Katrien Aerts, la funambule aux 37 printemps

Katrien Aerts ne se plaint de rien à Sotchi. Elle est simplement heureuse d'être là, pour ses premiers et derniers Jeux olympiques. Photo Belga.

Katrien Aerts ne se plaint de rien à Sotchi. Elle est simplement heureuse d’être là, pour ses premiers et derniers Jeux olympiques. Photo Belga.

Avec ses 37 ans, elle fait un peu figure d’incongruité dans son épreuve, le ski halfpipe, que le CIO a admis pour la première fois au programme des JO d’hiver, à Sotchi, dans son souci de s’adapter aux nouvelles tendances des sports d’hiver, ces sports « fun » censés attirer les jeunes pratiquants et (télé)spectateurs qui les « kiffent ». Mais Katrien Aerts, dont les 13 filles qui la devancent au ranking mondial de sa discipline sont toutes (nettement) moins âgées qu’elle, s’en moque. « Cela faisait tellement longtemps que je rêvais d’aller aux Jeux, cela représentait tellement pour moi… », dit-elle, à la veille d’entrer en piste, ce jeudi, à l’Extreme Park de Rosa Khutor.

« Je mets sans doute plus de temps que les autres à progresser, reconnaît-elle quand on lui demande si la différence de génération avec ses concurrentes n’est pas trop handicapant. Elles ont moins peur que moi d’essayer de nouvelles figures. Mais je compense avec ma force mentale. Et même les risques calculés que je prends me procurent un « kick » incroyable ! »

La doyenne de la délégation belge vit un rêve éveillé en Russie et l’enthousiasme qu’elle dégage est communicatif. « Je suis contente que les entraînements ont débuté, déclarait-elle ce lundi après avoir effectué ses premiers « runs ». La qualité du tube est bonne. La neige est un peu molle et je préfère quand elle est un peu glacée mais ils (les organisateurs) font beaucoup d’efforts. Ce n’est pas plus dangereux ici qu’ailleurs. J’attends cela avec un énorme appétit. Pour moi, on peut commencer ! »

Son histoire est aussi banale qu’exemplaire. Si elle est pro depuis 2011, cinq ans après avoir disputé ses premières compétitions en halfpipe, Katrien Aerts a surtout découvert le ski comme des millions d’autres Belges, en partant, en famille, aux sports d’hiver. «J’avais 5 ans quand on m’a mise pour la première fois sur des skis, se souvient-elle. A partir de là, pendant toute ma jeunesse, je suis allée à la montagne une à deux fois par saison jusqu’à mes 15 ans. Puis, alors que j’avais arrêté, j’ai contracté à nouveau le virus lors d’un stage de ski pendant mes études universitaires en éducation physique. Et une fois celles-ci terminées, en 1998, je n’ai plus jamais cessé de me rendre chaque année dans une station de sports d’hiver pour toute la durée de la saison. »

Pour vivre sa passion retrouvée, elle a commencé par jouer les monitrices de ski, à Maloja et Leysin, deux villages suisses qui servent de camps de base à bon nombre d’écoles belges pour leurs « classes de neige ». Mais, parce que cet emploi du temps lui en laissait trop peu pour s’entraîner dans ces « fun parks » qui commençaient à pulluler, elle a bifurqué vers un emploi de réceptionniste dans un hôtel, à Tignes. « Je bossais le matin et le soir, ce qui me laissait l’occasion de skier durant la journée et d’améliorer ainsi mon niveau. »

Cette vie, faite de sacrifices et de systèmes D, Katrien Aerts n’y a pas encore totalement renoncé. Même si tout est plus facile aujourd’hui, parce que les pouvoirs publics et le COIB ont décidé de la soutenir, la petite Campinoise – 1,60 m pour 50 kg – continue à compter ses sous pour maximaliser le temps qu’elle passe sur les lattes. « Je pratique un sport onéreux, à la fois à cause du matériel et des déplacements que l’on est obligé de faire pour aller s’entraîner. En été, quand je suis en Belgique, je vis dans une caravane, sans luxe ostentatoire… si ce n’est qu’elle se trouve à côté d’un plan d’eau où je peux faire du kayak ! Je n’ai ni la télé ni internet ; chaque euro que j’épargne ainsi, je le remets dans mon ski. »

Du ski qu’elle s’en va pratiquer en Nouvelle-Zélande ou aux Etats-Unis quand la neige fait grève en Europe. Une vie de bohême et de plaisir avec, parfois, quelques contretemps, sous la forme d’une grosse blessure au genou gauche (en 2012) ou d’une opération au coude (l’été dernier). « Aujourd’hui, j’ai récupéré, mais je continue à faire attention, notamment en faisant beaucoup de musculation. »

Si elle n’a pas encore fixé la date où elle arrêtera la compétition, la native de Geel sait que ses premiers Jeux d’hiver seront aussi ses derniers. « J’irai peut-être jusqu’aux Mondiaux 2015, en Autriche, mais je n’ai encore rien décidé ». Du coup, elle est prête à tout donner ce jeudi, avec l’ambition de se qualifier pour la finale, qui réunira les 12 meilleures des 24 participantes, puis de finir dans le top 8.

« En fait, conclut-elle, ce que je veux surtout, c’est skier à mon niveau pour pouvoir montrer à tout le monde ce que je vaux vraiment. »

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Une réponse à Katrien Aerts, la funambule aux 37 printemps

  1. Ski dit :

    Terminer avec une participation au JO, ça doit être le rêve de tout sportif.
    Je n’aurais jamais cru qu’il y avait de la neige en nouvelle-Zélande sinon !

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