La natation francophone se remet à l’eau

Le retour de Fanny Lecluyse au Dauphins Mouscronnois, où elle a retrouvé son coach Horatiu Droc, est une bonne affaire pour la FFBN. Photo Pierre-Yves Thienpont.

Le retour de Fanny Lecluyse au Dauphins Mouscronnois, où elle a retrouvé son coach Horatiu Droc, est une bonne affaire pour la FFBN. Photo Pierre-Yves Thienpont.

Il suffirait de presque rien, chante Serge Reggiani, dans l’une de ses plus belles chansons d’amour. En sport, aussi, il suffit parfois d’un tout petit quelque chose pour changer fondamentalement un paysage et des perspectives.

Prenez la natation francophone, qui organises ses championnats, ce week-end, dans la piscine Helios de Charleroi, entièrement remise à neuf. Il y a un an d’ici, elle ne comptait plus qu’un seul nageur d’élite, François Heersbrandt en l’occurence, suite au départ, quelques mois plus tôt, vers un club du nord du pays, de Fanny Lecluyse et de Glenn Surgeloose (un départ qui n’était en fait qu’un retour pour ce dernier) et la non-reconduction du contrat de Yoris Grandjean, et on se demandait comment elle allait s’en sortir.

Aujourd’hui, tout a changé. Fanny Lecluyse a revu son jugement après une année ratée et est revenue au Dauphins Mouscronnois, où elle a retrouvé son entraîneur Horatiu Droc, entraînant dans son sillage son compagnon Jonas Coreelman, le meilleur brasseur du pays, qui ne souhaitait pas rester à Wachtebeke sans elle ; Yoris Grandjean est rentré dans les grâces de la Fédération Wallonie-Bruxelles et a reçu un nouveau contrat après sa bonne sortie lors de l’Euro en petit bassin de Herning, en décembre, où il faisait partie du relais 4 x 50 m libre médaillé de bronze ; et, enfin, la Fédération francophone de natation (FFBN) a engagé, en octobre 2013, un nouvel entraîneur fédéral, Ronald Claes, pour seconder le directeur technique Philippe Midrez.

De l’avis unanime, l’arrivée de Claes est sans doute ce qui est arrivé de mieux à la natation du sud du pays depuis des années. A 34 ans, ce Limbourgeois est un expert reconnu, qui, après s’être fait les dents pendant 4 ans à la « topsportschool » de la Fédération flamande, a guidé pendant 5 saisons la destinée de la natation irlandaise, jusqu’aux Jeux de Londres, où elle avait 4 représentants (un de plus que quatre ans plus tôt, à Pékin). « Un homme que nous souhaitions recruter depuis plusieurs années », insiste Paul Evrard, le président de la FFBN.

« Je suis là pour soutenir les entraîneurs de tous les clubs qui sont tournés vers le haut niveau, précise Claes. Depuis mon engagement, j’en ai rencontré beaucoup à l’occasion de toutes les visites que j’ai effectuées un peu partout dans les piscines de Wallonie. J’ai parlé avec eux, avec les présidents. Tout cela sera largement évoqué lors de notre assemblée générale du 15 mars. Mais s’il y a une conclusion que je peux déjà tirer aujourd’hui, c’est qu’il y a du talent et du potentiel pour arriver au haut niveau. Partout. »

Derrière les quatre « locomotives » seniors que sont Grandjean, Hersbrandt, Coreelman et Lecluyse et les deux jeunes qui s’en rapprochent –Joan Grandjean et Noémie Midrez – la FFBN peut compter, selon lui, sur une cinquantaine d’espoirs potentiels. « C’est une base de travail très intéressante mais il faut pouvoir garder tout le monde ».

Car l’autre constatation dressée par le nouvel entraîneur fédéral est la même que celle que martèlent depuis des années les dirigeants administratifs et sportifs de la FFBN. « Il faudrait une vingtaine de piscines supplémentaires et, surtout, des couloirs à des heures raisonnables pour que les clubs puissent travailler de manière convenable. Il est très difficile pour des jeunes de s’entraîner jusque 22 h le soir et d’être à nouveau là le lendemain, dès 6 heures, avant d’aller à l’école, parce qu’il n’y a qu’à ces moments-là que leur club a un accès à l’eau… »

L’idéal serait de bénéficier d’une vraie piscine fédérale de 50 m, réservée prioritairement aux élites, dans un centre de haut niveau ou au sein d’une université. Un rêve qui a évidemment un coût et qui ne peut être réalisé que s’il y a un choix politique, sans doute délicat à faire en ces temps de disette budgétaire. « Nous n’avons pas besoin que nos 84 clubs se spécialisent tous dans le haut niveau, ajoute Claes. Ce n’est pas possible. Mais si nous avions déjà 5 ou 6 centres, bien disséminés, avec des entraîneurs professionnels – nous sommes l’un des rares pays à ne pas en avoir… -, on pourrait faire du très bon travail. »

Un de ces centres serait, à n’en pas douter, situé à Mouscron « même si le fait que la ville n’a pas d’offres en matière d’enseignement supérieur universitaire est un problème », selon Claes. Avec Fanny Lecluyse et Jonas Coreelman, mais aussi les jeunes Thomas Dal et Logan Vanhuys, le club frontalier, où les conditions de travail sont sans doute les meilleures de Wallonie, est en train de s’ériger en nouvelle place forte de la natation francophone.

« Fanny est très motivée et c’est le plus important, souligne Ronald Claes. Elle travaille très bien et a fait de gros progrès au niveau de la condition physique. Quant à Jonas, son arrivée peut faire du bien au groupe, car il servira d’exemple. »

Le retour sur les tablettes fédérales de Yoris Grandjean, qui avait menacé d’arrêter la natation s’il n’était plus aidé, est également une bonne nouvelle. Ronald Claes s’est rendu la semaine dernière à Marseille pour s’entretenir avec le Liégeois et le staff du club phocéen et ce qu’il a vu et entendu lui a beaucoup plu. « J’ai eu de très bonnes discussions, insiste-t-il. Ils ont visiblement changé leur philosophie et vont beaucoup plus miser sur le travail de fond en vue de Rio après deux années mois bonnes. Ils vont aussi faire appel à notre compatriote Jan Olbrecht, le spécialiste (internationalement reconnu) en physiologie de l’effort, qui va les aider. Yoris va travailler tant sur 50 que sur 100 m, et tant en crawl qu’en papillon. C’est bien parce qu’il aura une préparation très complète. »

Quant à François Heersbrandt, dont le coach personnel Rudy Declercq n’a toujours pas de statut pro après une année de palabres, Claes l’acompagnera dans quelques jours, du 9 au 20 mars, en Italie, où il s’entraînera avec le Russe Evgeny Korotyshkin, le médaillé de bronze du 100 m papillon des JO de Londres, membre du « ADN Swim Project » dirigé par Andrea di Nino. « François (NDLR : qui a été blessé au genou ces dernières semaines) est un nageur très doué pour lesquels tous les détails deviennent super importants. J’aimerais le voir dans une situation stable et professionnelle pour voir jusqu’où il irait. Mais je ne suis là que pour donner mon avis ; après, c’est l’athlète qui choisit sa voie et fait ce qu’il veut ».

Même si on sait qu’il suffit souvent de presque rien…

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