Et à PyeongChang, en 2018, on fera encore mieux !

Emmenée par Hanna Mariën lors de la cérémonie d'ouverture, la délégation belge a fait mieux que se défendre à Sotchi. Photo AFP.

Emmenée par Hanna Mariën lors de la cérémonie d’ouverture, la délégation belge a fait mieux que se défendre à Sotchi. Photo AFP.

On s’y était habitué. Un petit bain de sports de neige et de glace pendant deux bonnes semaines pour un plaisir quotidiennement renouvelé, entre skeleton et mass start, entre halfpipe et triple lutz, vocabulaire aussi exotique que certaines disciplines devenues subitement passionnantes avant de rentrer – qui sait ? – dans leur tanière pour quatre ans. Mais même si ce n’était pas la ville de nos premiers amours, Sotchi, c’est bel et bien fini…

Pour la mini-délégation belge, le bilan de ces 22es Jeux d’hiver peut se regarder sans honte. Avec, tout en haut, une 4e et une 5e places pour le remarquable Bart Swings en patinage de vitesse et une 6e place pour les deux « Belgian Bullets » Elfje Willemsen et Hanna Mariën en bobsleigh, elle ramène au pays trois diplômes olympiques, ces documents que l’on décerne aux 8 premiers de chaque épreuve. Moins prestigieux qu’une médaille, certes, mais une preuve que l’on a bien travaillé et que l’on figure dans le top mondial, ce qui est une belle preuve de reconnaissance.

Pour la première fois depuis très longtemps (depuis toujours ?), un bilan belge aux JO d’hiver ouvre aussi des perspectives d’avenir. Dans quatre ans, à PyeongChang, en Corée du Sud, Swings, qui n’a toujours que trois ans de patinage dans les jambes, aura gagné en expérience et devrait être, à 27 ans, au sommet de ses capacités physiques. Le bob, lui, pour autant qu’il soit soutenu pour faire face à la « guerre technologique » devrait bénéficier – pourvu qu’elle continue… – de l’expérience accrue d’Elfje Willemsen, qui a prouvé qu’elle était l’une des meilleures pilotes du lot. On attend aussi beaucoup de l’épanouissement du patineur artistique Jorik Hendrickx, le digne héritier de Kevin Van der Perren, qui pourra franchement viser une place de top 8 après s’être surpassé à l’Iceberg de Sotchi en terminant 16e. Et les jeunes Dries Van Den Broeck (ski) et Sebbe De Buck (snowboard), qui avaient pris part aux Jeux olympiques de la jeunesse d’Innsbruck, en 2012, devraient être de la partie pour confirmer les résultats qu’ils ont enregistrés dans leur catégorie d’âge.

On a dit et redit, avec raison sans doute, que la Belgique n’était pas une nation de sports d’hiver. Il n’y a chez nous ni montagnes ni canaux ou lacs qui gèlent pendant plusieurs mois – et vu l’hiver qu’on a eu, c’est de moins en moins près d’arriver… C’est même plus vrai au sud qu’un nord du pays, où le Bloso – le pendant flamand de l’Adeps – a profité de l’aubaine des Jeux de Sotchi pour décréter l’année 2014 « année des sports d’hiver », avec à son programme, de nombreuses démonstrations et initiations pour tenter d’attirer le chaland. En Fédération Wallonie-Bruxelles, à côté des mini-pistes de ski alpin ou des tracés de ski nordique complètement dépendants du temps qu’il fait, il n’y a que quatre patinoires, dont une, celle de Liège, est aux normes internationales et une autre, celle de Woluwé Saint-Lambert, ne tolère aucun club.

« On ne peut pas être bon en tout… », nous avait laconiquement rétorqué André Antoine, le ministre des Sports, quand nous lui avions demandé, à quelques semaines des Jeux, pourquoi les 7 sélectionnés belges pour Sotchi provenaient tous de Flandre. Comme s’il s’agissait d’une fatalité…

Les résultats enregistrés par Swings et les filles du bob prouvent pourtant le contraire. Il y a quatre ans d’ici, le premier n’avait jamais enfilé de patins à glace et n’avait brillé qu’en patinage « in line », où il collectionnait les médailles internationales. Il s’est alors mis dans la tête de tout faire pour aller aux Jeux et comme son sport de prédilection n’était pas au programme olympique, il s’est rabattu sur le patinage (sur glace) de vitesse, comme d’autres avant lui. En trois ans, il s’est non seulement adapté à la technique de sa nouvelle discipline, il s’y est hissé au sommet mondial grâce à son talent, son travail et sa volonté mais aussi grâce au soutien de la Communauté flamande, à un encadrement technique de pointe dirigé par Bart Veldkamp et le soutien scientifique de la « Bakala Academy », centre d’aide à la performance attenante à l’Université de Louvain (KUL).

Le projet du bob, lui, est né de nulle part, en 2007 à l’initiative de Geert Van Vaerenbergh, un spécialiste IT (technologie de l’information) souhaitant relancer cette discipline qui avait valu deux médailles aux Belges en 1924 et 1948. Un coup de pub au départ, soutenu par une émission de télé-réalité sur une chaîne flamande, avec six filles recrutées dans d’autres sports pour ce qui s’appelait à l’époque « Opération Winterberg » (du nom de la station allemande où le bob belge avait son camp de base). Au fil des mois, celle-ci a pris du volume, se transformant, avec la qualification pour les JO 2010 en point de mire, en « Opération Vancouver ». Puis, après la 14e place conquise au Canada, en « Opération Sotchi », médiatiquement et sportivement relancée, fin 2012, avec l’arrivée dans l’équipe de Hanna Mariën et la perspective de la voir devenir la première sportive belge à participer à la fois aux Jeux d’été (en 2008) et d’hiver (2014); grâce à elle, la concurrence dans l’équipe a pris du galon et permis une sérieuse hausse de niveau.

Même s’il ne faut pas rêver subitement à une moisson de médailles lors des JO d’hiver à venir, ces deux exemples démontrent que même sans tradition, à côté du talent de base qui est la matière première, tout n’est souvent qu’une question de volonté et de moyens, d’investissement personnel et d’abnégation. Sans aller jusqu’à réclamer une école de curling ou une piste permanente de skicross, c’est une donnée qu’on aurait tort de négliger dans notre plat pays…

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2 réponses à Et à PyeongChang, en 2018, on fera encore mieux !

  1. Luc Rampaer dit :

    Bel article, bonne analyse!

  2. L Gailly dit :

    Ben franchement, pourquoi pas du curling …. Cela ne reste qu’une (très grande) patinoire!

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