir que je viens du 800 m ! J’aurais pu craquer, je ne l’ai pas fait… »

Ce duel « old school » dans une épreuve de demi-fond , même bouclé dans un chrono moyen de 3 min 43.85 par le vainqueur, a rappelé combien ce type de course était l’essence même de l’athlétisme. Un principe que l’on a malheureusement perdu au fil des ans dans le premier sport olympique, à force d’assister à ces courses au record emmenées pour des athlètes qui disparaissent aussi vite qu’ils sont arrivés par des « lièvres » qui font généralement mal leur travail. Des courses tellement inintéressantes qu’elles ont fini par lasser et par plonger l’athlétisme dans une grosse crise identitaire dont il ne sort plus qu’épisodiquement, par la grâce de l’omniprésence d’Usain Bolt ou d’un fabuleux exploit à la Renaud Lavillenie.

Jérôme Kahia ne côtoiera sans doute jamais ces deux « monstres ». L’athlète de La Forestoise, dont la modestie du triomphe, samedi, avait quelque chose de poignant, connaît sa place et sait mesurer ses ambitions, lui dont le principal fait d’armes, à 24 ans, est d’avoir conquis deux titres aux… championnats du monde travaillistes l’été dernier.

« J’ai été aidé pendant deux ans par la fédération de 2008 à 2010, explique-t-il. A cette époque, j’ai bénéficié d’un contrat d’élite. Le malheur a voulu que je contracte une mononucléose au même moment. Du coup, on a fermé les robinets. »

A la décharge de la fédération, on dira que la discrétion de ses records personnels (1.48.39 sur 800 m et 3.43.96 sur 1.500 m) ne justifiait sans doute pas qu’on les laisse ouverts. Mais le Bruxellois, au lieu de se satisfaire de la fin de cette reconnaissance, a continué à se battre avec ses moyens.

« En Belgique, pour être aidé, il faut être très fort très jeune, raconte-t-il. Je n’ai commencé l’athlétisme qu’à 18 ans et pour des gars comme moi, c’est très compliqué. Je veux montrer à la fédération qu’elle s’est trompée. »

Pour y arriver, ce régent en éducation physique (sans affectation pour le moment) a décidé de tout miser sur son sport. Avec le soutien financier de sa compagne, de sa famille et de son club et les plans d’entraînement de son coach de toujours, Willy Van Bogaert. Dans quelques semaines, il partira en stage d’altitude à Flagstaff, en Arizona, sur fonds propres pour tenter de mettre toutes les chances de son côté en vue de la réalisation du minimum qualificatif pour l’Euro de Zurich.

« J’ai toujours l’ambition de redevenir athlète professionnel, assure-t-il. Et Zurich, j’y crois plus que jamais… » Même s’il devra, pour cela, « gratter » plus de 5 secondes à son record personnel…

Vivre pour de tels défis a quelque chose de fou. Et d’immensément rafraîchissant !

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